6 + 1 à Caen – Djoti Bjalava en maître de cérémonie

Djoti Bjalava, photo Arkan

Initiée en 2013 à Caen par le collectif Arkan, l’exposition annuelle 6 + 1 se propose de réunir au mois de mars les œuvres de six plasticiens autour d’un thème et d’un septième artiste. Déployée dans la collégiale du Saint-Sépulcre et l’église du Vieux Saint-Sauveur, sa troisième édition, intitulée Primitivités, entre Rêves d’Histoires et Histoires de Rêves, s’articule autour du sculpteur Djoti Bjalava et invite à découvrir les toiles d’Edwige Blanchatte, de Jean-Paul Souvraz et de Sylc, les gravures de Jean-Jacques Maho et les sculptures de Jean-Yves Gosti et de Marc Touret.

En ce premier samedi de mars, le printemps est en avance sur la capitale bas-normande. Pour l’édition 2015 de 6 + 1, le soleil à travers les vitraux colore de losanges jaunes et roses les murs de la collégiale du Saint-Sépulcre. Le +1, c’est lui, Djoti Bjalava. Silhouette massive, minérale, le sculpteur tourne momentanément le dos à sa Pieta, une pièce de marbre blanc de Carrare qui occupe le chœur de l’église. Bien que le micro soit proche, nous n’entendrons pas sa voix. L’artiste murmure à l’oreille de sa traductrice  ; il lui confie le soin de nous transmettre sa joie et ses remerciements. Le Géorgien laisse son travail parler à sa place.

Né en 1944 à Tbilissi, Djoti Bjalava est un farouche partisan de la taille directe. Il explique qu’il a commencé à sculpter à six ans, petit berger qui trompait son ennui. Après des études aux Beaux-Arts de Tbilissi, il ira travailler en solitaire pendant quatre ans dans les grottes du Caucase, avant de venir s’installer en France en 1991.

L’architecture classique de la collégiale du Saint-Sépulcre rend grâce à son travail puissant, incarné. Bestiaire enchanté ou figures bibliques, les œuvres de Djoti Bjalava témoignent de la quête spirituelle d’un artiste qui a affronté seul les forces telluriques. Irrigué par les arts des civilisations anciennes, sa sculpture tend vers une épure qui réunit l’homme et l’animal en une ligne parfaite. Cette exposition est aussi l’occasion d’admirer ses œuvres graphiques. Véritable bourreau de travail, l’homme se fait aussi dessinateur aux premières heures de la nuit, quand la maisonnée dort…

Jean-Jacques Maho, photo Arkan
Œuvres signées@Jean-Jacques Maho
Mais il est temps de retrouver les six autres invités en ce jour de double vernissage. Pour accompagner l’artiste géorgien autour du thème «  Primitivités  », trois peintres, un graveur et deux sculpteurs ont été sélectionnés. Dix minutes de promenade dans le quartier historique de Caen suffisent pour rejoindre l’église du Vieux Saint-Sauveur où se tient la suite de l’exposition. Les six artistes sont, tout comme Djoti Bjalava, les fondateurs d’une mythologie toute personnelle. Le graveur Jean-Jacques Maho travaille en retirant directement l’encre sur la plaque avec les doigts. Grâce à cette gestuelle spontanée, les taches informelles se font figures torturées. Edwige Blanchatte renaît sans cesse à elle-même grâce à la mise en abyme de ses autoportraits. Les toiles et les dessins de SylC s’attachent à la figure humaine, plus précisément au regard, qui accroche et qui émeut. La patte de Jean-Paul Souvraz se reconnaît au premier coup d’œil, tout comme son univers, monde de légendes où conversent des créatures fabuleuses, mi-hommes, mi-bêtes. Marc Touret a inventé avec son papier croûté une sculpture ondulante et élégante, des silhouettes recouvertes d’une peau qui semble respirer. Quant à Jean-Yves Gosti, lui aussi praticien de la taille directe, il présente ses figures totémiques, mêlant douceur et aspérité. Qu’elles soient de pierre ou de métal, elles portent le masque d’une humanité tour à tour inquiète et ardente. Entre rêves d’histoires et histoires de rêves, cette édition de 6 + 1 touche au plus intime, à un archaïsme personnel et universel.
Jean-Yves Gosti, Jean-Paul Souvraz, photo Gosti
Sculpture signée Jean-Yves Gosti@et toiles de Jean-Paul Souvraz

Arkan ou la générosité ambitieuse

Derrière Arkan se cache un collectif de quatre artistes : Iziak, Marianne Monnoye-Termeer, Fa et Oxo Yutz. La capitale bas-normande manquait à leurs yeux d’un événement marquant autour de l’art contemporain. Défaut corrigé depuis 2012, avec l’organisation d’une exposition annuelle au mois de mars. La série 6 + 1 a débuté en 2013 avec la collaboration de Didier Benesteau, agent d’artistes. «  Nous avons décidé avec Didier d’organiser 6 + 1 autour d’un des artistes qu’il aurait choisi et d’une thématique permettant à Arkan d’en inviter six autres, explique Oxo Yutz. Après Marcel Hasquin et Solomon Rossine, c’est au tour de Djoti Bjalava cette année.  » Cette démarche ambitieuse est aussi généreuse  : les quatre membres du collectif se mettent au service de leurs pairs, tout en s’interdisant d’exposer leurs œuvres. Ce dévouement méritait d’être signalé.

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