Anila Rubiku à Bruxelles – La politique de la poésie

Née en Albanie en 1970, Anika Rubiku n’a de cesse d’interroger les blessures sociales et historiques laissées sur son pays par des décennies de totalitarisme. La galerie bruxelloise Catherine Jozsa acueille pour la deuxième fois son travail, en présentant jusqu’au 25 octobre trois de ses séries pluridisciplinaires, respectivement consacrées à la figure du dictateur, aux innombrables bunkers parsemant encore le paysage albanais ainsi qu’aux femmes victimes de violence conjugale.

En Albanie, un dicton dit « S’il te bat, c’est qu’il t’aime ». Grâce à des groupes de pression tels qu’Amnesty International et des organismes locaux comme Platforma Gjinore (Plateforme pour l’égalité), l’Albanie a adopté des lois pour protéger les femmes. Mais les crimes dont elles sont victimes restent souvent considérés là-bas comme des histoires privées et non pas comme étant l’affaire du système judiciaire. Certaines femmes battues ont répliqué, elles ont tué leur mari et été condamnées à la prison. Des circonstances atténuantes leurs sont rarement accordées. Anila Rubiku a organisé des workshops avec ces femmes dans la prison Ali Demi / 325 à Tirana. Un espace-temps intense pour l’artiste qui voulait mettre en exergue l’absence de protection légale pour ces femmes, mais aussi révéler leur souffrance. Elle a ainsi, avec l’aide du psychologue Jeffrey Adams, donné l’occasion à ces prisonnières de s’exprimer. Elles furent nombreuses à demander à participer aux workshops, mais douze seulement y ont assisté jusqu’à la fin. La difficile expression de la douleur, sans doute.

Dans son propre travail, Anila Rubiku a transposé l’histoire de chacune de ses femmes en un « portrait » sous la forme d’une grille de prison tordue ou découpée de façon en s’en échapper. Réalisée en fer forgé, à l’aquarelle et brodée sur tissu, chaque grille se déploie donc en trois déclinaisons sous trois médiums différents : le métal, reproduction de la grille de fer d’une porte de prison, l’aquarelle qui adoucit un peu l’image, puis la broderie, dont l’aspect « travaux de dames » et le temps long de sa réalisation collent parfaitement avec le sujet. Cette série est particulièrement émouvante. Albania : Women, Justice and the Law a été présentée à des politiciens, des journalistes et des leaders d’opinion à la galerie du Tirana Academy of Arts (FAB) en octobre 2013 et cette exposition a provoqué la libération de certaines de ces prisonnières. (…)Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, créatrice d’un site d’actualité artistique en Belgique, nous vous proposons d’un clic de poursuivre la lecture de cet article sur Mu-inthecity.com.

Anila Rubiku, courtesy Jozsa Gallery
Série Albania : Women, Justice and the Law, Anila Rubiku, 2013

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