Festival Sidération à Paris – L’Espace vu de la Terre

Emilie Rousset, photo John Corporation

Trois jours, trois jours seulement, pour découvrir les invités de la troisième édition de Sidération, le festival des imaginaires spatiaux, et leurs performances. Scientifiques et artistes se mettent la tête dans les étoiles pour livrer des formes innovantes à la croisée des arts et de la science. Une manifestation organisée par l’Observatoire de l’Espace, entité culturelle du Cnes, l’agence spatiale française.

Au sein du Centre national d’études spatiales (Cnes), Gérard Azoulay anime l’Observatoire de l’Espace, créé en 2000. Cette fabrique culturelle se propose d’offrir à la création un nouveau matériau produit par la science spatiale et la conquête de l’Espace. «  Les données collectées servent depuis longtemps dans nombre de domaines comme la médecine, l’épidémiologie, la cartographie, l’urbanisme… Elles participent désormais à la création artistique  », explique l’astrophysicien, qui se consacre aujourd’hui pleinement aux liens que cette science peut tisser avec les arts. Il n’est pas ici question de développer une nouvelle niche, mais bien de partager des connaissances, d’ouvrir des portes, de créer des passerelles, des surprises aussi. Les artistes avec lesquels Gérard Azoulay travaille sont des écrivains, des poètes, des musiciens, des danseurs, des photographes, des plasticiens… Tous ceux que l’Espace intéresse et qui y voient une source de réflexion, d’inspiration et de création. Si les initiatives de l’Observatoire de l’Espace sont nombreuses, il est possible de dégager trois principaux axes de développement : les résidences, les publications et les événements.

Les premières sont d’un type inédit pour qui connaît les pratiques du milieu de l’art, car il ne s’agit pas d’offrir le «  gîte et le couvert  » à un artiste pour qu’il puisse créer en paix, mais de lui permettre de prendre place dans un avion très spécial  ! L’Airbus A300 Zéro-G, transformé en laboratoire, réalise des vols paraboliques permettant d’obtenir jusqu’à 22 secondes de microgravité et, pour les passagers, de faire l’expérience de la micropesanteur. Jean Lambert-Wild est le prochain résident. Il embarquera fin mars à bord de l’avion habillé d’un pyjama rayé et la tête enfermée dans un cube qui l’empêchera de voir et limitera sa capacité auditive. Au cours des paraboles, ses réflexions et émotions seront consignées par un dispositif d’enregistrement intégré à son «  casque  ». Le comédien sera, par ailleurs, filmé par le cinéaste François Royet. Cette aventure doit également inspirer un texte qui sera publié l’an prochain par l’Observatoire de l’Espace dans sa revue annuelle. Et là, nous abordons le deuxième champ d’intervention de l’institution  : l’édition.

Annie Abrahams, photo Nicolas Zafiriou
Annie Abrahams
Chaque année, paraît Espace(s). Cet ovni littéraire, où la mise en page suit le cours et le rythme des mots et des pensées, regroupe des textes inspirés par l’Espace, évidemment, mais répond aussi à un autre impératif sous forme de thème. «  La différence  » est celui que Gérard Azoulay a souhaité cette année mettre à l’épreuve de sa plume et de celle des différents auteurs, qu’ils soient romanciers, compositeurs, poètes, dramaturges, universitaires ou encore plasticiens. Citons pour ce n° 9 et sans être exhaustif  : Raphaële Bidault-Waddington, Bernard Chambaz, Claro, Eric Cordier, Christian Garcin, Anne Kawala, Jérôme Lafargue, Mathieu Larnaudie, Magali Mougel, Mariette Navarro et Jacques Sivan. Mieux qu’un roman. Une découverte, un jeu, un plaisir. Paru également il y a peu  : Cosmothropos, les empreintes de l’Espace sur Terre. Cet ouvrage offre un parcours illustré par quelque 250 images témoignant des multiples empreintes laissées par l’univers spatial sur Terre, réalisations de l’homme ou de la nature. Photographies, analyses et créations littéraires permettent de déambuler dans l’imaginaire collectif pour une exploration du territoire français sous l’angle de l’Espace.

Il est temps maintenant de passer aux événements estampillés par l’Observatoire de l’Espace. Si chaque année, il organise des expositions au Cnes ou hors les murs – comme en 2012 quand il présenta, dans le cadre de la Biennale internationale de céramique contemporaine à Vallauris, L’espace des métamorphoses, qui mettait en scène les relations entre création actuelle, céramique et univers spatial –, il a franchi un pas supplémentaire en lançant, il y a trois ans, Sidération, le festival des imaginaires spatiaux. Pour sa troisième édition, qui se tiendra du vendredi 22 au dimanche 24 mars, Gérard Azoulay a imaginé une programmation originale, à laquelle participe des acteurs du monde spatial, comme l’astrophysicien Jacques Paul, le neurophysiologiste spatial Thierry Pozzo et l’exobiologiste Michel Viso, et une trentaine d’artistes, dont Annie Abrahams (performance), Capitaine Alexandre (slam), Roseline Delacour (installation vidéo interactive), Charles Pennequin (poésie sonore) et Michel Raji (danse). En plus des performances textuelles, sonores, visuelles, vocales ou gestuelles, des formes innovantes seront présentées comme ces 30 micro-conférences, qui se tiendront en une demi-heure, ou ces œuvres passées au crible d’un imaginaire scientifique. «  Je travaille sur le processus, mais l’important, c’est la forme artistique, la poésie  », ajoute Gérard Azoulay. Heureusement qu’il avait au préalable pris soin d’indiquer  : «  L’Espace ne se limite pas à l’astronomie  ». Sans conteste.

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