De Bordeaux à Versailles – De premières en anniversaires

Alors que Le Voyage à Nantes tient cet été sa deuxième édition sous le signe de l’environnement, Vichy inaugure un tout nouveau festival de photographie dédié aux portraits. Markus Schinwald est l’invité d’honneur du 40e anniversaire du CAPC de Bordeaux, tandis que Norman Foster troque ses habits d’architecte pour ceux de commissaire le temps d’une autre exposition anniversaire  : celle des 20 ans du Carré d’Art de Nîmes. Tout un programme à savourer sans réserve tout au long de l’été dans nos grandes villes !

Les visions extraordinaires de Penone

«  A Versailles, la perspective a une importance extraordinaire. La perception de l’espace est fondamentale. Tous les points de vue forment un kaléidoscope visuel. Lorsque l’on marche dans le parc, on n’arrive pas à comprendre son dessin. Pour peu que l’on s’écarte des grands axes, on est perdu. C’est labyrinthique. En outre, la nature est géométrisée, répartie dans les différentes zones, presque à la manière de « monoculture ». Les arbres forment des ensembles, le parterre est vu comme un tapis. Quand on pense que cela a été imaginé au XVIIe siècle, c’est fantastique !  », explique Giuseppe Penone à Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition Penone Versailles, qui se déroule actuellement au château du Roi Soleil, et plus particulièrement dans le parc. Nul doute qu’insérer son art dans cette véritable œuvre paysagère fut un défi pour l’artiste italien, qui fut dès ses débuts associé à l’Arte Povera. Un défi et un honneur pour celui qui succède à Joana Vasconcelos, invitée l’an dernier. «  Avoir la possibilité de faire dialoguer mon travail avec celui de Le Nôtre est un grand privilège. Le jardin est un lieu emblématique, qui synthétise la pensée occidentale sur le rapport homme-nature  », précise-t-il. Ses arbres en bronze, aux branches nues et tronquées, portent des pierres lisses tombées là comme de monstrueuses gouttes de pluie ou installées comme de gigantesques nids d’oiseaux. Plus loin, un autre arbre élève ses racines vers le ciel et porte en leur milieu un frêle arbuste aux feuilles vertes. Une vingtaine de pièces sont à découvrir. Visions extraordinaires d’une nature à la fois proche et rebelle.

Jusqu’au 30 septembre.

Soleils et étoiles d’odon à Cahors

A tous ceux qui rêvent de rencontrer une œuvre hors norme, il est recommandé de faire cet été un détour par Cahors. Trois lieux – la chapelle du musée de Cahors Henri-Martin, le cloitre de la cathédrale Saint-Etienne et le Grenier du chapitre –, se sont entendus pour exposer des œuvres d’odon. L’artiste, installé en région parisienne, tresse depuis près de quarante ans du papier. Vannier mystique, il ne crée que des cercles. Avec lui, œuvre, vie, rêve et infini s’entrelacent. Hanté par une technique primordiale, celui qui signe d’un nom qu’il s’est choisi et qu’il veut sans majuscule, réinvente soleils et étoiles, tresse comme on adresse une prière et tisse sa vision de la vie à l’aune de ses subtils enchevêtrements. Ses tressages, apparitions tournoyantes et chatoyantes, inventent une intersection entre peinture et sculpture. «  En tournant les pages de la vie, on arrive à la tresse  ». A vous de voir. 

Jusqu’au 15 septembre.

odon
Patak à Paris, odon, 1984

40 bougies pour le CAPC de Bordeaux  !

Devenu musée en 1984, le Centre d’arts plastiques contemporains se veut «  un lieu pour tous dans lequel l’apprentissage des enjeux de la culture passe par la découverte de l’art de notre temps  ». En 2013, pour marquer son 40e anniversaire, l’institution propose une programmation où plasticiens, musiciens et philosophes invitent le public à observer comment les archives, utilisées comme des formes inédites et des concepts émergents, donnent la parole au présent. Markus Schinwald est l’un des invités de marque de la saison. Il s’empare pour l’occasion de la nef du CAPC qu’il plonge dans l’obscurité et transforme en une gigantesque installation aux accents théâtraux : parmi les innombrables éléments la composant, des ciels peints et des portraits retouchés suspendus ici et là, des culbutos jouant aux échecs et des marionnettes d’enfants claquant des fers sur le sol, un escalier Eiffel en colimaçon reliant le sol au plafond, ou encore un personnage assis sur un plongeoir suspendu qui semble réagir aux regards qui se posent sur lui… Bienvenue dans l’univers pour le moins intrigant et fascinant de l’artiste autrichien  !

Jusqu’au 15 septembre.

