Zao Wou-Ki – Capter l’invisible

En 2002, Zao Wou-Ki exposait déjà en Touraine, au château de Chenonceau. Depuis cet été, le Prieuré Saint-Cosme près de Tours accueille une exposition exceptionnelle d’œuvres inédites. Ce lieu chargé d’histoire est désormais associé à jamais au nom de ce peintre du vent et de la sérénité qui a signé les quatorze vitraux du réfectoire.

En juin dernier, Zao Wou-Ki inaugurait les quatorze vitraux qu’il a peints dans le réfectoire du prieuré de Saint-Cosme. Une commande du conseil général d’Indre-et-Loire à laquelle ce dernier a associé l’exposition Zao Wou-Ki et les arts décoratifs jusqu’au 24 octobre. Une soixantaine d’œuvres – des estampes, du mobilier, une tapisserie prêtée par le Mobilier national et des céramiques – qui n’avaient, pour une bonne part, jamais été présentées au grand public ont garni cette immense salle du prieuré où vécut autrefois Pierre de Ronsard. Zao Wou-Ki, 90 ans, déborde de vigueur quand il parle de son intervention à la fois abstraite et singulière sur les vitraux moyenâgeux, poursuivant sa quête de l’invisible, offrant par ses rouges non seulement la couleur sacrée de la vie, mais l’image des roses chères au poète de la Pleiade qui hante à jamais ces lieux. «  Je voulais peindre ce qui ne se voit pas, le souffle de la vie, le vent, le mouvement, la vie des formes, l’éclosion des couleurs et leurs fusions  », évoque d’une voix fébrile l’artiste, devant ces œuvres aériennes et dépouillées qui épousent les formes du paysage extérieur. Tel un tableau dans le tableau. Présent lors de l’inauguration, Dominique de Villepin* admire sans réserve cette œuvre qui «  a partie liée avec la magie.  » L’entrée en «  Zaowouquie  », le pays des rêves happe par «  ses envoûtements, par tours et détours (qui) nous enserrent  », ajoute l’ancien Premier ministre.

Soixante ans après l’arrivée de Zao Wou-Ki en France, ses vitraux de Saint-Cosme surgissent comme l’aboutissement d’une démarche «  chirurgicale  » l’éloignant de sa Chine natale où l’art est «  devenu un ensemble de recettes de fabrication, le beau étant confondu avec le savoir-faire  ». Formé à l’Ecole des beaux-arts de Hangzhou il y a plus de 75 ans, Zao Wou-Ki se souvient y avoir appris l’art de la calligraphie et y avoir ressenti d’instinct le besoin de s’ouvrir à d’autres champs. Les sentiers balisés de l’académisme l’étouffaient.

En 1948, il rallie Paris. Il se lie au poète Henri Michaux, qui écrit en 1950 un texte sur ses premières lithographies, et aux peintres Achille-Émile Othon Friesz, Soulages, Sam Francis, Riopelle, Hartung ou Giacometti qu’il rencontre aux Beaux-Arts et à la Grande Chaumière. Un choc artistique. En 51, il découvre l’œuvre de Paul Klee qui le mène définitivement sur les chemins de l’abstraction et à un retour vers un Orient épuré, celui d’une recherche toute intérieure menée tel un acte sacrificiel où le paysage se transforme en moment de vérité. Ces rencontres l’ont, en somme, sauvé d’un destin tout tracé. «  C’était ça ou mourir  », assure-t-il.

Grâce à cet artiste au parcours solaire qui obtint en 1964 son passeport français des mains d’André Malraux alors ministre de la Culture, le prieuré Saint-Cosme a connu un regain d’intérêt auprès du public. Cet été, plus de 15 000 personnes s’y sont rendues. Ils n’étaient jusqu’ici que 6 000 en moyenne tous les ans.

* Zao Wou-Ki de Dominique de Villepin, Flammarion (390 p., 50 €), novembre 2009.

Zao Wou-Ki, photos Dominique Couineau
Vue d’exposition

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