De Batz à la Corse – Cabotage d’île en île

Existe-t-il une étendue  de terre  qui exerce  un plus fort attrait  et fait couler autant  d’encre que l’île ? Nulle autre assurément. Qu’elle soit perdue, parasidiaque ou au trésor, que ses rivages soient hostiles, fouettés par des vents difficiles ou qu’elle soit plate et entourée de plages accueillantes, l’île exerce une fascination sur certains et provoque une vive inquietude pour d’autres. Fortes de la puissance créatrice qu’elles insufflent, Batz, Sein, Ouessant, Houat, entre autres, s’ouvrent cet été à l’art contemporain.

Houat sous le signe de la photographie

Sur les pignons de trois édifices de Houat, la bretonne – la gare maritime, la poste et un hôtel-restaurant –, les œuvres d’Isabelle Arthuis et de Marcel Dinahet rendent hommage à l’univers marin et aux côtes habitées : Le Banquet (2011) fait écho aux fêtes villageoises traditionnelles, La Grotte de Donant (2010) ravive les souvenirs liés à la communauté de bord de mer et Ithaque (2013) nous emmène sur les traces d’Ulysse à travers l’œil de Marcel Dinahet, revenu de l’île de la mer Ionienne avec une image qui navigue entre les thèmes de l’exil, du voyage et du temps.

Jusqu’au 31 août. Renseignements au 02 97 30 68 04.

Les sculptures insolites de Batz

A une paire de milles au large de Roscoff se trouvent la petite île de Batz et son merveilleux et exotique jardin Georges Delaselle. Quelques œuvres étonnantes vont accompagner le temps de l’été les 2 500 espèces plantées. Tel un mât de navire dressé face au large ou une tour de guet, la sculpture de Jean-Yves Brélivet, Une vue imprenable, s’élance ainsi vers le ciel grâce à sa structure centrale faite d’un arbre figé, au bout duquel trône une assise qui n’est autre que le fauteuil Pip-e du designer Philippe Starck. Lui faisant écho, l’œuvre Parthénon bidon du plasticien Etienne Bossut s’aventure vers une forme de modernité de l’architecture grecque avec ses moulages imitant les ruines d’un temple. Dans ce site naturel remarquable, ces variations autour des thèmes universels du voyage sont un des rendez-vous proposés dans le cadre du projet Ulysses, l’autre mer par le Frac Bretagne.

Jusqu’au 31 août.

Jean-Yves Brélivet, photo Michael Kern
Une vue imprenable, résine polyester, fibre de verre et polypropyléne@(460 x 230 x 210 cm), Jean-Yves Brélivet, 2012
S’adonner à l’oubli sur l’île de Sein

Après avoir interprété par ses dessins, le printemps dernier au centre d’art contemporain Le Quartier à Quimper, la rencontre d’Ulysse avec le peuple grec des Lotophages – qui mangèrent les fleurs de l’oubli jusqu’à l’asthénie –, l’artiste Thomas Tudoux nous propose jusqu’à fin juillet une installation sonore intitulée Histoires du soir en 5 min au Musée de l’abri du marin. Loin des épopées chantées par les aèdes de la Grèce antique, il s’agit d’entendre les voix de personnages actuels, en une litanie de paroles qui nous pousse vers l’oubli, l’abandon et le sommeil. A noter : la présentation d’une autre exposition personnelle de l’artiste, Citius – Altius – Fortius, à découvrir jusqu’au 15 septembre, en Bretagne également, à L’atelier de la gare à Locminé.

Les micro-paysages de Ron Haselden à Ouessant

Lors d’une résidence au sémaphore du Créac’h, le photographe anglais s’est immiscé dans le microcosme de l’île le temps de deux saisons pour y observer les abeilles noires et, plus largement, la faune et la flore environnantes : les couleurs et les formes qu’il y découvre lui inspirent des images délicates, qui font écho à l’équilibre fragile du lieu et qu’il nous propose d’admirer cet été sur les murs du phare du Stiff. Les Sorties de Ron Haselden s’apparentent à de véritables papiers peints à l’image des richesses du lieu, ourdissent une relation au paysage singulière, nous mènent vers une perception du temps originale et nous conduisent vers ces cycles courts de la vie qui en dévoilent le caractère éphémère et absolu.

