Issy-les-Moulineaux – La biennale d’Issy en veine iconoclaste

C’est dans le cadre prestigieux du Musée français de la Carte à jouer à Issy-les-Moulineaux que la 8e édition de la biennale d’Issy a pris ses quartiers. Autour d’une thématique inspirée d’une phrase de Diderot « Mon dieu, délivrez-moi du modèle » l’exposition invite le spectateur à découvrir les préoccupations, les stratagèmes et astuces des artistes d’aujourd’hui pour s’affranchir de l’enseignement de leurs maîtres, se libérer d’un carcan idéologique, ou encore se dégager de leur substrat culturel afin que le modèle, non plus ne s’emprunte mais se créé en lien avec la culture et l’actualité du monde. Les œuvres de 45 artistes (peintres, sculpteurs, photographes et vidéastes) témoignent de cette constante recherche par laquelle le modèle idéalisé, métamorphosé, fragmenté devient alors l’objet même de la création artistique. Pat Andréa, invité d’honneur aux côtés de François Boisrond, Antonio Segui et Vladimir Velickovic, revisite l’œuvre littéraire de Lewis Carrol, Alice au pays des merveilles, joue d’extravagance et d’ambiguïté pour actualiser les traits de cette petite fille sage soudain plongée dans la modernité. Catherine Lopes-Curval a choisi les manchots sur la banquise pour figurer sur sa toile l’attitude figée et indifférente au monde des cols blanc qui inlassablement s’affairent à la tâche en tissant désespérément la toile de leur propre disparition. Plus loin c’est le visage d’une autre Amérique qui se donne à voir dans l’objectif de Thomas Jurion : friches urbaines, entrepôts oubliés et rongés par le temps sont magnifiés avec théâtralité par un traitement subtil de la couleur et de la lumière. L’image suggère l’âme des lieux, l’opulence du passé. L’étonnante sculpture de Katarina Kudelova s’annonce comme un autoportrait et suscite l’effroi : la silhouette gracile aux courbes généreuses est constituée de pétards, évoquant les corps transformés en bombe des terroristes kamikazes. Dans le dessin, de grand format, de Marko Velk, des créatures hybrides sont les acteurs d’une comédie humaine en noir et blanc. Jouant d’équilibres instables, entre rêve et cauchemar se dessine, à coups de traits jetés, un théâtre d’ombres et de lumières. Au cœur de cet écrin de musée les artistes, avec force invention, adressent un défi subversif à leurs modèles.
Bernard Chevalier
Place de l’ Opéra, Bernard Chevalier, 2007

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