A Mons en Belgique – Faites de l’art, pas la guerre !

Une utopie  ? Sans doute  : l’exposition Atopolis, pilotée par WIELS, le Centre d’art contemporain de Bruxelles et la ville de Mons, Capitale européenne de la culture en 2015, réunit 23 artistes autour de l’altérité et de la différence, comme fondements mêmes de la cité idéale à l’aune de la mondialisation  : égalitaire et métissée, ancrée dans le réel et connectée avec la nature et l’imaginaire, Atopolis est la rencontre intergénérationnelle d’artistes tels que Francis Alÿs, pour qui les questions de frontières et de conflits humains sont une réalité quotidienne traitée de façon allégorique, comme ces chaînes d’enfants qui se rejoignent à Gibraltar pour former un pont entre les deux continents. Ce sont les peintures « sculptées » d’El Anatsui réalisées à partir de nos déchets industriels qui questionnent autant le statut de l’objet que notre rapport à l’environnement, ou à la colonisation. Ce sont les photographies des jardins résistants de Tanger d’Yto Barrada, ou celle de la rencontre de Vincen Beeckman, artiste et reporter, avec une famille d’ici. Alors que les archives sonores de Kapwani Kiwanga interrogent la propagation du système décimal par la culture occidentale, Jef Geys distribue, dans près de 50 000 boîtes aux lettres de la ville, des archives réactivées depuis 1958 (le Kempens informatieblad). Oui  ! Atopolis fait bel et bien référence à Edouard Glissant (1928-2011), grand penseur d’une esthétique de la relation mondialisée auquel Jack Whitten rend hommage dans une peinture monumentale, métaphore de l’archipel. Et c’est aussi une expérience à vivre, installée depuis mi-juin au Manège de Sury  : un site urbain de 3 000 m2 doté d’un jardin, d’une chapelle et de bâtiments du XVIIIe siècle, voués, à partir de 2016, à accueillir une pépinière d’entreprises dédiée à la création culturelle. Comme une entrée en matière, l’installation de Thomas Hirschhorn, Globalization Reversed, nous invite dans le dédale d’un atelier de bois, de plastique et de broc, à plancher sur les concepts de «  mondialité  » et de «  mondialisation  »  : au public d’en exprimer toutes les nuances dans une œuvre commune en devenir  ! David Medalla, pionnier du happening, met lui aussi les visiteurs au travail et à l’œuvre, sans procrastination, dans son installation historique A Stitch in time, issue du proverbe «  A stitch in time saves nine  » (un point à temps en vaut cent), dont l’anagramme, «  This is meant as incentive  », n’est autre qu’une incitation à se retrouver autour d’un grand drap blanc pour le raccommoder ensemble dans la bonne humeur. Il ne manquait plus qu’un salon de musique (Music Room), créé par Nevin Aladag à partir d’objets collectés dans les villes voisines, alors que l’artiste Saâdane Afif, lui, sortira du manège pour se positionner sur la grand-place de Mons, tel un prêcheur animé par les paroles de ses dix vinyles et l’oracle de son corner speaker
Saâdane Afif, Muhammad Gurkan, photo Studio Afif courtesy galerie Mehdi Chouakri et Xavier Hu
Vue du Soapbox Speaker@de la rue Antoine-Dansaert, à Bruxelles, Saâdane Afif, Muhammad Gurkan (Performance)
Abraham Cruzvillegas, courtesy Thomas Dane Gallery
The Simultaneous Promise, Abraham Cruzvillegas, 2011
Meschac Gaba, photo Philippe De Gobert, courtesy Stevenson
Glo-Balloon, Meschac Gaba, 2013
Thomas Hirschhorn
Esquisse pour Globalization Reversed, Thomas Hirschhorn, 2014
Jack Whitten, courtesy Zeno X Gallery et Alexander Gray Associates
Atopolis :@For Edouard Glissant, Jack Whitten, 2014

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