Kees Visser – Abstraction raisonnée, langage chamboulé

Les Pays-Bas, dont il est originaire, l’Islande, terre fascinante, excessive et contrastée qu’il va habiter et sillonner pendant plus de 20 ans, et la France, qui l’invita en résidence d’artistes dans les années 90, ont chacun été le témoin d’une rupture, d’un tournant majeur dans le développement de son œuvre. Peintre autodidacte, à la sensibilité minimaliste, déjà très conceptuelle et proche du mouvement Fluxus dans ses jeunes années, Kees Visser délaisse dans les années 80 ses recherches picturales pour approfondir les notions de trame, de tissage et de tressage de mots, de matières et de couleurs. Il continue de créer des livres d’artistes – incise le texte de bandes de couleur, marie sa langue maternelle et l’islandais –, puis expérimente la gravure et la sculpture.

Une dizaine d’années s’écoulent avant qu’il ne renoue avec la peinture dans son atelier parisien. Formes, couleurs, pigments, autour desquels il élabore un véritable catalogue raisonné, sont au cœur de sa méthodologie du langage artistique. C’est le début d’un nouveau travail sériel, qui se traduit notamment par de grandes œuvres monochromes sur papier, son matériau de prédilection dont la légèreté et la simplicité offrent à l’œuvre une occasion unique de s’émanciper de sa matérialité. Kees Visser affectionne les formes élémentaires, en particulier celles émanant du rectangle, dont il altère la rigoureuse géométrie. Passionné de logique, il étudie les processus de raisonnement, analyse les fonctionnements de la pensée, les mécanismes de la langue, et les interprète avec ses outils d’artiste, créant ainsi sa propre sémiologie.

Le peintre néerlandais n’hésite pas, par ailleurs, à s’approprier entièrement l’espace d’exposition qui lui est dévolu, concevant ainsi de nombreuses œuvres in situ. Les dernières en date ornent les murs du musée Matisse du Cateau, dans le Nord. L’artiste y a été invité à élaborer lui-même, et en liaison avec les collections de l’établissement, le parcours de l’exposition qui devait lui être consacrée, et qui constitue la première rétrospective de son travail en France. Kees Visser a créé pour l’occasion un ensemble de peintures intitulé FEW, en hommage à Freud, Einstein et Wittgenstein – trois figures incontournables du XXe siècle qui ont nourri sa démarche artistique – et réalisé une imposante peinture murale en écho au vitrail de Matisse Les Abeilles.

Kees Visser, photo Philippe Bernard courtesy Objet de production, Paris
Shift, acrylique et encre sur papier, Kees Visser, 1976

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