A cent mètres du centre du monde à Perpignan – Joyeux anniversaire !

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Pour son dixième anniversaire, A cent mètres du centre du monde s’offre une superbe exposition collective. Le lieu d’art installé à Perpignan a réuni entre ses murs une sélection d’œuvres des artistes qui ont habité les lieux depuis sa création. Les citer tous serait fastidieux, n’en mentionner que quelques-uns serait injuste  : vous les trouverez donc rassemblés dans l’ordre alphabétique à la fin de cet article. En attendant, fêtons l’événement en compagnie de Vincent Madramany, fondateur du centre d’art.Une fois n’est pas coutume, et malgré la qualité des œuvres présentées, il n’est pas question aujourd’hui de mettre en avant une exposition, mais plutôt de célébrer le centre d’art qui les accueille  ! A ce point de l’article, chacun doit imaginer entendre la célèbre antienne du «  Joyeux anniversaire  », chantée avec plus ou moins de grâce par les invités, mais toujours avec affection. A cent mètres du centre du monde a donc eu dix ans cette année. Ce lieu d’art au nom improbable – même s’il ne fait qu’énoncer un fait  ! – a su s’imposer au fil des ans dans le panorama de l’art contemporain en France. Toujours guidé par l’envie et la conviction que l’art doit se partager, Vincent Madramany a su fédérer autour de lui collectionneurs et artistes pour offrir une vision à la fois subjective – il ne présente que des artistes qu’il collectionne ou aimerait collectionner – et universelle de l’art. Le choix des peintures, sculptures, dessins, ici proposés, n’émane pas d’un effet de mode, mais bien du sentiment profond d’être en présence de l’œuvre singulière d’un homme. Chaque événement révèle un univers à nul autre pareil, dans lequel nous sommes invités à nous abîmer pour en émerger ragaillardis par l’énergie et le plaisir des vraies découvertes. Et puis, il y a le lieu en lui-même, ce bâtiment installé dans l’arrière-cour pavée d’un immeuble de briques. Baigné de lumière grâce à sa façade de verre, il possède un superbe espace central, dans lequel se dressent des murs capables d’arborer les formats les plus imposants, et des salles plus intimes propices aux conversations volubiles. Une mezzanine, qui aligne les toiles et oblige à un face à face sans concession avec elles, et un grand volume dans lequel les créations n’ont d’autre choix que d’exister, d’accrocher le regard, tant la beauté de la charpente est présente. Mais peu importe où vous vous trouvez, la voix de l’artiste – parfois plurielle quand il s’agit d’exposition collective – vous accompagne. Loin de la source, elle murmure, tout prêt, elle raconte. Cette habitude prise de nous montrer et de nous faire entendre systématiquement celui qui a l’honneur des cimaises est un apport essentiel à l’appréhension de l’œuvre qui s’offre au regard. Telle une épopée, chaque exposition reste gravée sur l’œil et dans l’oreille. Merci  ! A l’occasion de cet anniversaire, le bienfaiteur des lieux a accepté de répondre à quelques questions.

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Au premier plan @La Pythie de Stéphane Pencreac’h, Vue d’exposition
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Vincent Madramany

ArtsHebdoMédias. – Comment en êtes-vous arrivé à créer A cent mètres du centre du monde  ?

Vincent Madramany. – J’ai commencé à collectionner à l’âge de dix-huit ans des tableaux au prétexte simple qu’ils me plaisaient. A l’époque, j’habitais Valence, en Espagne, et mon intérêt se portait naturellement sur des peintres espagnols. Quinze ans plus tard, je suis arrivé à Perpignan et, peu de temps après, j’ai acquis le bâtiment dans lequel est désormais installé le centre d’art. Bien que ma collection ait été relativement importante à ce moment-là, j’ai compris qu’une vie ne me suffirait pas pour constituer celle dont je rêvais. C’est alors qu’est née l’idée d’un centre d’art qui fédérerait autour de lui l’énergie de divers amateurs d’art. On est toujours plus fort à plusieurs  ! Mon plan était de prendre ma retraite au début des années 2000 pour créer cette «  coopérative  » de collectionneurs. A cent mètres du centre du monde a été inauguré en juin 2004, alors que j’étais encore en activité. Pendant quatre ans, j’ai mené une double vie  ! Depuis 2008, je suis bénévole à temps plein pour l’association.Comment le centre d’art fonctionne-t-il  ?

Il est géré par une association, qui compte à l’heure actuelle soixante-dix-sept membres, et financé en majorité par notre club de mécènes. Le fonctionnement est proche d’une coopérative. Ce n’est pas un club d’achat d’œuvres. Les pièces que nous exposons sous l’étiquette «  Collection-Collective A cent mètre du centre du monde  » appartiennent à l’un ou l’autre des membres de l’association. Le centre d’art ne possède rien en propre. Les artistes exposés sont bien connus de nous et en général collectionnés par un ou plusieurs membres. C’est souvent en petit comité que les décisions se prennent, car tout le monde ne souhaite pas s’engager de la même manière. L’idée est toujours de «  jouer  » là où l’esprit se rassemble et non de satisfaire les caprices d’un seul individu.Après 10 ans d’activité, quelle leçon tirez-vous  ?

