Santiago Sierra à Hambourg – Un homme en colère

Santiago Sierra, photo Rafael Vargas, Barcelone

La Deichtorhallen – Collection Falckenberg présente actuellement à Hambourg la plus large rétrospective organisée à ce jour du travail de Santiago Sierra. Plus de 70 œuvres – sculptures, photographies et vidéos –, viennent témoigner de l’art engagé et souvent controversé du plasticien espagnol, qui, à 47 ans, dénonce inlassablement la violence inhérente aux systèmes économiques et politiques, les inégalités sociales ou encore la persistance de conditions de travail inhumaines.

«  Mon travail prend la défense de ces vies détruites par le capitalisme. Lequel est à mon sens une arme économique de choix en termes de sadisme  », affirme Santiago Sierra. Célèbre pour ses performances provocantes, pour la plupart réalisées en public, l’artiste a bien souvent été sujet à controverse. Comme, par exemple, avec 250 cm Line Tattooed on 6 Paid People (1999), projet pour lequel de jeunes chômeurs cubains étaient payés chacun 30 dollars en échange du fait d’avoir une ligne horizontale tatouée sur le dos. En 2003, invité à représenter l’Espagne à la Biennale de Venise, il bloque l’entrée du pavillon national à l’aide d’un mur de briques, ne laissant qu’une petite ouverture accessible aux seuls détenteurs d’un passeport espagnol. Une contribution spectaculaire depuis laquelle sa réputation n’a fait que croître, sans pour autant le voir adoucir son propos. En 2010, il refuse ainsi le Prix national des Arts plastiques espagnol, doté de 30 000 euros, déclarant ne pas vouloir «  être exploité par l’Etat  ».

Avant de revenir s’installer à Madrid, où il est né en 1966, le plasticien a passé 14 ans au Mexique, y développant une œuvre imprégnée de la situation particulière de l’Amérique du Sud et du contexte économique et social de ce pays du «  sous-continent  » selon la terminologie commerciale américaine. Identité, migration, frontière et exploitation de l’homme par l’homme sont parmi les thèmes récurrents de ses recherches. Et s’il a à cœur de dénoncer la répartition inégale des richesses de ce monde, assortie à des conditions de travail parfois insoutenables relevées ici ou là, il entend avant tout critiquer l’image positive du travail véhiculée au sein de la société capitaliste.

L’exposition hambourgeoise offre de découvrir de nombreuses sculptures, mais aussi des photographies, des vidéos et plusieurs installations retraçant sur plus de vingt ans l’évolution de sa démarche proche du minimalisme et de l’art conceptuel. Elle rappelle, par ailleurs, le lien unissant Santiago Sierra et la ville allemande, où il suivit les cours dispensés aux Beaux-Arts par Franz Erhard Walther, Bernhard Blume ou encore Stanley Brouwn au début des années 1990. «  Pour Sierra, le port de Hambourg représente autant que la chapelle Sixtine pour d’autres artistes  », note Dirk Luckow, directeur de Deichtorhallen et commissaire de l’exposition. Des photos ainsi que quelques pièces de son travail sculptural datant de cette période sont ici montrées pour la première fois, complétant de belle manière la découverte d’un parcours aussi atypique qu’engagé.

Santiago Sierra, photo VG Bild-Kunst, Bonn 2013
Object to be hold, Santiago Sierra, 2001

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