Art Paris Art Fair – Grandir ensemble

Photo Art Paris Art Fair

Cette année, Art Paris Art Fair met à l’honneur la Chine. La foire, qui se tiendra du 27 au 30 mars au Grand Palais, à Paris, est l’événement attendu du printemps. Il réunira quelque 140 galeries venues du monde entier pour livrer un panorama riche et varié des tendances de l’art contemporain. Rencontre avec Guillaume Piens, son directeur. Un professionnel enthousiaste et qui aime appeler un chat… un chat !

ArtsHebdo|Médias. – Quel est votre parcours jusqu’à Art Paris ?

Photo P. Neave courtesy Art Paris Art Fair
Guillaume Piens.

Guillaume Piens. – Il me semble que mon premier souvenir d’art date du ventre de ma mère ! Artiste, puis responsable d’un centre d’art, elle est devenue par la suite directrice du Fonds national d’art contemporain. Térébenthine, pastel, peinture…, j’ai respiré de tout, tout de suite. Et puis, dès que j’ai pu tenir un crayon, j’ai dessiné. Après des études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre et à l’université Paris 1, durant lesquelles j’ai travaillé dans des galeries et dans des musées, je suis parti à l’étranger. Pour moi, l’art n’était pas lié à un statut social, c’était une vraie passion, quelque chose d’indispensable. Pourtant, j’ai décidé de m’en éloigner car je ne voulais pas être le fils de… Je me suis donc engagé dans une voie très différente qui, a priori, n’avait aucun rapport avec l’art contemporain : l’hôtellerie de luxe. Après quelques années aux Etats-Unis, puis en Espagne, j’ai accepté un poste à Paris, dans un établissement prestigieux, Le Scribe. J’ai développé pour ce lieu une communication culturelle et des partenariats, notamment avec la Fiac. En 1999, l’opération « 24 heures de luxe », premier happening hôtelier dans Paris, fut un véritable succès. De midi à midi, la durée d’une nuit hôtelière, les plus beaux espaces de l’hôtel avaient été confiés à des artistes pour exécuter des performances ou réaliser des installations. Ce fut incroyable : l’hôtel avait reçu 5 000 personnes et de mon côté, j’avais d’un coup remis les pieds dans le milieu de l’art. Un an plus tard, je ralliai l’équipe de la Fiac, puis celle de Paris Photo dont je suis devenu le directeur. En 2011, j’ai quitté mes fonctions pour prendre, avec Catherine Vauselle, la direction d’Art Paris, rebaptisée Art Paris Art Fair.

Vous avez travaillé neuf ans pour Paris Photo. Comment vivez-vous ce retour à un champ artistique beaucoup plus élargi ?

Durant ces neuf années, je me suis spécialisé en photographie au détriment de l’art contemporain. Je suis donc ravi d’étendre mon périmètre d’action. Le travail de redéploiement d’Art Paris, que nous avons mis en place depuis trois ans, me permet aussi de rencontrer et d’apprendre à mieux connaître les galeries d’art contemporain, d’art moderne et de design. Tout cela ne fait qu’agrandir mon champ de connaissances.

Qu’est-ce qu’Art Paris doit être à tout prix ?

Un vecteur de découvertes. Pour moi, les nouveaux territoires à explorer se situent à l’Est. Il s’agit de l’ensemble des territoires qui vont de l’Europe centrale à l’Asie centrale. C’est très intéressant de promouvoir ces scènes émergentes, mais cela n’a rien d’évident. Qu’il s’agisse de Sarajevo, Moscou, Beijing ou Shanghai, les distances et les différences de culture peuvent vite devenir un obstacle. Après la Russie en 2013, Art Paris Art Fair met cette année la Chine à l’honneur.

Donnez-nous des nouvelles de l’art contemporain chinois ?

L’art contemporain chinois nécessite un réexamen. Il y a un décalage entre la perception commune que nous en avons et ce qui se passe réellement là-bas. Cela me fait penser à ce que Victor Segalen disait entre l’imaginaire et la réalité. On s’imagine certaines choses à propos de la Chine qui sont complètement datées, sans avoir idée de l’accélération prodigieuse qui s’est produite ces dernières années dans le pays. Depuis la mort de Mao, l’art contemporain s’est incroyablement développé. Même ceux qui vivent là-bas ont du mal à suivre. A partir des années 1990, on a vu arriver beaucoup de choses en Europe liées à une génération précise, qui mélangeait les slogans politiques aux citations du Pop art américain. Aujourd’hui, c’est une autre génération qui est sur le devant de la scène. Elle a grandi avec Internet, s’est ouverte sur le monde et ses préoccupations sont désormais plus sociétales que politiques. Les œuvres parlent d’urbanisation, de migration, de désertification des campagnes, de destruction de la famille… La société chinoise est en train de changer en profondeur. Certains artistes reviennent aux spécificités de l’art chinois traditionnel, pendant que d’autres travaillent avec les nouveaux médias, la photographie ou la vidéo. Dans le secteur Promesses dédié aux jeunes galeries, vous remarquerez la présence de la Feizi gallery, dirigée par Irène Laub, qui a décidé de promouvoir la performance. Actuellement, beaucoup de créations chinoises sont liées à cette discipline, au corps.

La préparation d’Art Paris Art Fair vous fait donc voyager.

