Prix de la Jeune Peinture Belge 2011 – Entre concept et Histoire

Pieterjan Ginckels © BOZAR/ YGervais 2011

Dans un décor minimaliste, le regard est guidé le long des murs vers quelques écrans blancs en papier, « backdrop » ou « infini », ainsi nommés dans les studios photo qui les utilisent comme arrière-plan. Ici, ils participent au récit. Un narrateur se fait entendre. Placés parmi les visiteurs, des acteurs dirigent leur regard vers un point défini tout en accomplissant de menus actes. L’installation Un Tour d’Horizon de Kelly Schacht est un espace de jeu ouvert. L’artiste vient de se voir décerner à l’unanimité le Prix Crowet de la Jeune Peinture Belge 2011 pour ses recherches sur la relation entre l’œuvre d’art, l’espace et le spectateur.

Le Prix de la Jeune Peinture Belge est un événement majeur dans le domaine des Beaux-Arts en Belgique. Depuis 1950, il met sous les projecteurs de jeunes artistes belges ou établis dans le pays. Contrairement à ce que son nom indique, toutes les disciplines artistiques y sont depuis longtemps éligibles. Et de célèbres lauréats comme Pierre Alechinsky, Ann Veronica Janssens, Raoul De Keyser, Hans Op de Beeck et Marie-Jo Lafontaine lui ont donné une dimension internationale. Cette année, le jury était composé de Hilde Teerlinck (Frac Nord-Pas-de-Calais), Thierry Raspail (Musée d’art contemporain, Lyon), Clément Minighetti (Mudam, Luxembourg), Henriette Bretton-Meyer (Overgaden – Institute of Contemporary Art, Copenhague) et de Miguel von Hafe Pérez (Centro Galego de Arte Contemporánea, Santiago de Compostela). Les dix artistes sélectionnés* parmi les 276 candidatures se devaient de présenter une œuvre nouvelle à l’un des quatre prix suivants : « Crowet » (25 000 €), « Emile et Stephy Langui » (12500€), « Palais des Beaux-Arts » (12 500 €) et « ING » (12 500 €).

Le Prix ING a été attribué à Freek Wambacq pour « son processus créatif qui remet en question la tradition de la peinture, dans une installation mêlant histoire, mémoire, récits et production d’images, ainsi que pour l’aspect pictural caractéristique de son œuvre ». Dans Le monde renversé, l’artiste montre des reproductions de gravures anciennes, utilisant la technique de la xérographie, confrontées à des outils faisant référence à la gravure, aux copies en plâtre de divers objets anciens et à des brochures publicitaires. Dans ses œuvres, à la fois conceptuelles et matérielles, Freek Wambacq s’approprie des matériaux et des objets trouvés auxquels il confère un nouveau statut par le biais d’une série de combinaisons surprenantes. Ses constellations font référence à la fonctionnalité initiale de l’objet, tandis que se déploient des histoires complexes, des commentaires sociologiques ou des liens avec l’histoire de l’art.

Freek Wambacq © BOZAR/ YGervais 2011
Untitled, Freek Wambacq
A l’issue d’un long débat, le jury a décidé de remettre le Prix Langui à Paul Hendrikse et à David Catherall : « Quoique différentes, les approches de ces deux artistes présentent toutes deux une très grande qualité au niveau du contenu et de la présentation de l’œuvre. » Hendrikse a séduit le jury par son approche documentaire et historique, tandis que Catherall s’est démarqué par sa manière conceptuelle d’aborder la réalité. Les cinq œuvres présentées par Paul Hendrikse font partie de la série Hauntology of Smoke and Ochre (2009-2011), développée autour de la poétesse et romancière sud-africaine Ingrid Jonker. L’acte de créer des images en relation avec le langage – écrit, oral ou visuel – est au centre de la pratique de David Catherall. Ses collections de sérigraphies, dessins, gouaches, textes, photos, imprimés offset et reliures sont souvent inspirées par le langage des courants artistiques historiques.

Pieterjan Ginckels, quant à lui, a reçu le Prix Palais des Beaux-Arts pour une installation ambitieuse impliquant divers médias, notamment le son, la vidéo et la performance. Né en 1982, l’artiste considère la maîtrise et l’emploi de la technologie comme faisant partie du processus de socialisation. Ses projets sont axés sur l’utilisation, le mélange et le raffinement des médias existants, et sur la réconciliation de formes artistiques « supérieures » et « populaires ». Son souhait : abattre les limites entre l’art conceptuel, l’art du spectacle et celui de l’installation, pour que chaque œuvre devienne une véritable expérience physique. A découvrir avec l’ensemble des œuvres des dix finalistes du Prix de la Jeune Peinture Belge 2011. 

* David Catherall, Michiel Ceulers, Pieterjan Ginckels, Manor Grunewald, Hou Chien Cheng, Paul Hendrikse, Kelly Schacht, Joris Van De Moortel, Cédric Van Turtelboom et Freek Wambacq.[[double-v180:4,5]]

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