Hors les murs – Impudents passe-muraille

Un filet d’or et de poussière de diamant qui court à même le sol, l’irrigue autant qu’il intrigue : le fabuleux métal s’est infiltré dans la fissure aléatoire qui ne s’attendait guère à cette manne furtive. Un Rubicon qu’on ne franchit pas sans un certain respect : or oblige ! Il est vrai qu’au Cabinet d’amateur, rue de la Forge-Royale, on peut emprunter à l’alchimie, la voie y semble prédestinée et Thomas, en orpailleur des murs, s’il les rase furtivement, c’est pour mieux y laisser, discrète, sa marque. Et lorsqu’il délaisse ses pinceaux pour le fusil, il ne tire que sur du verre siliconé ; l’artiste se fait alchimiste : au point d’impact, la transmutation opère, le plomb écrasé se métamorphose sous une fine couche d’or fin. La signature de ce chasseur, qui ne tire que pour panser la blessure occasionnée, est aussi célèbre en Suisse qu’au Japon, en Belgique qu’en Italie.

Reconnaissons-le, si l’art de la rue a bien conquis ses lettres de noblesse à coups de pochoirs, d’affiches ou de sérigraphies, il s’est imposé en dehors mais aussi au-dedans des murs. A telle enseigne que l’un des plus célèbres contestataires du pochoir, Banksy, un Anglais dont on ignore l’identité réelle, mais dont nul n’ignore l’humour décapant et l’ironie cinglante, rend même hommage à ses illustres prédécesseurs français, Blek le rat, Ernest Pignon-Ernest ou JR. Au Cabinet d’amateur, cinq artistes témoignent de cet art irrévérencieux et libertaire par excellence.

Mosko et associés courtesy Le Cabinet d’amateur
Tigre, Mosko et associés, 2010
Enfant de la Butte, Miss-Tic (la sorcière qui tente de s’emparer du sou fétiche de Picsou) en est peut-être la papesse, elle qui refusait que l’art s’enferme dans les musées et n’a cessé de réinventer ses titres comme « Muses et hommes »…, entre provoc et poésie. Longtemps décriée, à l’instar des Ernest Pignon-Ernest ou des Raymond Hains – ses œuvres effacés par les obsédés du « Défense d’afficher » –, on retrouvera ses pochoirs qui envoûtent ses admirateurs (c’est bien le moins pour une sorcière) dans les quartiers qu’elle aime et qu’elle entend défendre avec son commando de Miss provocantes et malicieuses embusquées aux carrefours les plus inattendus du Marais ou de la Butte-aux-Cailles.

Mosko et associés, deux anciens ouvriers typo du Livre, ont eux lâché leurs animaux sauvages et colorés au hasard des rues – ou presque – depuis une quinzaine d’années. Tigres et girafes ont même contribué à la survie d’un quartier parisien. Après avoir enchanté les façades grises promises à la démolition, toutes porte et fenêtre murées, les habitants fort de cette sauvage protection ont résisté jusqu’à l’irruption des bulldozers !

Paella, lui, colle ses affiches depuis 25 ans sur les gouttières dans l’esprit agitprop de Mai-68 et des Beaux-Arts occupés. Ses personnages aux membres élastiques, sans visage, ou ces mains dont les doigts se resserrent sur un personnage emprisonné mais qu’un propos explosif (dé)livre au grand jour, sont souvent autant de pamphlets, de critiques sociales acerbes ou ambiguës qui ont séduit le public.

Enfin Hélène Lhote (labellisée L.N.2.3.), entre installations et miroirs découpés, « accroche » la lumière et la capte pour mieux l’exalter à travers l’émail ou l’acier, le miroir ou le vitrail.

Pour couronner l’événement une spéciale dédicaces aura lieu le samedi 18 décembre avec la présentation de la collection Opus Délits (le street art en petit format à 9,90 €) réunissant les œuvres d’artistes de la rue, dont les cinq exposés ici qui dédicaceront leurs livres.

Hélène Lhote courtesy Le Cabinet d’amateur
Voile de Véronique, Hélène Lhote, 2010

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