Galerie Grand’Rue à Poitiers – Marc Petit inaugure le nouvel espace

A 24 ans, Antoine Hyvernaud ouvrait sa galerie au 167, Grand’Rue à Poitiers. Huit ans plus tard, il traverse la rue pour s’installer au 168. Une occasion de retrouver Marc Petit, qui y ouvre le bal, et de poser quelques questions au fort sagace galeriste.

Elles sont quarante, en bronze, installées sur des socles blancs aussi immaculés que les murs. Seul le nom de l’artiste, inscrit en lettres noires, vient les accompagner. Elles se dressent dans le silence de la nouvelle galerie Grand’Rue. Marc Petit se tient auprès d’Antoine Hyvernaud, comme aux premiers jours de l’aventure. Il le connaît depuis que ce dernier a l’âge de 10 ans. Il n’était à l’époque «  que  » le fils de Jean-Claude, galeriste et ami du sculpteur. «  Quand il m’a annoncé vouloir ouvrir une galerie et m’a demandé si j’accepterais d’y exposer, je lui ai tout de suite donné mon accord. Dans l’atelier, il désignait certaines pièces et en écartait d’autres. Son choix était précis. J’ai été surpris par tant de conviction  », raconte l’artiste avant de poursuivre  : «  Il a l’œil, c’est un pro.  » Pour inaugurer le nouvel espace, plus grand et plus fonctionnel, Marc Petit n’est venu qu’avec des nouveautés. La sculpture la plus vieille a seulement 18 mois et les quatre plus imposantes sont sorties de la fonderie la semaine dernière. Face à l’entrée, une surprise  : un chœur de petites pièces, format laissé de côté depuis plusieurs années. L’œil embrasse l’ensemble avant de venir les détailler une à une. L’artiste est concentré comme s’il les voyait pour la première fois. Il les interroge et les reconnaît. Heureux de ne pas avoir «  paraphrasé  » son œuvre. Rien ne serait pire pour lui que de faire, comme il dit, du «  Marc Petit  »  ! Tout près des petits formats, il tend la main vers La Feuille, la soulève et laisse son doigt en parcourir les formes. Au commencement, il y a un morceau de bois «  sans volume, qui ressemblait à un torse féminin  ». Il était si parfait que le sculpteur enthousiaste n’y a ajouté que peu de choses. «  Ce fut une telle trouvaille, que je me suis promené une journée entière dans la forêt espérant en trouver d’autres  !  » Rentré bredouille, il n’en a pas moins poursuivi sa recherche, creusé la piste. «  Le bois devient un élément de plus en plus important. J’essaie d’intervenir le moins possible, d’aller à l’essentiel avec un minimum d’ajout de cire ou de plâtre.  » De pièce en pièce, il le prouve en montrant ce que chacune porte de nature en elle. Il plaisante et assure que désormais les champignons ne sont pas les seuls à l’attirer dans les sous-bois  ! Pourtant, s’il paraît grave par instant, ce n’est pas à cause de cette activité de glaneur, mais bien parce qu’il est habité par un tout autre projet  : une série de 12 tondos de 1,7 mètre de diamètre. Un travail de titan. «  Douze comme le nombre de mois dans une année. Intitulée Testament, elle raconte des épisodes de ma vie  : ma naissance, celle de mes enfants, ma rencontre avec Cathy… J’ai même planché sur ma mort mais comme je suis superstitieux, je l’ai datée  : novembre 2112. » Soit pour ses 151 ans, un an de plus que l’âge qu’il dit habituellement vouloir atteindre  ! «  Physiquement, c’est très dur. Pour chaque pièce, il faut d’abord modeler au sol 400 kilos de terre avant de pouvoir prendre l’empreinte. Quand ce sera fini, je ne veux faire que du léger pendant au moins six mois. C’est bien l’aquarelle…  » Exténué mais heureux, il espère avoir terminé avant la fin de l’année et pouvoir montrer les bronzes, au moins six, au Clos des Cimaises – à Saint-Georges-du-Bois en Charente-Maritime – qui lui réserve sa grande exposition estivale (inauguration les 18 et 19 mai 2013). En attendant, Antoine Hyvernaud jubile  : si quelques-unes des pièces qu’il présente ont été vues à Lausanne avant l’été, toutes sont inédites en France. De quoi fanfaronner face à son père, qui sera à n’en pas douter fier d’avoir été un aussi bon modèle.

ArtsHebdo|Médias. – Devenir galeriste était un rêve d’enfant  ?

