Christopher Wool à Paris – La peinture éprouvée

Christopher Wool, courtesy galerie Luhring Augustine, New York

Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris présente cet été une trentaine de grands formats de Christopher Wool. Sélectionnés par l’artiste américain, ils témoignent de sa pratique picturale la plus récente. Qualifiée d’historique par Fabrice Hergott, le directeur de l’institution, l’exposition est ouverte jusqu’au 19 août.

«  Christopher Wool est un des plus grands artistes d’aujourd’hui. Il déconstruit les fondements de l’image et de ce qui fait image dans un tableau en s’appuyant sur des taches ou des ratures, qu’il rature, tache, détruit jusqu’à en faire quelque chose qui est peut-être la partie la plus basse dans la hiérarchie de toutes les figures que l’on peut représenter en peinture  », explique face à la camera Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, qui présente actuellement une sélection de grandes toiles du peintre américain.

Né en 1955 à Chicago, Christopher Wool est associé à la scène new-yorkaise dès le milieu des années 1980. Sa pratique d’alors cherche une troisième voie entre la peinture informelle et le Pop Art auquel elle emprunte répétition et détournement. Puis, durant les années 1990, l’œuvre se teinte d’une esthétique urbaine aux motifs gestuels abstraits en noir et blanc auxquels se marient des mots au pochoir. La décennie suivante voit la composition devenir de plus en plus complexe. L’artiste trace désormais des lignes noires à la bombe et sérigraphie des images. Aujourd’hui, retravaillées à l’ordinateur avant d’être sérigraphiées sur toile de lin ou sur papier, les photographies sont complétées par un travail direct sur la toile.

La porte est tenue fermée et plusieurs personnes sont attentives aux moindres faits et gestes des visiteurs. Pas d’appareil photo, pas de téléphone. L’espace consacré à l’œuvre de Christopher Wool est sanctuarisé. L’exposition est «  historique  » et «  comptera dans l’histoire de l’art  », affirme Fabrice Hergott dans une vidéo diffusée sur le site de l’institution. Dans cette salle au flanc arrondi, 28 grands formats réalisés ces dernières années (le plus récent date de 2011) ont été sélectionnés par l’artiste.

Accrochés pour former trois grands ensembles, ils viennent témoigner d’une pratique éprouvée de déconstruction et de recomposition de l’image. Le peintre utilise méthodiquement et avec acharnement des procédés qui lui permettent de faire jouer l’écart entre le référent et sa représentation, utilisant la photographie et la sérigraphie pour dépersonnaliser l’acte de peindre. «  Otez la couleur, enlevez le geste et, plus tard, vous pouvez le réintroduire. Mais il est plus facile de définir les choses par ce qu’elles ne sont pas que par ce qu’elle sont  », affirme-t-il.

Aplats, taches, traces, lacets de couleur, ratures répétées, le tout parfois superposé, viennent se télescoper, se compléter, dialoguer dans le silence retenu des murs blancs du lieu. Les formes s’entrecroisent, s’entrechoquent et implosent  : un «  Pop Art suicidaire  » comme n’hésite pas à le qualifier Fabrice Hergott. Avant de conclure  : «  Une destruction de l’image qui produit une présence.  »

Christopher Wool, courtesy galerie Luhring Augustine, New York
Sans titre, encre pour sérigraphie et peinture@à l’émail sur papier (182.88 x 140.34 cm), Christopher Wool, 2010

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