A la Maison de l’Amérique latine à Paris – Espaces de résistance chiliens

La Maison de l’Amérique latine accueille, jusqu’au 30 avril à Paris, Faces cachées, une exposition réunissant six photographes chiliens.

De trois générations différentes – ils ont entre 38 et 77 ans – les six photographes ont en commun un attachement profond à leur pays au passé récent encore douloureux – la dictature débutée en 1973 a duré plus de quinze ans. Chacun d’eux s’inspire ainsi des liens intimes noués avec le Chili pour porter un regard placé tour à tour sous le signe du témoignage historique et social, de l’engagement politique, non sans un goût affirmé, parfois, pour le décalage, voire la poésie. Zaida González est la plus jeune des six artistes invités. Ses images – photographies sur lesquelles elle intervient à l’aquarelle – font découvrir un univers underground et transgressif, à travers une lecture caustique de la société chilienne dans laquelle elle met à mal le poids de la religion, le machisme des rapports hommes/femmes ou encore le tabou lié au sexe. Claudio Pérez s’intéresse, quant à lui, à la notion d’identité, ainsi qu’aux mythes et rituels chiliens. A la fois photographe, graphiste, éditeur, commissaire d’exposition, enseignant et défenseur des droits de l’Homme et de la mémoire vivante, il est l’auteur de certaines des images les plus emblématiques de la lutte contre la dictature dans les années 1980. Doyen de cette manifestation collective, Luis Navarro a la particularité de partager la vie des gitans chiliens depuis des décennies, en en dressant au jour le jour un paysage juste et sensible. Alvaro et Alejandro Hoppe sont frères. Nés respectivement en 1956 et en 1961, ils ont participé – avec une douzaine d’autres photographes – au projet « Chile desde dentro » (« Le Chili vu de l’intérieur »), qui rassemble des images prises, essentiellement dans la rue, pendant les années de dictature, dans la pure tradition du photoreportage militant. Enfin, Leonora Vicuña s’appuie sur la vidéo et intervient elle aussi plastiquement sur ses photographies pour explorer l’histoire de son pays et, plus particulièrement, la mémoire et l’identité du peuple Mapuche, communauté originaire des Andes chiliennes. L’artiste, âgée de 63 ans, livre un travail oscillant entre document et fantasmagorie chamanique. Faces cachées réunit un ensemble de pratiques singulières qui, toutes, incarnent une forme de résistance à l’ordre établi, tentant de mettre en lumière des moments oubliés comme des communautés marginalisées et s’inscrivant dans une quête d’un « autre » Chili, aussi complexe que méconnu.

Les jeux de couleurs d’Iván Contreras-Brunet

Un détour s’impose par l’exposition – présentée en parallèle à Faces cachées – dédiée au travail d’Iván Contreras-Brunet, né en 1927 à Santiago du Chili et installé à Paris depuis le tout début des années 1960. Peintre et sculpteur, fasciné par la couleur et sa mise en espace, l’artiste compte parmi les représentants de la scène cinétique internationale. « Dans mes reliefs mobiles, je cherche à provoquer par le mouvement des rapports structurels de couleur dans l’espace, explique-t-il dans le catalogue. Il s’agit d’un espace tridimensionnel dans lequel se meuvent des masses suspendues, instables et transparentes. » Une quinzaine de pièces sont à découvrir jusqu’au 30 avril.


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