Réalités Nouvelles – Ombres et lumières au salon de l’abstrait

Au-dehors, la lumière tranchante, acide, d’un printemps qui exulte sous les ombrages du Parc floral de Paris  ; au-dedans spots et borborygmes jaillis d’on ne sait quelles entrailles et annonces des prix décernés à quelques artistes… On est pris, par instants, d’une furieuse envie de surseoir à l’événement, que se fige la foule qui accapare l’espace, occulte ou brouille toute vision sereine. On se prend à rêver que, sous le coup de quelque diablerie d’un Jules Berry échappé des Visiteurs du soir, tous ces figurants se figent, pétrifiés  ; on s’imagine soudain seul, le rideau est tombé, face aux œuvres enfin prêtes au silencieux dialogue. Mais ici et maintenant on se perd dans le multiple (plus de 400 œuvres) et, paradoxe  ! le trop peu. Une seule œuvre par artiste et vous voilà l’œil désemparé, cherchant l’âme sœur, l’autre qui lui ressemble mais qui affirme sa singularité, son chant unique, qui éclaire et déroute, bref qui raconte une part du cheminement, des hésitations, des traverses empruntées ou des fulgurances de l’artiste. Mais trêve, rendons au salon ce que les artistes depuis 60 ans lui doivent, Pierre Soulages ou Olivier Debré, Sonia Delaunay ou Per Kirkeby. Et ceux qui entrouvrent l’âme secrète de la roche, du marbre ou du bois sont toujours au rendez-vous de ce salon 2011. Catherine Léva et son Porphyre, sombretransfuge des espaces sidéraux, sévère bloc rompu et comme irrigué d’une lumière intérieure  ; la Prophétie du vent de Louis Thomas-d’Hoste, marbre où s’inscrit l’indicible et l’impalpable  ; œuvre dépouillée sous l’âpre morsure d’un ciseau mystérieusement inspiré d’anciennes lois, peut-être, et qui pour livrer une bribe de ses secrets exige que l’on s’y attarde, qu’on puise en soi une respiration en harmonie avec ce qui vous est soudain offert, et que l’œil écoute. Autre monde encore que celui d’Hélène Gauthier et les vibrations subtiles inspirées de l’art sacré de l’Inde, du Mahabalipuram, où le bois se prend à chanter, désincarné, et s’érige dans son dépouillement irisé, vers la lumière.

Et puis, la peinture qui déploie ses fastes, sa lumière, la rigueur de son abstraction. Celle de Franck Duminil avec Ainsi la nuit XIII, belle envolée vers des galaxies oniriques ou la troublante et éblouissante Perversion d’Hélène-Lou Grebeauval, creuset d’or et de feu aux veines telluriques si proches d’un ciel incendié.

Enfin, entre ombre et lumière l’œuvre du peintre de Bergame Gianbattista Bresciani, héritier des Giorgio Morandi et des Bram van Velde  ; œuvre d’un temps suspendu, du silence et du chant intime de la terre. Une quête entamée dès l’enfance et qui n’en finit pas de creuser cet espace du dedans qui transcende avec une rigueur sans faille les formes qui pourraient distraire de la voie qui fait sens, nourrit l’homme et son œuvre. Une peinture à la fois sans concession et généreuse, qu’illumine une ferveur quasi monacale.

Gianbattista Bresciani
Gianbattista Bresciani

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