Arnaud Laval – Ode à Shakespeare

« J’ai traversé mon enfance pendant douze années en répandant comme le Petit Poucet des « cailloux » dans ma mémoire d’artiste. Après l’étape difficile de l’adolescence, après de nombreuses tentatives d’exister dans le moule des sociétés, j’ai vécu des années à conquérir une carrière. A la différence du « vrai » Petit Poucet, tous mes cailloux sont devenus mes trésors de paix. Ils reviennent aujourd’hui sur les pages de ma vie de dessinateur. C’est un nouveau chemin et chaque caillou me prolonge dans les racines de mon jardin initiatique. » Hommage à l’enfance et à ce terreau singulier d’une infinie richesse qu’elle constitue au seuil de toute vie humaine. Cette poésie des mots d’Arnaud Laval n’a d’égale que celle du langage brossé par le trait, vif et généreux, qui caractérise ses dessins.

L’artiste propose aujourd’hui, à l’occasion d’une exposition intitulée Commedia, une interprétation toute personnelle du théâtre de Shakespeare, dont l’univers obscur et énigmatique le fascine depuis ses plus tendres années. «  Ce thème des comédiens choisi autour de Shakespeare est lié à plusieurs rencontres survenues pendant l’adolescence. » Ainsi, à 12 ans assiste-t-il à une projection du film Hamlet (1948) porté par Laurence Olivier. Une rencontre qui engendre une « passion immédiate pour cet univers dramatique, le film se grave dans mon imaginaire comme un mystère sombre et captivant ! » Plus tard, il est séduit par le film Roméo et Juliette, dans les décors de Zefirelli (1968), et, plus récemment, il découvre la mise en scène « extraordinaire » de Macbeth réalisée par Declan Donellan au théâtre des Gémeaux à Sceaux (2010). «  Dans le temps, Shakespeare marque intensément l’imaginaire et le mystère humain », énonce-t-il simplement, comme une évidence.

Arnaud Laval courtesy galerie Nathalie Béreau
Le portrait d’Hamlet, dessin original sur monotype, Arnaud Laval, 2010

Loin de n’être qu’une forme d’illustration, de servir de décor ou de mettre en scène tel acte ou protagoniste de ces récits classiques, ses dessins jouent véritablement le drame qui leur est confié. En témoigne par exemple ce portrait d’Hamlet, personnalité complexe dont l’artiste dévoile les multiples facettes au travers d’un personnage hybride, énigmatique et surréaliste. Il émane en effet des œuvres d’Arnaud Laval une dynamique particulière, une invitation pour l’œil à suivre les méandres du trait, à observer une silhouette pour en deviner bientôt une autre, s’élançant à son tour à l’assaut de l’espace offert par le papier. Chacune interprète avec ferveur le rôle dont elle est dépositaire, un morceau d’existence lointaine, étrange et qui, pourtant, a quelque chose de familier.

Les rouges orangés dominent, quand ils ne rivalisent pas avec les subtilités en noir et blanc développées par le dessinateur. Eaux-fortes et aquatintes rehaussées à l’encre, dessins à l’encre de Chine ou au pastel restent ses modes d’expression favoris. Du bout de la plume et du pinceau, Arnaud Laval mène à un rythme endiablé la ronde de sa troupe de comédiens ambulants, tel un chef d’orchestre au regard patient et amusé, mais qui jamais ne se départ de son inaltérable exigence.

Arnaud Laval courtesy galerie Nathalie Béreau
Hamlet acte I scène V, dessin sur monotype, Arnaud Laval, 2010

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