A Mons en Belgique – L’émotion suspendue

«  Celui qui veut abattre un nuage avec des flèches épuisera en vain ses flèches. Beaucoup de sculpteurs ressemblent à ces étranges chasseurs. Voici ce qu’il faut faire  : on charme le nuage d’un air de violon sur un tambour ou d’un air de tambour sur un violon. Alors il n’y a pas long que le nuage descende, qu’il se prélasse de bonheur par terre et qu’enfin, rempli de complaisance, il se pétrifie. C’est ainsi qu’en un tourne-main, le sculpteur réalise la plus belle des sculptures.  » Ce sont ces mots de l’artiste franco-allemand Jean Arp (1886-1966), extraits de son ouvrage Jours effeuillés, qui ont inspiré Clouds. Déployée jusqu’au 18 octobre près de Mons dans le château du Roeulx et ses jardins, l’exposition réunit les travaux de 35 plasticiens  : une cinquantaine de sculptures, vidéos, installations, performances, peintures et photographies y réinterprètent le thème poétique et mythique du nuage.

Avoir la tête dans les nuages, être sur un petit nuage ou même vivre un bonheur sans nuage sont autant d’expressions qui mettent le nuage au cœur du langage et de la vie des hommes. Pourtant, ce phénomène météorologique est un simple amas de goutelettes d’eau en suspension dans l’atmosphère. Il prend des formes étonnantes, tant et si bien qu’il est classifié par genre et forme – cumulus, stratus, nimbus – ou en genres intermédiaires – cirrostratus, cirrocumulus et stratocumulus.

Au XIIe siècle, il est appelé nue et est perçu comme une nuée mystique ou le voile de Dieu. Plus tard, à l’époque baroque puis romantique, les artistes représentent les nuages toujours comme un objet issu du sacré. Les artistes actuels aiment aussi à disserter sur ce phénomène en suspension dans l’air, toujours mouvant et dont la forme est indéfinie et indéfinissable. Lien entre l’humain et le sacré ou entre l’incarné et le désincarné, le nuage nous détache, pauvres humains que nous sommes, de l’attraction terrestre. Il nous oblige à lever les yeux de notre ouvrage pour les tourner vers le ciel.

Le nuage va du plus petit au plus grand, de l’intime à l’ouvert, du très proche au très lointain. Il est sans distance, sans forme et sans matière. Et pourtant il est bien là, et il fait rêver les artistes. Ils s’en emparent et lui font dire des choses de l’ordre du rêve, de l’émotion, de la spiritualité, de la philosophie. Au château de Roeulx, une somptueuse exposition présente 50 œuvres de 35 artistes modernes et contemporains. Elle fait suite à l’exposition Nuage qui avait été présentée en 2013 au musée Réattu (Arles) à l’occasion de Marseille 2013.

«  Cette exposition n’est pas une illustration des ciels mais une expérimentation de la symbolique du nuage, explique la commissaire Michèle Moutashar. La plupart des expositions thématiques sont des explications des propos du commissaire. Ici, les œuvres sont des bombes d’énergie.  » (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, créatrice d’un site d’actualité artistique en Belgique, nous vous proposons d’un clic de poursuivre la lecture de cet article sur Mu-inthecity.com.

Bob Verschueren, photo Colombe Clier, courtesy Sabam Bruxelles 2015
Induction, Bob Verschueren, 2015

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