« L’appartement d’un collectionneur » à Paris – L’envers du décor

Au printemps dernier, Marie Guilhot-Voyant avait invité l’artiste Julien Colombier à transformer la galerie Metropolis en skate-park. Une façon originale et radicale d’enfermer l’espace urbain entre quatre murs. La galeriste prend aujourd’hui le pari de convertir son lieu en appartement, celui d’un collectionneur du XXIe siècle.

« Certains designers se revendiquent comme artistes, explique Marie Guilhot-Voyant, tandis que des artistes font des incursions dans l’art décoratif. Cette exposition a pour ambition de montrer l’envers du décor. A la croisée des chemins, les pratiques de l’art contemporain et du design se rejoignent pour que naisse une véritable cohérence.  » Dès le début de la visite, le spectateur entre de plain-pied dans l’intimité d’une chambre à coucher : une pièce magistralement occupée par le Gargantuan Bed d’Ann Grim – seule designer invitée. Ce lit hors norme offre un point de vue unique sur les œuvres qui l’entourent. Delphine Gigoux-Martin a chargé deux grues, en pleine parade nuptiale, de veiller sur les maîtres des lieux. Au sol, se déploie Premier grand tapis de bataille, une pièce unique créée sous le contrôle de Robert Combas et qui représente une de ses toiles, datée de 1987. Au mur, deux photos de Lawrence Beck adoucissent une toile martiale de Dae Jin Choi tandis que de l’autre côté de la pièce, sept images d’Aurélie Haberey nous entraînent, à pas comptés, vers les encres de Chine d’Eric Winarto.

Simplicité formelle et absolue légèreté

Sur le chemin du petit salon, une table d’Ann Grim incarne à elle seule l’esprit de cette exposition ; elle s’appelle Interconnexion. A partir d’une seule feuille de métal, la designer a imaginé une pièce à la fois d’une grande simplicité formelle et d’une absolue légèreté. Invité à intervenir, Julien Colombier a choisi de travailler le dessous du plateau, qui échappe bien sûr au premier coup d’œil. Il y a peint de somptueuses courbes végétales, luxuriantes et baroques. Le contraste joue ici pleinement son rôle, comme pour signifier qu’il faut se méfier des apparences et des préjugés.

Plus de normes donc, pas de diktat : la visite est rythmée par des choix singuliers et le spectateur se prend à rêver qu’il est ici un peu chez lui. Cette exposition* est un hommage à tous les collectionneurs. Mais de fait, cette mise en espace renverse les évidences. Cet accrochage privé raconte une histoire, nous emmène sur les chemins d’une fiction – la nôtre, peut-être. Désacralisée, l’œuvre d’art dépasse le décor. Et c’est là qu’elle prend toute sa place.

* Sont également présentés des travaux de Claude Como, Daphnée Le Sergent, Pierre Tilman, Greg Semu, Quentin Lefranc et Ori Levin.[[double-hv: 1,2]]

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