Franck Scurti – Agitateur de méninges

Franck Scurti, photo M. Bertola © ADAGP Paris 2011

Des briques rouges au pied du mur témoignent des coups portés en son centre. Par un trou béant, le visiteur aperçoit une boîte à sardines géante transformée en lit. Franck Scurti n’a laissé à personne d’autre que lui le soin de la scénographie de l’exposition d’une cinquantaine de ses œuvres au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Works of Chance est un parcours à travers une certaine histoire de l’humanité, de ses origines supposées, qu’elles soient scientifiques, religieuses ou mythiques, jusqu’à notre époque. La première salle réunit des pièces hétéroclites qui mettent en scène un objet du quotidien détourné de son but originel. Ventilateur, aspirateur, parapluie sont les témoins d’un monde étrangement pétrifié tandis qu’une fermeture à glissière évoque sans complexes la double hélice de l’ADN  ! Quarante-quatre dessins disposés les uns contre les autres explorent les différentes hypothèses qui auraient pu présider à la création du monde. Une coquille de noix nous mène en bateau, sollicite notre intelligence, de conviction en supposition. La salle suivante abrite nombre de variations sur le thème de la géographie. L’artiste pour un temps transformé en cartographe découpe avec ferveur des peaux de serpent et fait naître des continents. Il s’amuse même à retrouver celui que d’aucuns imaginent avoir perdu. Une paire de chaussures de ville, présence incongrue en ces lieux, est en réalité, elle aussi, une œuvre  : dans ses semelles Scurti a sculpté le plan d’une ville qui n’existe pas. On aurait aimé comprendre sur le moment. Suivent ensuite une table de travail, une publicité pour une marque, un fauteuil, un planning mural. Le tout légèrement décalé de son ordinaire par une intervention. Plus loin, des boîtes de henné serrées les unes contre les autres ne peuvent qu’évoquer leurs aînées pleines de soupe Campbell. Combinaison d’une inspiration pop et du hasard nous indique-t-on. Chaque rangée possède un élément retouché et permuté. L’effet série est ainsi amendé, effaçant ce qu’un premier coup d’œil avait identifié comme un clonage pour pencher avec assurance vers une représentation du don d’ubiquité. «  Je cherche à déstabiliser tout ce qui fait autorité, à mettre en rapport des codes sociaux et des formes artistiques, à donner du poids à des images qui n’en ont pas et à en enlever à celles qui en ont trop  », précise l’artiste. Dans la dernière salle, une pomme détruite attire toute l’attention. Son cœur d’inox privé de sa chair de plâtre. Au mur un cadre expose une feuille surmontée du simple mot «  wanted  ». Franck Scurti ne manque pas d’humour. A la fois hommage au philosophe Charles Fournier et doigt pointé sur les dérives du capitalisme, La Quatrième Pomme est séduisante comme il se doit. L’artiste n’aime rien moins que les œuvres à tiroirs. De celles qui mènent de l’évidence au sens caché. Peu importe le support et la technique, il privilégie la surprise. «  En fait, je n’ai jamais ressenti le besoin de travailler avec une forme ou un médium identifiable pour légitimer mon activité (…) C’est l’étonnement qui compte.  »[[double-v320:1,2]]

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