Mois de la photo – Paris en mode rafale

Alors que le salon professionnel de la Photographie a refermé hier les portes de sa sixième édition, les quelque 150 exposants de Paris Photo peaufinent les derniers détails de leur participation à la foire internationale qui débute ce jeudi au Grand Palais. En marge de ces deux rendez-vous annuels d’envergure – qu’ont rejoint Photo Off et No Found Photo Fair –, plus de 180 expositions et événements sont à découvrir en galeries ou au sein d’institutions culturelles dans le cadre du Mois de la photo et du festival éponyme, mais «  off  », qui transforment Paris, tous les deux ans au mois de novembre, en capitale mondiale de la photographie. L’occasion pour un large public de redécouvrir les travaux d’artistes qui ont marqué l’histoire de la discipline comme ceux de jeunes talents.

«  La photographie, c’est énormément de choses à la fois, elle s’appuie sur des outils comme des pratiques extrêmement variés.  » Bien décidée à faire oublier les réactions encore trop souvent «  claniques  » et «  réductrices  » des «  pro-argentiques » versus les «  pro-numériques », Léonor Nuridsany insiste sur l’éventail extrêmement large présenté dans le cadre de la thématique qui lui a été confiée à l’occasion de la 17e édition du Mois de la photo  : «  La photographie française et francophone de 1955 à nos jours  » . Par son amplitude, le sujet «  a permis à des lieux – et artistes – très divers de se reconnaître  » à travers une forme, non pas d’«  école française  », mais plutôt de «  culture ou de style  ». «  C’est pour moi une question de langue et d’écriture commune, précise la commissaire d’exposition. Sujet, verbe, complément forment une syntaxe particulière et typiquement française  ; on la retrouve d’ailleurs dans la peinture.  » Il s’agit également de mettre ouvertement en avant la richesse de création hexagonale contemporaine. «  Les Américains, les Anglais ou les Allemands se prêtent à l’exercice avec beaucoup de naturel. Mais, chez nous, ça semble beaucoup moins normal  : on est vite taxé de chauvinisme, on parle immédiatement d’identité nationale… Il était temps d’oser donner ce coup de projecteur. » Dont la Maison européenne de la photographie se fait le porte-parole privilégié en présentant, à partir de demain, trois des trente-sept expositions sélectionnées sur ce thème  : La photographie en France 1950-2000, Jean-Luc Tartarin et Sarah N., autoportraits.

«  Small is beautiful  »  et «  Le Réel enchanté  »  sont les intitulés des deux autres thématiques de l’édition 2012 du Mois de la photo et confiées, par le commissaire général de l’événement Jean-Luc Monterosso*, respectivement à Agnès de Gouvion Saint-Cyr et Stéphane Wargnier. Issu du monde de la mode et de la publicité, ce dernier – qui a fait de la formule de Lautréamont «  Faire voir tout en beau  » l’une de ses maximes – explique avoir voulu présenter à la fois des professionnels issus de son univers et des artistes pour lesquels la photo prend davantage source dans leur imaginaire. «  Il y a deux grands chemins dans l’histoire de la photographie, rappelle-t-il. L’un qui part de la fonction documentaire et de l’envie de documenter la réalité, l’autre qui réinvente le monde. Et puis, il y cet “entre-deux” avec une frange de photographes qui introduisent de la fiction dans le réel.  »Jean-Luc Monterosso a lancé le Mois de la photo avec Henry Chapier en 1980. Il est le directeur de la Maison européenne de la photographie, qu’il a créée en 1996.

