Dai Li – Humour noir et tendresse

Dai Li courtesy Heiser gallery

Avec leur air espiègle, triste ou pensif, les personnages de Dai Li interpellent : on ne peut qu’être séduit par leur légèreté et curieux d’en savoir plus sur leur histoire. La toute jeune artiste chinoise installée depuis peu dans le Queensland australien brosse avec autant de pertinence que d’humour les relations complexes, diverses et variées qui lient les êtres humains comme celles qu’ils développent avec le monde animal et les objets du quotidien. L’artiste a le don de saisir de petits instants de vie, des attitudes et des sentiments qu’elle façonne dans la glaise et inscrit dans son univers de céramique. Ses figurines s’affairent, se détendent, déroulant sous nos yeux leurs humbles existences, à la fois particulières et complices. Délicieusement taillées dans le grès ou la porcelaine, travaillées avec un grand souci de détail et d’expressivité, elles semblent animées d’un mystérieux souffle de vie. De petite taille, les figurines de Dai Li n’échappent à aucun moment à l’imperfection propre à l’humain, à la cruauté de la vieillesse, ou à l’injustice de la nature. Aucun de ses personnages n’est embelli. Ils sont le résultat d’une approche sans concession d’un quotidien qui est le nôtre. Le détail, qu’il soit flatteur ou non, colle à leur chair. Certains dévoilent des corps nus, décharnés, dans des positions d’abandon, d’autres trahissent la tristesse, la honte, le stoïcisme, l’ennui, ou le désespoir. L’ensemble offre une approche et une vision sensibles, sciemment décalées mais pleines de tendresse, de nos sociétés contemporaines.

Le public sourit devant Gangster’s daughter – come rain ? or shine, il s’indignera peut-être devant Sleep 1 ou s’interrogera devant Pink night dress having a bath ; ses personnages jouent de l’ambiguïté d’un passé que l’on pressent mais que chacun doit imaginer. Certains d’entre eux, comme Gangster’s daughter et Pink Night Dress justement, sont les héros d’une histoire à tiroirs et réapparaissent régulièrement dans le travail de Dai Li. D’autres, en revanche, resteront uniques, ne laissant entrevoir qu’une bribe de leur existence. L’artiste dévoile à travers son œuvre son caractère calme et pacifique, mais aussi sa face cachée, un tantinet fantasque et impertinente. Dai Li affirme ne pas tant s’inspirer d’elle-même que de la vie, de tout ce qu’elle voit, des gens, des films, de la musique, de ses rêves… Elle aime manier l’humour noir et jouer avec l’étrange. Sensible au travail du sculpteur Georges Jeanclos comme à l’œuvre de Balthus, cette passionnée se décrit comme « une artiste à plein temps » et s’éloigne rarement de son atelier. Parmi ses projets : la construction d’un four à bois, et la publication de livres pour enfants. Car Dai Li couche aussi son univers particulier sur le papier, rehaussant ses personnages des couleurs de l’aquarelle, en attendant de se lancer dans une autre aventure : celle du bronze. Mais ceci est une autre histoire…

Dai Li courtesy Heiser gallery
Gangster daughter – come rain or shine@(windy), céramique, 27 x 12 x 13,5 cm, Dai Li, 2011

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