Markus Schinwald, photo F. Deval courtesy Mairie de Bordeaux
Vue d’exposition au CAPC de Bordeaux, Markus Schinwald, 2013

Les confidences d’Ange Leccia

Le photographe et vidéaste français Ange Leccia prend ses quartiers d’été au Mac/Val, à Vitry-sur-Seine, où il présente un «  film-exposition » rassemblant des œuvres qui le révèlent, le dévoilent. Logical Song est une forme de journal intime  : l’artiste y fait dialoguer les vidéos de sa vie, des plus anciennes aux plus récentes. A la fois intime et distancié, son regard offre une lecture inédite, aux accents mélancoliques, des thèmes majeurs de son travail. Jouant de l’esthétique de la vidéo, de la télévision, ou du cinéma, Ange Leccia entremêle ses arrangements avec sa propre histoire, nous conviant à nous immiscer au cœur d’une réalité qui est la sienne, et renvoie pourtant à celle de chacun. Passé maître dans l’art de l’image, du son et du silence, il livre une vision dont la pureté semble prendre le pas sur la narration, laissant de côté la fonction illustrative de l’image pour approcher la beauté au plus près, sans complaisance ni désir de virtuosité, mais le plus simplement du monde.

Jusqu’au 22 septembre.

Ange Leccia, courtesy galerie Almine Rech / ADAGP
Logical Song (détail), arrangement vidéo (32′ en boucle), Ange Leccia, 2013

Norman Foster, maître de cérémonie à Nîmes

Pour célébrer ses 20 ans, le Carré d’Art a invité l’architecte Norman Foster – créateur du bâtiment – à endosser les habits de commissaire de son exposition anniversaire. Investissant les deux étages du musée, le Britannique y déploie un ensemble d’œuvres d’artistes modernes et contemporains – près de 70 y sont représentés – que lui et sa femme Elena apprécient, côtoient et/ou collectionnent. Certaines pièces ont, par ailleurs, été spécifiquement conçues pour l’événement et le lieu, telles les installations de Bill Fontana, Olafur Eliasson et Nuno Ramos à découvrir dans le hall et l’escalier central. A noter la présence de plusieurs œuvres – de Gerhard Richter et Juan Munoz notamment – choisies au sein de la collection du Carré d’Art. Mouvement, vitesse, fluidité, espace, gravité et légèreté, mais aussi abstraction, figuration, transcendance, matérialité et spiritualité sont autant de clés d’une exposition dense et généreuse.

Jusqu’au 15 septembre.

Los Carpinteros, courtesy Ivorypress
Cuarteto rebelde, Los Carpinteros, 2012

Le portrait en majesté à Vichy

La ville de Vichy inaugure cet été un nouveau festival de photographie dédié à l’art du portrait. Des mises en scène colorées de Liu Bolin – qui se fond dans ses décors pour insister sur le lien naturel unissant l’homme et son environnement – aux écolières en uniforme de Vanessa Winship – travail à tiroirs multiples poursuivi au fil de voyages en Turquie, en Irak, en Arménie ou en Syrie –, huit artistes sont invités à livrer leur appréhension du portrait, document ou fiction, de célébrités ou d’anonymes. Pascal Aimar, Jérôme Bonnet, Sarah Moon, Sylvie Meunier, Dorothée Smith et Denis Rouvre sont les autres invités de cette première édition de Portrait(s). Sept expositions se tiennent simultanément au centre culturel Valery-Larbaud  ; les clichés de Jérôme Bonnet – connu pour ses photographies atypiques de personnalités – sont quant à eux à découvrir en plein air, sur l’esplanade de l’Allier.

Jusqu’au 1er septembre.

Liu Bolin, courtesy galerie Paris-Beijing
Family Photo, série Hiding in the City, Liu Bolin, 2012

Autour de Topor à Nantes

Organisée au Lieu unique, l’exposition Sans tambour, ni trompette réunit l’insolence mêlée d’élégance de sept artistes autour de l’œuvre protéiforme de Roland Topor et du personnage sensible à la bêtise, subversif et provocateur qu’il était. Pas moins de 200 pièces, pour certaines créées pour l’occasion, sont déployées dans la cour de l’institution, explorant la face cachée des choses, les travers de l’espèce humaine et l’univers de l’érotisme, avec force humour, décalage, invention et poésie. En témoignent l’absurdité vitale des pièces de Michael Dans, les jeux de langage de celles d’Erik Dietman, ou encore les joyeuses hybridations de Benjamin Monti. Mrzyk & Moriceau, Daniel Nadaud et Didier Trenet sont les quatre autres complices de ce rendez-vous qui montre combien les artistes contemporains continuent de sonder les interstices, les marges et ce qui existe, ou pas, « de l’autre côté de la page ».

Jusqu’au 11 août.

Benjamin Monti
Sans titre, Benjamin Monti

Carey Young entre photographie ?et performance

Direction le Finistère pour découvrir, pour la première fois en France, l’intégralité de la série de huit photographies intitulée Body Techniques (2007) de l’artiste anglo-américaine Carey Young présentée au centre d’art Le Quartier, à Quimper. Ses tirages de grand format sont le résultat d’une mise en situation de l’artiste dans de vastes chantiers en construction à Dubaï et dans ses environs. Vêtue d’un tailleur pantalon, elle se moule dans ces paysages désertiques qui évoquent, par la mise en perspective d’éléments urbains en arrière-plan, autant la naissance d’une civilisation que sa déchéance. Faisant référence aux performances associées à l’art conceptuel de Richard Long ou de Bruce Nauman, la plasticienne explore la matérialité du corps dans l’espace et le temps comme un moyen de résister aux architectures globalisées.

Jusqu’au 15 septembre.

(Avec Samantha Deman)

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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