Antoine Hyvernaud. – Pas du tout. Après un bac littéraire, j’ai entrepris des études à la fac de psycho de Poitiers. Je voulais alors quitter Limoges, être indépendant. J’ai fait un tas de petits boulots pour me payer mon studio, mais, assez rapidement, je me suis rendu compte que les études que j’avais choisies n’étaient pas pour moi. Après réflexion, je me suis aperçu que la solution était sous mon nez. Je suis revenu aux sources et j’ai décidé de faire comme mon père.

Ce métier, vous le possédiez sans le savoir  ?

Enfant, j’avais pris l’habitude de suivre mon père chez les artistes. Ça m’a beaucoup marqué de rencontrer ces gens pas tout à fait comme tout le monde. Je me souviens quand je suis entré pour la première fois dans l’atelier de Marc Petit. Il y avait une foule de femmes en plâtre, qui me paraissaient faire 5 mètres, et l’artiste, que je trouvais très grand aussi  ! J’étais impressionné. Je me souviens m’être dit que c’était incroyable que cela puisse être un métier, qu’une vie entière puisse tourner autour de ça.

Photo MLD
Antoine Hyvernaud et Marc Petit

Ce genre d’expérience aurait pu vous donner envie d’être artiste…

La création m’interroge mais j’ai toujours été un contemplatif. Je ne me suis jamais senti créateur. Je n’ai d’ailleurs pas les ressources pour créer. J’aime regarder, laisser les œuvres infuser. Je préfère être un passeur.

Comment se sont passés vos premiers pas de galeriste  ?

J’ai fait ma programmation de l’année en deux semaines  ! Ce métier, j’en connaissais déjà la trame. Les artistes n’étaient pas des inconnus. J’en avais déjà tellement rencontrés que je n’ai pas eu de difficulté à les approcher. A l’époque, mon père n’exposait que peu d’artistes contemporains, dont Sanfourche et Marc Petit auxquels j’ai proposé de tenter l’aventure. Enfant, j’avais été marqué par la biennale Au-delà du corps que le second organisait. J’ai donc puisé parmi les invités des différentes éditions. L’exposition Jean Rustin a été un tournant pour moi. Elle m’a ouvert des portes. Je connaissais sa peinture, mais pas l’artiste. Il m’a laissé choisir les pièces que je voulais prétextant qu’il n’aimait pas parler peinture  !

C’est toujours vous qui choisissez ?

Oui. Je sais ce que je veux. Pour moi, il y a une vision globale  : ça marche ou ça ne marche pas. Il y a un équilibre, une composition qui fonctionne. Je n’ai pas beaucoup de mots pour le dire. Les explications de l’artiste, je les écoute dans un deuxième temps. L’essentiel est de sentir la profondeur de l’œuvre, ce qu’elle raconte de l’humain.

Etes-vous collectionneur  ?

Je suis collectionneur. Malheureusement pour mon portefeuille  ! Dans ma collection, il y a des pièces que je revendrai sûrement pour en acheter d’autres et puis il y en a une dizaine qui ne bougeront jamais. Ce n’est pas facile d’être marchand et collectionneur en même temps. Le premier ne peut pas garder les plus belles pièces pour le deuxième… Il doit les présenter à ses clients, sinon ce n’est pas un bon professionnel.

Quelle est la qualité indispensable d’un galeriste  ?

Savoir établir des relations de confiance. Tant avec les artistes qu’avec les collectionneurs. J’amène ces derniers régulièrement dans les ateliers. Je souhaite qu’ils puissent choisir et vivre la meilleure expérience possible. Je n’hésite pas à proposer à un client d’attendre quand je sais qu’une pièce qui lui conviendra mieux est en train d’advenir à l’atelier. Je peux perdre une vente, mais bâtir une vraie relation de confiance est à ce prix.

Parlez-nous de la vie de la galerie.

Au début, je faisais une expo par mois, mais je n’avais pas le temps de m’en occuper à fond. Désormais, il y en a six à huit chaque année. Par ailleurs, je tente de monter des partenariats pour multiplier les expositions hors les murs, comme avec Jean-Jacques Pagot, qui a exposé dans le parc de son manoir de la Thibaudière, pour les Journées du patrimoine, des sculptures monumentales de Marc Petit  ; ou avec la Galerie Nicaise gérée par Pierre Walusinki, à Saint- Germain-des-Près, qui inaugurera avec lui son espace d’exposition, fin septembre.

Un rêve  ?

Gagner assez d’argent pour m’en libérer et le mettre encore au service de mes artistes préférés. Ouvrir une fondation, un lieu d’envergure, qui me permette de monter de magnifiques et monumentales expositions ! La route est longue. Connaissez-vous l’histoire du lièvre et de la tortue ? 

 

Marc Petit, courtesy galerie Grand'Rue, photo MLD
Bronze (détail), Marc Petit, 2012

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