Anaisa Franco à Paris – Miroir, miroir…

Anaisa Franco est une véritable artiste globe-trotteuse. Installée aujourd’hui à Berlin, elle vient de passer les sept dernières années en dehors de son Brésil natal. Diplômée en art numérique de l’université de Plymouth, en Angleterre, et en arts visuels de la Faap – la Fundação Armando Alvares Penteado de São Paulo est une des écoles les plus prestigieuses du Brésil dans le domaine des arts et des sciences humaines –, cette artiste de 32 ans a séjourné et exposé tant en Amérique, qu’en Europe et en Asie. Ses sculptures interactives parlent à chacun dans un langage universel déployant sujets de réflexion et libérant les imaginaires. Une sélection de ses œuvres récentes est à découvrir jusqu’à 21 décembre à la galerie Charlot, à Paris.

Elle passe de la feuille à dessin à la palette graphique, aux lignes de codes avec naturel et aisance. L’œuvre d’Anaisa Franco ne s’encombre pas d’adjectifs qualificatifs, ne se range pas dans une case. Elle s’expérimente et se décline en autant de formes que sa pensée développe de façons d’éclairer un sujet. La jeune Brésilienne, qui aime jongler avec la technologie, présente jusqu’au 21 décembre ses pièces les plus récentes à la galerie Charlot, à Paris. Quand elle franchit le pas de la porte, chapeau vissé sur la tête, son regard et son sourire sont à l’image de son travail  : directs et justes. Dans une mallette posée sur un socle, un énigmatique miroir, agrémenté d’un ovale de leds, attire l’attention et invite le visiteur à s’en saisir, à s’observer attentivement. Très vite, le reflet de son visage se transforme. Aux prises avec un implacable morphing, ce dernier s’affine ou s’épaissit, s’arrondit ou s’élargit, devient plus anguleux ou plus doux. En se métamorphosant, les traits deviennent tour à tour plus féminins ou plus masculins sans jamais se fixer dans l’un ou l’autre de ces états. Des fluctuations qui posent la question du genre. «  Ce sont des recherches sur l’œuvre littéraire de l’Espagnole Beatriz Preciado, auteur de la théorie Queer, qui m’ont incitée à développer un projet sur l’expérience transgenre. Fortement influencée par le travail d’Eve Kosofsky, Judith Butler et Lauren Berlant, cette théorie considère que le genre d’un individu n’est pas déterminé exclusivement par son sexe biologique, mais principalement par son environnement sociologique et culturel ainsi que par son histoire  », explique l’artiste face à Devenir.

Anaisa Franco
Devenir, Anaisa Franco

Cette installation, en plus d’être une expérience singulière – la voix, à l’instar du visage, se transforme elle aussi – est composée également d’une vidéo tournée à Paris lors d’une résidence de six mois à la Cité internationale des arts, l’an dernier. Durant deux heures, des transgenres se racontent et témoignent de manière très personnelle de leur passage d’un genre à un autre. A São Paulo, le film était projeté en simultané sur quatre écrans placés autour du miroir. Un dispositif qui permettait au visiteur de se situer sur le même plan et à la même échelle que les personnes interviewées. Renforçant ainsi son implication dans l’œuvre, l’amenant à entamer une réflexion à propos de sa propre identité. Et si celle-ci n’était qu’une performance, suggère Anaisa Franco, un aspect de soi toujours en devenir.

Au sous-sol de la galerie Charlot, Onirical reflections – projet développé avec Jordi Puig – monopolise l’attention. Cette sculpture interactive se présente, elle aussi, sous forme d’un miroir, mais cette fois accroché au mur. Impossible de résister à son appel. Posté face à lui, le regardeur devient à nouveau acteur de l’œuvre. Le reflet de son visage ainsi que son cou, voire son décolleté, se couvrent de motifs, quand bien même il bougerait face à la glace. Tantôt branchages et feuilles, tantôt pois ou lignes ondulées les envahissent progressivement jusqu’à saturation et changement de «  décor  ». Peintures rituelles ou stigmates de paradis artificiels  ? Fasciné par son image psychédélique, le visiteur se laisse emporter par cette vision déformée de la réalité, son visage transformé en interface de ses songes. Il n’importe pas, alors, de connaître la technologie employée tant cela n’a plus aucune importance. L’œuvre a pris le pouvoir, effacée le programme, rendu amnésique le visiteur pour lui offrir un moment de rêve. Non loin d’elle, comme des échos, des dispositifs lumineux témoignent de manière autre de la réflexion menée pour Onirical reflections. Parmi les différentes lightboxes présentées, celles sur fond noir déploient des fils de leds de couleur. Mention spéciale pour ces dessins lumineux et captivants.

Anaisa Franco, Jordi Puig
Onirical Reflections, Anaisa Franco

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