Philippe Domergue – La mémoire recomposée

Comme souvent pour Philippe Domergue, le projet est né de la découverte d’un lieu : La Poudrière, espace d’exposition inauguré en 2008 à Perpignan. Pour l’artiste, ce moment privilégié est aussi celui où il reçoit une sorte « d’injonction » ; il lui faut alors créer spécifiquement pour mieux investir la place. Au sein de cette construction militaire, Philippe Domergue a imaginé un travail à partir des photos prises par le peintre photographe franco-colombien Manuel Moros lors de la Retirada de 1939. Cette année-là des milliers d’Espagnols fuyant la dictature du général Franco franchissent les Pyrénées et se réfugient en France. Ils seront répartis dans des camps d’accueil, notamment à Argelès, Saint-Cyprien ou Le Barcarès. Les clichés de Manuel Moros, témoin de cet exil forcé et des scènes de détresse qui l’accompagnent, viennent renforcer l’impératif de mémoire développé par l’artiste en cette année de commémoration. « J’ai souhaité me réapproprier plastiquement certaines images pour leur donner une dimension architecturale et “mémorielle” en les mettant en scène dans et avec l’espace brut de La Poudrière. » Tirées en grand format, laminées et collées sur d’épais morceaux de bois, ces tranches de vies viennent s’intercaler les unes entre les autres. Chassés-croisés de plans, télescopages de scènes et superpositions de sujets provoquent un effet cinétique offrant une vision métaphorique de l’histoire. « Il s’agit de bâtir des images fortes, fortifiées, bardées de planches pour exprimer, par contraste, la précarité, la fragilité et la souffrance des exilés. Des images indestructibles. » Toujours à l’affût d’un nouveau projet, Philippe Domergue vient de passer quelques semaines en résidence à la Maison Salvan qui aime réunir autour de problématiques communes artistes et scientifiques. « J’ai travaillé avec le sociologue Eric Villagordo autour du sujet de la « découpe », pratique permanente dans mon travail. Il m’a observé, interrogé, filmé et nous exposons ensemble le fruit de notre dialogue. » Une autre occasion de découvrir l’univers fragmenté de ce plasticien chercheur.
Philippe Domergue, photo Eric Villagordo, courtesy La Poudrière
vue d’exposition, Philippe Domergue

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