Que les projets sont toujours plus difficiles à faire exister dans la réalité que sur le papier  ! Qu’ils coûtent aussi plus d’argent  ! En fait, les difficultés ne sont pas toujours là où on les attend et, inversement, il arrive d’avoir de bonnes surprises. Au départ, j’imaginais que nous n’aurions pas de mal à convaincre les nombreuses entreprises qui sponsorisaient le sport à nous soutenir, mais ce ne fut pas le cas. La culture n’est pas aussi porteuse que les activités sportives. Il a aussi fallu un peu de temps pour que les institutions s’intéressent à notre initiative. C’est désormais chose faite et nous remercions vivement la Mairie de Perpignan, la Région Languedoc-Roussillon, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales et la Fondation Mécènes Catalogne. La création du centre d’art repose sur l’idée simple que l’union fait la force. Je suis convaincu qu’ensemble des hommes ordinaires peuvent faire des choses géniales, mais il faut du temps pour imposer un tel modèle. Alors que les choses étaient enfin lancées, il nous faut désormais surmonter la crise qui a frappé nos mécènes et, par ricochet, nos finances. Il faut dire aussi que l’objectif du centre est de pratiquer un prix d’entrée modeste et la gratuité pour les activités. En dix ans, le public s’est considérablement élargi. Nous avons des fidèles et, chaque jour, de nouvelles personnes nous découvre. Nous recevons quelque 15 000 visiteurs par an dont de nombreux élèves. Les trois-quarts des visites sont non payantes.

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Le centre d’art@se cache derrière ce bâtiment
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Vue d’exposition

Que pouvez-vous nous dire sur la programmation  ?

Nous organisons quatre expositions par an. Notre problème n’est pas de trouver des idées, mais plutôt d’être obligé de choisir. Nous avons beaucoup plus de projets que de temps pour les réaliser  ! Bien entendu, nous sommes attentifs à ce qui se passe ailleurs, mais nous restons concentrés sur nos choix esthétiques. En tant que collectionneur, il est possible de s’intéresser à beaucoup de choses, mais peu d’artistes sont capables de vous rendre fou au point d’acheter un tableau au-dessus de vos moyens  ! On le fait, car c’est une évidence. Pour les expositions, le même mécanisme est à l’œuvre. Il n’est pas rare que nous organisions plusieurs expositions d’un même artiste. C’est dix dernières années, ce fut le cas pour Vincent Corpet ou Jean Le Gac avec deux expositions, par exemple. Et en 2016, nous ferons la troisième exposition d’Artur Heras, car nous considérons qu’il y a du neuf dans son œuvre récente et cela nous rend heureux de pouvoir la présenter «  en avant-première  ». En 2015, nous comptons présenter une partie de «  notre  » collection et peut-être scinder l’espace pour proposer des expos plus légères. Des coproductions avec des institutions françaises et étrangères sont également à l’étude. Nous démarrerons l’année avec Valerio Adami, peintre majeur de la Nouvelle Figuration et ainsi poursuivrons notre objectif premier  : faire aimer l’art.

Liste des artistes invités pour l’exposition anniversaire

Pat Andrea (Pays-Bas, 1942), Rafael Armengol (Espagne, 1940), Georges Ayats (France, 1938), Juan Barberá (Espagne, 1954), Monique Bastiaans (Belgique, 1945), Ben (Italie, 1935), Tony Bevan (Grande Bretagne, 1951), Tania Blanco (Espagne, 1978), Manuel Boix (Espagne, 1942), Brecht (Pays Bas, 1953- Espagne, 2011), Claudia Busching (Allemagne, 1954), Ernesto Casero (Espagne, 1977), Javier Chapa (Espagne, 1957), Vincent Corpet (France, 1958), CharlElie Couture (France, 1956), Barbara Eichhorn (Allemagne, 1965), Serge Fauchier (France, 1952), Carolina Ferrer (Espagne, 1966), Gérard Fromanger (France, 1939), Dominique Gauthier (France, 1953), Joan Genovés (Espagne, 1930), Balbino Giner (Espagne,1910-France, 1976), Michel Gouéry (France, 1959), Josep Guinovart (Espagne, 1927- 2007), Artur Heras (Espagne, 1945), Jean Le Gac (France, 1936), Chema Lopez (Espagne, 1969), Lucebert (Pays Bas, 1924 – 1994), Jean-Michel Meurice (France, 1938), Miquel Navarro (Espagne, 1945), Xavier Oriach (Espagne, 1927), Claude Parent (France, 1947), Stéphane Pencreac’h (France, 1970), Adrià Pina (Espagne, 1959), Horacio Silva (Espagne, 1950), Ricard Vaccaro (Espagne, 1946), Claude Viallat (France, 1936), Santiago Ydañez (Espagne, 1969).

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Toiles de Vincent Corpet, Vue d’exposition

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