Daito Manabe + Motoi Ishibashi – L’effervescence des ondes

Daito Manabe et Motoi Ishibashi

Dans le cadre d’une nouvelle série d’expositions, intitulée Transphère, la Maison de la culture du Japon, à Paris, présente Paysages fertiles de Daito Manabe et Motoi Ishibashi. Depuis le début des années 2000, les deux créateurs japonais utilisent les innovations technologiques – systèmes RFID, lampes LED, mapping vidéo, capteurs myoélectriques… – dans des dispositifs interactifs. Rate-shadow, leur nouvelle installation, poursuit une réflexion menée de longue date sur la perception. N’oubliez pas votre portable !

Alignés dans la pénombre du deuxième étage de la Maison de la culture du Japon, à Paris, quatre socles ronds supportent des objets disposés au centre d’un cercle blanc de lumière. Suspendu au-dessus de chacun d’eux, une auréole composée de lampes LED. Bleu, vert, rouge, bleu, vert, rouge… s’y succèdent et clignotent à une vitesse telle que l’œil n’y voit que du feu. Dans l’espace, un vrombissement à l’intensité irrégulière frappe les tympans de son mystère. Mélodie chaotique, qui impose ses vibrations au reste de l’installation tétanisée. Du moins en apparence. Les initiés sortent alors leurs téléphones portables. Ils savent que sans eux : point de salut ! Appareil à la main, ils photographient à tout va les natures mortes. Ici, la théière d’une Alice contemporaine ; là, des lapins au look « pixel 3D ». Sur l’écran des Smartphones, apparaît enfin le véritable sujet de l’exploration artistique de Daito Manabe et Motoi Ishibashi (photo ci-dessus) : la visualisation des ondes qui nous entourent. Les deux créateurs japonais, présents pour l’occasion, aiment à explorer des territoires à l’intersection de l’art et de la technologie. Rendre visible ce qui échappe à l’œil nu, augmenter nos capacités physiques, révéler d’autres réalités, ainsi en est-il de leurs préoccupations. Offrir des paysages d’une autre nature et attirer l’attention sur les dangers qui se tapissent parfois dans l’invisible, tel est leur objectif à double détente. Impossible, en présence de rate-shadow, de ne pas penser aux catastrophes liées à l’utilisation du nucléaire, tant militaire que civil. Les blessures d’Hiroshima, de Nagasaki et de Fukushima surgissent des ondulations colorées accumulées dans la mémoire des mobiles en action. Un peu comme si de la ciguë venait compléter la recette des Smarties.

« Les LED ont été développées spécialement pour l’installation afin d’être allumées, éteintes, allumées, éteintes… à un rythme que celles fabriquées en série ne pourraient pas supporter. Ce dernier est soumis à des accélérations et des ralentissements maîtrisés à l’aide d’un programme informatique », précise Motoi Ishibashi. Conséquence : « Même si vous restez au même endroit et appuyez sur le déclencheur du même mobile, vous n’obtiendrez jamais deux fois la même photo », poursuit Daito Manabe, avant d’aborder l’aspect sonore du dispositif. « Le son que l’on entend suit les variations de lumière. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce ne sont pas des bruits lambda mais des chansons japonaises très populaires qui ont subi une accélération. La vitesse de passage est 100 fois supérieure à la normale. Nous voulions qu’il y ait un rapport d’échelle entre la diffusion de la musique et celle de la lumière. » La perception est au cœur de rate-shadow, comme elle l’était déjà dans les différents précédents travaux des deux créateurs. Des vidéos sélectionnées par Aomi Okabe, la directrice artistique des expositions de la Maison de la culture du Japon, en témoignent. Pendant ce temps, les Smartphones continuent de s’agiter. « Depuis qu’on a mis en place l’installation, j’ai pris des milliers de photos… Et j’y ai vu tellement de choses inattendues ! », s’enthousiasme Daito Manabe. Alors finalement, que faut-il considérer comme l’œuvre ? L’installation ou les clichés numériques ? « L’ensemble ! La lumière, l’action de photographier et son résultat la composent. » Elégante manière de signifier au public que sans sa participation, l’art en la matière n’existerait pas.

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