L’Inde vue par Magnum – Les femmes aux avant-postes

Elles sont étudiantes, avocates, élues, chauffeurs de taxi, artisanes ou encore réalisatrices de cinéma. Toutes participent aux mutations profondes en cours dans la société indienne et, plus précisément, à faire évoluer la place de la femme dans les mentalités comme dans les faits. L’exposition Elles changent l’Inde rassemble les travaux de six photographes de l’agence Magnum ayant chacun choisi d’approfondir une thématique particulière afin de rendre hommage au dynamisme féminin qui caractérise le sous-continent.

Au détour d’un dédale de couloirs organisant le sous-sol du Petit Palais, à Paris, s’ouvre un vaste espace aux cimaises jaunes, orange et rouges, qui, d’emblée, plongent le visiteur dans la chaleur et le chatoiement des couleurs de l’Inde tout en guidant sa progression au fil des différents univers qui lui sont proposés de découvrir.

La photographe belge Martine Franck nous entraîne sur les bords du Golfe de Kutch, dans le Gujarat (état de l’ouest du pays), à la rencontre de pêcheuses, brodeuses et autres travailleuses organisées en communautés afin de défendre au mieux leur indépendance et leurs intérêts. L’Américain Alex Webb s’est intéressé pour sa part à ces femmes, ici habitantes de Mumbai ou de Delhi, qui, osant contourner la volonté paternelle, fraternelle ou maritale, se lancent dans un métier traditionnellement dévolu aux hommes et deviennent chauffeur de taxi, pompiste, chef cuisinier ou agent de sécurité. Patrick Zachmann met en lumière l’implication des femmes en politique et notamment à l’échelle de la vie locale dans le cadre des panchayats, forme de conseils municipaux au sein desquels elles peuvent prétendre occuper un tiers des sièges, depuis le vote d’une loi à cet effet en 1992. Le photographe français dresse ainsi le portrait de plusieurs élues rencontrées dans le Tamil Nadu et le Kerala – deux états du sud de l’Inde – comme dans le Maharashtra – dans le centre du pays.

Changement de ton et de décor avec les images de l’Américaine Alessandra Sanguinetti, qui s’immisce dans les coulisses de Bollywood en suivant la réalisatrice Farah Khan, célèbre pour avoir su s’imposer dans un univers typiquement masculin. C’est en suivant son exemple que de nombreuses femmes sont également devenues productrices, costumières ou chefs de plateau. D’origine anglaise, Olivia Arthur met, quant à elle, l’accent sur le fait que si la scolarisation des filles reste faible au niveau de l’élémentaire et du secondaire, la moitié des places occupées à l’université ou dans les grandes écoles le sont par des jeunes femmes. Elle nous invite à partager quelques instants de la vie quotidienne d’un groupe d’étudiantes sur le campus de Mysore, ville du sud de l’Inde, mais aussi de plusieurs de leurs aînées devenues avocate, ingénieur en informatique ou bien encore chercheuse en génétique.

Patrick Zachmann / Magnum Photos
Dans la maison d’Anuya Kulkarni, membre du panchayat@du village de Sherpe, au Maharashtra, Patrick Zachmann

Le parcours se clôt sur un hommage adressé au féminisme contemporain par le photographe indien Raghu Rai, auteur de douze portraits grand format de diverses personnalités – chefs d’entreprise, responsables d’association ou d’institution, militantes syndicalistes ou politiques, écrivains, etc. – ayant contribué au «  changement  » dont témoigne l’exposition du Petit Palais. Les accompagnant, ces quelques lignes que le journaliste et éditorialiste Tarun J. Tejpal nous propose de méditer :

«  En Occident, ils ont façonné la femme à partir de la côte d’un homme et lui ont attribué le rôle de tentatrice ou de vierge innocente. En Inde, nous avons toujours été mieux inspirés. Elle est à la fois Devi, ou Shakti, la part féminine du divin, maîtresse de l’univers ; Saraswati, déesse de l’art, de la culture et de la musique ; Laxmi, la richesse ; Kali, la destruction ; Parvati, la création ; Sita, la dévotion ; et Radha, l’amour infini. Mais au fil des millénaires, nous l’avions oublié. (…) Désormais, lentement, au terme de décennies de sueur, de sang et de cris, cette mémoire nous revient. (…) J’avais écrit, à propos d’Indira Gandhi, qu’aucun homme ne serait jamais à la hauteur du courage d’une femme. C’est ce que l’on pourrait dire de millions de femmes aujourd’hui. C’est l’espoir qui fait battre le cœur de l’Inde.  »

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