Marlène Mocquet à Malakoff – Embrasser la céramique

Marlène Mocquet, photo Maison des Arts de Malakoff

Etonnement à la Maison des Arts de Malakoff jusqu’au 3 novembre  ! En plus de ses nouvelles toiles, Marlène Mocquet y présente un ensemble de céramiques créées à la faveur de récentes résidences à la Cité de la céramique à Sèvres.

Entre surréalisme et expressionnisme, le talent pictural de Marlène Mocquet a trouvé un nouveau développement avec de prodigieuses sculptures en céramique. D’un dédale de bas-reliefs émergent toute la force et la générosité de son imaginaire. Après son exposition personnelle au Musée d’art contemporain de Lyon, en 2009, et de nombreuses apparitions dans de prestigieuses galeries en France et à l’étranger, la peintre prend la voie du renouveau.

«  Cette exposition à la Maison des Arts de Malakoff est une œuvre à part entière, car la frontière entre la peinture et la sculpture est extrêmement mince  », partage Marlène Mocquet, petit bout de femme à la voix haut perchée, mais au ton déterminé. Effectivement, le visiteur épouse rapidement la richesse et la cohérence de ses créations, portées par la qualité de la scénographie de l’exposition à laquelle a participé l’artiste : les espaces de transition jour et nuit sont propices à mettre en valeur les grands et les petits formats de ses toiles, ainsi que ses sculptures en céramique, et placent idéalement le spectateur dans une posture encline à la surprise.

Et quelle surprise, de découvrir les nouvelles œuvres de cette ancienne étudiante des Beaux-Arts, sortie en 2006 avec les félicitations du jury. Dans ses toiles les plus récentes, les empâtements ont pris du volume et les fruits, insectes volants et oiseaux mutants, habituellement présents dans cet univers fantasmagorique, s’en trouvent félicités : ils font corps avec la toile face à de grands personnages aux mâchoires déployées, prêts à avaler leurs congénères, à engloutir le monde qui les entoure. Apparemment, l’émaillage en relief, auquel l’artiste nous explique s’être exercée en 2012 sur des vases de Sèvres, semble avoir participé à cette explosion de matière.

Marlène Mocquet, photo Maison des Arts de Malakoff
L’œuf de peinture, Marlène Mocquet, 2013
Marlène Mocquet, photo Maison des Arts de Malakoff
Œufs au plat fleuris, Marlène Mocquet, 2013
Le «  règne  » animal habituellement présent dans les peintures de Marlène Mocquet cède en grande partie la place au végétal dans les céramiques, mis en forme grâce à la maîtrise des pastillages, particulièrement réussie dans l’œuvre intitulée Ciel de chiens orageux. «  Grâce à cette technique des bas-reliefs, que j’ai amélioré lors de ma résidence à la Manufacture de Sèvres, j’ai pu représenter les accidents de la vie qui existent dans mes toiles  », nous confie la jeune femme. Quand l’œil du visiteur se tourne vers les sculptures de grande dimension réalisées cette année, on entrevoie les futures créations, à la fois discrètes dans leur apparence, mais fortes dans leur volume et leur présence. Ainsi, Candide connaissance, magnifique sculpture hybride représentant un personnage assis au milieu d’un jardin et rempli de splendides pommes rouges, appelle à lui seul l’avènement d’un petit peuple très humain et fantasque à la fois.

S’ensuit une série d’assiettes peintes installée sur une table dressée comme dans l’attente d’invités. Au menu : une avalanche de compositions hallucinatoires mise en abîme par le vocabulaire caractéristique de la cuisine. La Nage d’or d’hommes meringués côtoie le Turbo au turbo, et les Lapins aux pommes en croûte rivalisent d’imagination avec l’Essaim de volailles condimentées ou les Escargots à la force de Coriolis. Tout l’art pictural de Marlène Mocquet s’immisce dans ces contes gastronomiques : la réussite de ses créations laisse parler le foisonnement de ses personnages futuristes en un chaos explosif de couleurs et de matières. On a faim de cette galaxie d’émulsions réussies, dans laquelle l’œuf – souvent cuit et au plat – s’invite. Tantôt primordial ou philosophique, il symbolise le foyer de l’univers, annonce la prospérité et signe, ici, le renouveau de l’œuvre. «  Je vais m’octroyer un temps sans peinture pour la première fois de ma vie d’artiste, uniquement dédié à la céramique dans mon atelier de Drancy. Et comme je suis jusqu’au-boutiste, j’imagine que les créations vont prendre de l’ampleur, du volume, pour peut-être tendre vers l’installation  », conclut l’artiste.

Marlène Mocquet, photo Maison des Arts de Malakoff
Candide connaissance, Marlène Mocquet, 2013

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