Transitives – Un air de liberté flotte sur les bancs de l’école

Marie-Noëlle Deverre

C’est dans le cadre de la deuxième édition de Transitives, événement initié par le Centre de création contemporaine 2angles de Flers, dans l’Orne, que quatre artistes locaux exposent les travaux qu’ils ont menés lors de leur résidence dans un établissement scolaire du département. Des séjours riches de rencontres et d’échanges, porteurs de dynamiques généreuses et inédites.

« Qu’est-il arrivé à la médaille de notre enfance ? » interroge la plasticienne Mireille Crétinon, qui livre ici, par le biais d’une installation et de quelques extraits poétiques, son interprétation d’un souvenir particulier, mais que beaucoup seront à même de partager. L’artiste en appelle à la subtile mémoire des sens, laissant lentement poindre, puis fleurir, la réminiscence du contact, léger et frais sur la peau, l’émouvante volupté du dessin, le chatoiement et le velouté du métal, et sa fermeté inaltérable. Le Souvenir tactile de Mireille Crétinon est une invitation au voyage dans le temps, une immersion au cœur d’un monde sensoriel que l’on croyait oublié ou à jamais enfoui. Les médailles qui le composent ont été revêtues d’une mousse expansée, «  triplant ainsi le volume de la surface pour exprimer le labyrinthe que forment parfois nos vies cabossées, pleines de découvertes et de surprises », explique l’artiste.

Mireille Crétinon
Souvenir tactile, Mireille Crétinon, 2009

Marie-Noëlle Deverre ne cache pas la prédilection qu’elle éprouve à disposer ses œuvres au cœur de lieux insolites : forêt, parking souterrain ou vitrine de boutique. A travers la performance et la gravure, la jeune femme élabore des passerelles qui lient son imaginaire et l’univers du rêve à la réalité incarnée du corps, cette enveloppe fragile et malléable, vouée à une perpétuelle métamorphose. Privilégiant la conception de sculptures « prêtes à porter », elle invite régulièrement danseurs ou acteurs – ici la danseuse Sandrine Burhing – à venir les revêtir, les investir pour mieux les animer. L’œuvre présentée dans le cadre de cette exposition a été imaginée à partir de vêtements apportés par les enfants qu’elle a côtoyés le temps d’une résidence : « Un objet-corps aléatoire s’est peu à peu constitué, comme un portrait du groupe rencontré. »

« Je ne suis pas paranoïaque », affirme pour sa part Philippe François, simplement « flippé car nous n’avons pas la moindre chance d’échapper au fichage systématique qui s’étend depuis plusieurs années. » L’artiste illustre ses réflexions par une œuvre participative : « Près de cent portraits, imprimés en sérigraphie, sont marqués de matricules qui renvoient chacun à des fiches électroniques incrustées dans des totems de béton. » C’est sous la forme d’un atelier ouvert que ses travaux ont progressé, au rythme de ses rencontres et dialogues avec les élèves, qui lui firent don d’informations « très personnelles » et acceptèrent de se laisser photographier. « La dimension de ce projet artistique n’est ni militante ni citoyenne, précise-t-il. Il s’agit d’un vecteur de lien social, et il suscite la discussion avec les différents protagonistes. Voilà bien son véritable intérêt. L’art perçu comme un outil, non au service d’une cause, mais au service du dialogue. »

Mireille Crétinon
Souvenir tactile, Mireille Crétinon, 2009

Par son travail pictural, enfin, Françoise Pacé illustre un questionnement renouvelé sans relâche, depuis des années, sur le paysage, son lien avec le voyage, mais aussi le quotidien et son cortège d’immuables repères. Lors du processus d’élaboration de ses toiles les plus récentes, « la prégnance massive des arbres, comme sujet, me ramène au travail du peintre, note-t-elle, et ces allers-retours du motif à l’atelier sont comme autant de possibilités de créer ». De fait, le paysage, véritable toile de fond d’un lieu, qu’il soit professionnel ou personnel, est à la source de la recherche de l’artiste, sa vision du « chez soi » de l’habitant, propre à tout individu, comme l’habité se réfère au monde. Et de conclure : « Nous habitons notre corps ; nous habitons notre logis ; nous habitons le monde. »

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