Jusqu’au 31 août.

Thomas Tudoux
Lotophages, graphite sur papier@(42 x 42 cm), Thomas Tudoux, 2013

Michel Maly fait escale sur l’île de Ré

Le Musée Ernest Cognacq à Saint-Martin-de-Ré accueille cet été une exposition personnelle du peintre d’origine blésoise Michel Maly. Les œuvres réunies pour l’occasion traitent du sacré, de Venise et de la mer, trois thèmes chers à l’artiste. Dans ses toiles aux teintes subtiles, la lumière règne en maître sur le ciel, l’eau et la terre. Le peintre nous entraîne au fil de ses voyages et rencontres, invitant à se perdre dans des paysages empreints d’une grande sensibilité.

Du 1er août au 30 septembre.

Michel Maly
Orage sur le mont Saint Michel@(114 x 162 cm), Michel Maly
L’invisible révélé au château d’If

Le château d’If est l’île-prison au large de Marseille immortalisée par Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo. Il est aujourd’hui l’un des fleurons du Centre des monuments nationaux et l’un des 45 lieux hors musées choisis par le Frac Paca pour le projet Ulysses. L’artiste Nicolas Floc’h présente avec Récit d’If, installé au sein même du fort, l’avancement d’un projet au (très) long cours situé au carrefour de l’art et de la science. Fasciné par les récifs artificiels, interprétés comme des architectures aux règles d’urbanisme spécifiques, l’artiste a entrepris de recenser les quelque 300 formes existantes en les reproduisant au dixième et en les donnant à voir telles des sculptures. Par ailleurs, il photographie les récifs artificiels sous-marins, quand leur rigueur formelle a été transformée par l’activité végétale et animale. Dans un deuxième temps, Nicolas Floc’h invente lui-même de nouvelles formes de récifs, avec l’aide de scientifiques, pour qu’ils soient utiles à la régénération des espèces une fois immergés. Avec ce mouvement double  : l’utile invisible, car sous-marin, est donné à voir quand l’œuvre de l’artiste est rendue invisible et qu’une fonction lui est conférée.

Jusqu’au 8 septembre.

Nicolas Floc'h
Structures productives, récif artificiel Crystal de chez Kouwa, Nicolas Floc’h, 2013
Jeu d’illusion en Corse

A Corte cet été, au cœur de l’Ile de Beauté, des ombres trompeuses vont perturber, le temps d’une exposition au Frac Corse, la nature de notre réel sous l’égide de l’artiste Hugues Reip, invité à enfiler les habits de commissaire d’exposition pour livrer son regard sur les œuvres de la collection de l’institution. Travaillant sur l’illusion et sur la perception du monde, l’artiste d’origine cannoise s’amuse ici avec les ombres de certains objets et crée un double négatif de leurs silhouettes. Déambulant sur un écran, les chimères projetées vont s’adonner à une danse macabre pour créer un univers parallèle. Face à ce jeu de pistes sciemment et subtilement brouillées, notre imaginaire est mobilisé, tout comme notre rapport à l’absurde et à l’étrange. En contrepoint, l’œuvre lumineuse de Maurizio NannucciNessun Oggetto e’innocente (Aucun objet n’est innocent), vient proposer comme une épitaphe de l’ensemble.

Jusqu’au 31 août.

La création picturale à l’honneur à Bendor

Face à Bandol, Bendor, petite île méditerranéenne acquise par Paul Ricard en 1950, accueille la semaine prochaine, pendant quelques jours seulement, des artistes pour la création in situ d’une œuvre picturale dans le cadre du 4e Symposium international de peinture Paul Ricard. Hôtes privilégiés de l’île à partir du 22 juillet, les artistes doivent présenter leur toile achevée le 26 juillet devant un jury composé de personnalités locales et de membres de la famille Ricard. Pour remporter le prix, l’œuvre aura su s’inspirer de la citation de Paul Ricard : « Cette île m’a passionné. En y construisant un monde en miniature, tout m’était permis, je n’avais à tenir compte que de sa superficie, du ciel et de la mer comme seules limites de mes rêves. »

(Avec Charles Dannaud)Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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