Sabrina Gruss à Paris – Des chevauchées fantastiques

Elle fait son miel de toutes les petites bêtes rendues à l’état de squelette. Crânes de pipistrelle ou de moineau, vertèbres ou mâchoires deviennent objets de fascination une fois passés par ses mains. Invitée de la galerie Béatrice Soulié, Sabrina Gruss affiche une énergie nouvelle. Avec la galeriste, elle pose en amie. Impossible de la faire tenir en place. La photo est floue mais ce n’est pas grave  !

Pieds joints, bras le long du corps et mentons proéminents, voici l’avant-garde d’une troupe extraordinaire. Petit riquiqui à la tête d’ahuri, farfadet au sourire satisfait, lutin grognon à la crête d’Iroquois, les voilà montant la garde dans leur plus simple appareil. Tout chez eux n’est qu’expression et os. Yeux fermés ou grands ouverts, pieds plantureux, oreilles décollées, ils sont à la fois émouvants et étranges. La galerie Béatrice Soulié, à Paris, accueille une fois encore le truculent petit peuple de Sabrina Gruss. En vitrine, un volatile haut sur pattes sert de monture à une amazone aux cheveux raides, courts et blancs, arborant un boa pour tout vêtement  : Bonjour tristesse est un hommage à Françoise Sagan. Irrésistible  ! Lui faisant face, un «  cheval  » aux dents féroces ne demande qu’à bercer un duo béat. Plus petit, sans socle, un animal à la fourrure gris souris et aux deux plumes plantées dans le dos dirige ses deux yeux perlés vers plus grand que lui. Juché sur une boule carmin, un émouvant acrobate au chapeau pointu vous contemple… Ainsi va le monde  ! A chaque pièce son récit. Les références surgissent, se bousculent dans un imaginaire qui invoque à la fois un panthéon de personnages universels et une mythologie tout à fait personnelle. «  Je dévide toujours la même petite histoire, celle de mon enfance, de ma famille, de ma mère…  » Un sujet inépuisable  ? «  Absolument. On n’échappe pas à soi-même.  »

Photo MLD
Sabrina Gruss et Béatrice Soulié
A 57 ans, Sabrina Gruss trace sa route, sans jamais oublier de s’étonner. «  Cette exposition aurait dû s’appeler Le petit théâtre de la consolation et, finalement, elle s’intitule Le cirque d’os et des élégances. Il semblerait que j’aie désormais plus envie de parler du cirque que de la vie  ! Il y a moins de dépouille, mais toujours de l’os et plus d’habit. Un quelque chose de plus théâtral.  » La mort, si présente autrefois, est obligée de céder du terrain. Si elle revêt de plus beaux atours ce n’est nullement pour se faire oublier, mais pour souligner sa présence légitime. Elle ne fait plus peur. Elle demeure seulement un mystère. «  Avant, il y avait une rencontre directe avec la mort. La travestir, ce n’est pas la cacher, mais la rendre plus élégante. J’ai envie que l’os soit plus paré. Le squelette, c’est ce qui nous fait debout, ce qui nous confère notre état d’homme.  » Cette rencontre avec l’os évolue. Elle prend des chemins de traverse. «  Aujourd’hui, je m’approche de plus en plus de l’idée de la poupée, de la marionnette.  » Il y a quelques mois, Sabrina Gruss a découvert le travail de Stefano Bessoni. Le cinéaste italien réalise des films d’animation pour lesquels il imagine des créatures qui entrent naturellement en résonnance avec l’univers de l’artiste française. «  Il a fait un Pinocchio magnifique  ! Nous sommes vraiment comme frère et sœur. Il m’a invité dans ses studios à Rome pour mettre en mouvement certains de mes personnages. Je ne sais si ce pourrait être une parenthèse dans mon travail ou si cette expérience me pousserait à réaliser des choses articulées  ?  » En attendant de découvrir le mouvement, l’œuvre de Sabrina Gruss continue de bruisser. Elle nous raconte de plus en plus de choses. Sur nous, sur elle. Et aussi des épopées au souffle littéraire. Ces visions appellent les mots et l’artiste de confier que deux propositions d’écriture à partir de son travail lui ont été faites. Impossible d’être étonné quand des poètes se penchent sur un berceau si heureusement habité.
Sabrina Gruss
Germination, Sabrina Gruss

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