Anne-Sarah Le Meur à Paris – Et l’obscurité devient refuge

Anne-Sarah Le Meur

Docteur en Esthétique, Sciences et Technologie des Arts – elle est enseignante-chercheuse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne –, Anne-Sarah Le Meur explore depuis plus de vingt ans cette intersection sensible qu’offre la rencontre entre l’art et le langage informatique. Il en résulte des œuvres génératives, aux mouvements lents et envoûtants – qu’elle saisit dans des séries de tirages photographiques –, qui façonnent un univers mystérieux, tout en promesses, et invitant à la contemplation. La galerie Charlot, à Paris, présente jusqu’au 9 avril le fruit de ses dernières recherches portant sur la lumière-­matière noire dont la sobriété n’a d’égale que la densité, la chaleur et la vitalité qui en émanent.

« Etre dans le noir. Regarder. Fouiller. Plonger dans le noir. Une lueur. Les couleurs autour.
Une caresse – un souffle – une vibration.
M’engouffre m’aspire m’appelle.
– où – jusqu’où – jusqu’au-delà – jusqu’en dedans.
Pulvérisé. Devenir matière. Devenir lumière. Devenir poudre noire. Devenir lueur diffuse. Devenir couleur.
Immense immatière
Immanente matière
(I)mature matière volatile
Vibre. Vibre. Poudre, suspens, substance – ou gaz. »

Anne Sarah Le Meur_ Oeil Ocean
Œil Océan, Anne Sarah Le Meur.

Ce poème composé par Anne-Sarah Le Meur pour accompagner sa troisième exposition à la galerie Charlot témoigne d’une affection pour l’écriture indissociable de ses recherches plastiques. Une écriture rythmée, animée, tout en fluctuations et circonvolutions qui font écho aux mouvements en 3D qui se lisent à même le mur de la galerie. « Des mouvements infinis, où les couleurs se frôlent, se caressent, s’enlacent, se divisent ou fusionnent… tels des corps transcendés par les émotions, oscillant entre violence et douceur », glisse Valentina Peri, commissaire de l’exposition.

Anne-Sarah Le Meur
noirange 54, Anne-Sarah Le Meur, 2015.

Une lumière vive et une plus sombre sont les deux protagonistes récurrents d’un jeu de cache-cache prolifique, source d’évolutions chromatiques – et de textures – aux innombrables nuances qui prennent corps dans les deux pièces génératives présentées : Œil Océan, œuvre matrice, et Vermille, laquelle explore des palettes de rouge, de violet et de rose. « Ce travail est inspiré d’une performance que j’avais réalisée autour du rouge en 2011, précise Anne-Sarah Le Meur. J’ai voulu essayer d’intégrer dans un processus génératif les réflexions soulevées dans ce cadre et la manière particulière de travailler que cela impliquait : notamment une forme de contrôle à vue des paramètres. Dans le génératif, je ne peux intervenir en temps réel, mais j’avais à l’esprit cette idée de nécessaire variation. J’ai mis en place des croisements de paramètres ; ils vont s’influencer, voire s’arrêter, parfois, les uns les autres. Il y a des jeux à l’intérieur de la programmation qui font que, ponctuellement, les trajectoires vont aller à l’envers, poursuivre au hasard, s’accélérer, etc.  » Vermille a aussi la particularité de se construire autour de trois objets lumière – Œil Océan évolue à partir de deux éléments – se mouvant dans une forme elle-même autonome en termes de couleurs et dont la surface paraît plus ou moins lisse et ondulée, selon la nature des mouvements effectués dans l’espace.

Anne-Sarah le Meur
noirange 31, Anne-Sarah le Meur, 2015.

Sur les cimaise alentours, une série de tirages numériques dévoilent un univers sombre et profond, où s’entrelacent ombre et lumière. « La précédente exposition était très colorée, rappelle l’artiste. Je voulais expérimenter la réaction du public en contact avec une sobriété différente, un travail qui peut sembler plus austère, mais qui est en fait plus sensible. » Pour Anne-Sarah Le Meur, le noir n’est pas une couleur comme les autres : « C’est quand j’ai trouvé la tache noire, il y a plus de dix ans, que j’ai compris ce que je cherchais dans mon expérimentation autour de la lumière, se souvient-elle. Si elle est récurrente dans les animations, ces tirages sont une manière de la mettre un peu plus à l’honneur. » Chez elle, les ténèbres n’ont rien du caractère inquiétant que l’inconscient collectif leur prête. Le noir devient protecteur, chaleureux, « il est un nid, un refuge ».

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