A la Pinacothèque à Paris – Tout sur le Pressionnisme

Dès les années 1970, certains graffeurs développent une pratique sur toile. Peu connu, ce mouvement, qui se déploiera des deux côtés de l’Atlantique, est présenté à la Pinacothèque, à Paris, jusqu’au 18 octobre. Intitulée Le Pressionnisme 1970-1990, les chefs-d’œuvre du graffiti sur toile de Basquiat à Bando, l’exposition propose un parcours de quelque 130 œuvres.

Surprise à la Pinacothèque  ! L’institution parisienne a choisi de passer l’été en compagnie de Toxic, T-Kid, Mode 2, Crash… Pour tous, ces noms évoquent des pratiques artistiques à la marge, des galopades nocturnes dans l’espace urbain avec sac à dos et sweet shirt à capuche. Cependant, Le Pressionnisme n’est pas né d’hier. Cette pratique qui consiste à utiliser des bombes aérosol sur des toiles a débuté dans les années 1970. Voilà donc la révélation de l’exposition proposée actuellement par la Pinacothèque, avec superbes preuves à l’appui. «  En effet, dès les origines, les graffeurs, parmi lesquels Coco et Phase 2, se regroupent autour d’Hugo Martinez au sein de l’UGA (Union of Graffiti Artists) pour exposer leurs œuvres dans les galeries. Andy Warhol approche et lui associe deux artistes issus du graffiti, Keith Haring et Jean-Michel Basquiat. Le mouvement dans son entier, avec son histoire et ses grands maîtres, est resté quant à lui à l’écart de la scène artistique classique et du regard d’un public qui peut enfin découvrir et en admirer les chefs-d’œuvre  », nous explique-t-on au musée parisien.

L’objectif de l’exposition est donc clair  : mettre en lumière le travail de nombreux créateurs, pour certains disparus, majoritairement ignorés par les institutions culturelles. L’accent est donc porté sur l’histoire du Pressionnisme, depuis son apparition jusqu’en 1990. Divers textes guident les visiteurs, expliquant notamment le contexte dans lequel est apparu ce phénomène, ainsi que ses évolutions et les différents courants internes. L’identité visuelle et idéologique des productions n’est commune à aucune autre dans le domaine de l’art contemporain. Les couleurs utilisées sont pour la plupart vives, comme dans les créations de Toxic. Une caractéristique liée aux premières bombes aérosol qui ne contenaient que des couleurs primaires. Si ces dernières ont beaucoup été utilisées, les artistes ne s’en sont pas pour autant contentés, d’autres matières plus classiques, comme l’acryliqueou le feutre, pouvant entrer dans leurs compositions.

TD Kid 170, photo Pierre Guillien - Studio Objectivement
The soldier, TD Kid 170, 1985

Dans bien des cas, la signature de l’artiste est capitale. Cet attachement s’explique par les origines du graffiti  : cette pratique née dans la rue est l’apanage de «  vandales  » qui se plaisent à «  signer  » bâtiments, murs et autres rames de métro. L’objectif pour chacun d’entre eux étant de laisser sa trace dans le plus d’endroits possibles. Le tag est le surnom du graffeur, qui l’utilise comme le «  socle  » de sa création, le transformant en blaze et en flop, sortes de fresques graphiques. L’œuvre peut alors être assimilée à une recherche calligraphique spécifique. Une démarche qui vient faire comme un écho lointain aux prouesses graphiques des moines, alors que l’imprimerie n’avait pas encore révolutionné le calibrage et la diffusion des écrits. Ainsi, Tracy, fort de son «  Wild style  », sature la toile de lettres accolées formant une composition proche de l’abstraction. Quant à Quick, il confond la première lettre de son nom avec le corps du personnage principal de l’œuvre. D’autres techniques visent à rassembler tous les caractères en une seule et unique surface. Bien des fois, l’ensemble devient illisible pour ne laisser parler que la forme.

Parmi les sujets fréquents, la violence, le crime, la drogue et la femme, souvent dénudée, provocatrice ou reliée aux thèmes précédents. Cela n’empêche évidemment pas certains artistes de s’attarder sur d’autres problématiques, mais toujours avec une approche directe et crue, parfois sanglante, comme chez Basquiat (1960-1988) par exemple. Enfin, le courant trouve l’un de ses fondements dans l’«  ego-trip  », traduit par l’omniprésence et l’egocentrisme des caractères. Ainsi, Stay High 149 écrit en toute modestie sur l’un de ses tableaux  : «  A true living legend  » (une légende vivante)  ! Des éléments graphiques comme des couronnes, des étoiles et autres flèches dirigées vers la signature se retrouvent chez beaucoup d’entre eux, notamment Blade et Bando. Franco-Américain ayant vécu à New York durant sa jeunesse, ce dernier a incité de grands noms, à l’image de JonOne, à venir créer à Paris. Nous lui disons merci  !

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