Décider d’explorer de nouveaux territoires ne peut pas se faire sans. Il est d’abord indispensable de réaliser un travail approfondi de prospection, de s’assurer que le maillage est suffisamment serré pour ne pas passer à côté de galeries intéressantes. En effet, les plus visibles ne sont pas forcément les meilleures. Cette année, nous aurons une galerie de Shanghai, Red Bridge Gallery, qui fera ses premiers pas hors de Chine. Elle n’est pas connue ici, contrairement à là-bas, et viendra avec des artistes parmi les meilleurs du pays. Notre voyage sur place a permis de convaincre dix galeries chinoises de participer à Art Paris Art Fair. Habituellement, il y en a deux tout au plus. Par ailleurs, d’avoir mis la Chine à l’honneur a attiré de nombreuses galeries spécialisées en art chinois, certaines viennent de Londres, mais aussi de Miami. Il y aura près de quatre-vingt-dix artistes chinois représentés sur la foire. Mettre en avant une scène particulière enclenche à coup sûr un phénomène d’entraînement. J’aime humer l’air du temps et toujours être sur la brèche !

La plateforme Promesses, initiée l’an dernier, est de nouveau au programme. Désormais un classique ?

Certainement. L’édition 2013 a tenu toutes ses… promesses ! L’objectif était de permettre à une jeune génération de galeries d’accéder à un événement habituellement trop onéreux pour elles. Afin de participer à cette plateforme, elles ne doivent pas avoir plus de cinq ans d’existence et proposer une programmation de qualité. Pour Promesses, Art Paris Art Fair se transforme en mécène en finançant 50 % de la participation. L’an dernier, nous avions sélectionné notamment la Backslash gallery et la galerie Sator. Cette année, toutes deux sont dans le secteur général. Signe que l’initiative a porté ses fruits. En 2014, Promesses accueillera douze galeries. Parmi elles, la moitié est française, les autres arriveront de New York, Londres, Saint-Pétersbourg, Bruxelles et Genève.

Yan Heng courtesy Galerie Sator, Paris

Liu Dao courtesy island6, Shanghai

A l’heure où d’aucuns se posent la question du bien-fondé d’établir une proximité entre l’art contemporain et le design, vous avez choisi d’accueillir les deux.

Effectivement. Nous souhaitons développer un secteur design axé uniquement vers le contemporain. Aujourd’hui, ce mot est très galvaudé. Sous cette appellation se cachent souvent des antiquités contemporaines ! Tout le monde aime Charlotte Perriand et Jean Prouvé, mais avouons que ce n’est plus du design contemporain. Nous avons donc entrepris de nous tourner vers de jeunes créateurs. C’est une voie difficile pour les galeries qui, souvent, utilisent le vintage comme un « coffre fort ». Ceci dit, nous avons trouvé passionnant d’explorer les relations et les hybridations de l’art et du design. Pour ce faire, nous avons fait appel à une experte, Caroline Mondineu-Jollés, et, pour mener plus loin la réflexion, avons décidé d’accueillir dans un espace non marchand, huit jeunes designers. L’ArtdesignLab témoignera de recherches expérimentales. Il accueillera des prototypes et des pièces uniques. Un artiste y sera toujours présent pour recevoir le public.

Le livre est aussi un invité d’honneur. Qu’est ce qui a motivé la création de l’Art Books librairie ?

Cette troisième plateforme consacrée au livre est vraiment importante. En partenariat avec le Syndicat national de l’édition et en association avec la librairie Flammarion, nous avons créé un espace de 200 m2 qui sera occupé par une trentaine d’éditeurs. De nombreux artistes viendront y faire des dédicaces. Le livre d’artiste et le livre d’art sont essentiels, mais rares sont les éditeurs qui peuvent encore participer à des foires. Evidemment, il y aura Flammarion, mais aussi des éditeurs comme Bernard Chauveau et Pierre Bessard, qui fait des ouvrages avec des artistes chinois incroyables. Dans le prolongement de cette plateforme, le visiteur pourra découvrir un espace dédié à la reliure d’art. Encore une nouveauté ! L’histoire de la reliure d’art originale est très intéressante. Dans ce que le livre a de matériel, la couverture est un élément très important. Elle lui donne sa corporalité. Des reliures originales et contemporaines seront présentées.

Vous parlez facilement de clients à propos des galeristes. Ce n’est pas fréquent.

Les galeristes sont des clients. Je trouve très important de les traiter en tant que tels. L’accueil au sens hôtelier du terme est une notion importante pour nous. Art Paris Art Fair doit être un lieu convivial et propice aux affaires.

Qu’est ce qu’une foire réussie ?

Pour être une réussite, une foire doit avoir permis aux galeries de conclure des ventes avec de nouveaux clients. Il ne faut pas avoir peur de dire qu’il s’agit d’un espace dédié à la vente. C’est important de revenir à cette définition essentielle. Ceci dit, il faut aussi qu’elle ait permis aux galeristes de rencontrer des commissaires d’exposition, des responsables de musée, des institutionnels susceptibles de permettre à leurs artistes de participer à des biennales ou à de grandes expositions. Une bonne couverture médiatique est aussi appréciable, car elle peut offrir une visibilité inhabituelle aux galeries. Pour moi, il y a réussite si le chemin est parcouru de concert et si nous grandissons tous ensemble.

Jiang Pengyi courtesy Beautiful Asset Art Project, Beijing

 

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