Internet pour champ d’expérimentation

« Il me semblait essentiel, lors du Mois de la photo, de donner une place à la très jeune création. Par ailleurs, Internet est selon moi un espace d’exploration et d’expérimentation absolument passionnant. » Deux raisons pour lesquelles Léonor Nuridsany a imaginé puis envoyé, à toutes les écoles d’art françaises, un appel à projet destiné tant aux étudiants ayant une pratique photographique, qu’à ceux dont la démarche, a priori, s’en éloignait. « Il s’agissait de réaliser un espace d’exposition spécifiquement pour et sur Internet, dans lequel ils concevraient des œuvres photographiques inédites. L’intérêt d’une telle entreprise étant de s’emparer d’un monde où tout est possible (le contenu, les formes, les volumes, les matières, les dimensions, la circulation, les extensions…) et d’y réaliser des œuvres inenvisageables dans un autre contexte. » Une réflexion artistique « sur l’image, plus que sur la photographie », qu’ont accepté de mener « avec plaisir et sagacité » Marion Aigouy, Salomé Bernhard, Guillaume Combal, Christelle Debono, Anaïs Jardin, Eric Maillet et Yee-Hsien Tan. www.une-realite-peut-en-cacher-une-autre.com

Patrick Zachmann, courtesy Magnum Photos
Œuvre de Patrick Zachmann
Certains font débat, tel Richard Mosse – représentant l’Irlande à la prochaine Biennale de Venise – qui témoigne de la guerre d’une manière complètement différente de celle des photo-journalistes, soit en tentant de «  tenir l’atrocité du réel à distance  » par tout un jeu sur les couleurs, notamment. Parmi les artistes découverts par ailleurs par Stéphane Wargnier et qu’il se réjouit de pouvoir «  mettre en avant  », Jean-Pierre Porcher est l’auteur d’une série centrée sur les architectures de Le Corbusier. «  Son travail est vraiment très intéressant, car il parvient à donner une nouvelle interprétation visuelle, incroyablement poétique, de quelque chose qu’on a déjà vu mille fois.  » François Fontaine, quant à lui, réalise un véritable essai photographique sur le 7e art et «  parvient à donner forme, troublante et sensuelle, aux images mentales héritées du cinéma qui peuplent nos rêves.  »

«  La question du format est quelque chose à laquelle je réfléchis depuis longtemps, précise de son côté Agnès de Gouvion Saint-Cyr. Surtout depuis que se multiplient les œuvres de trois mètres sur deux qui sont impossibles à accrocher dans un habitat normal.  » Pour témoigner de la volonté de certains «  de poursuivre leur travail en réalisant des épreuves de dimensions modestes  », et rappelant à juste titre que «  la taille des œuvres ne fait pas leur qualité  », l’ancien inspecteur général pour la photographie au ministère de la Culture et de la Communication, propose une sélection à la fois pointue et éclectique. De la poésie étrange et lumineuse des photographies en noir et blanc de Christèle Lerisse à la mélancolie émouvante des clichés de Charlotte Dumas – parmi lesquels ceux, réalisés en 2011, de chiens ayant participé aux opérations de secours à New York le 11 septembre 2001 –, en passant par les très belles images issues de la collection du Fotomuseum Winterthur (Suisse) et traitant du corps humain, tous, finalement, «  relèvent de l’intime  ».

Le Mois de la photo, c’est aussi plusieurs grandes expositions transversales – parmi lesquelles celle présentée au Bal et dédiée aux illustrations critiques de la société du Britannique Paul Graham –, de multiples projections, débats et conférences dont le programme détaillé est accessible sur le site de la Mep. Organisé en parallèle à son aîné depuis 1994, le Mois de la photo off rassemble pour sa part une centaine d’expositions réparties dans la capitale et accueillant majoritairement, cette année, des artistes étrangers. Très utile, un guide proposant dix parcours élaborés selon une logique géographique est à télécharger librement. Chacun d’eux fait l’objet d’une visite guidée tous les samedis jusqu’au 1er décembre. Bonne balade.>br>

Marion Aigouy et Guillaume Combal
Capture d’écran de l’exposition virtuelle@Une réalité peut en cacher une autre, Marion Aigouy et Guillaume Combal, 2012
65 nus signés Magnum aux enchères

A l’occasion de son 65e anniversaire, l’agence Magnum Photos a confié à Sotheby’s la mise en vente d’un portfolio sur le thème du nu, constitué de 65 tirages en noir et blanc et couleurs. Parmi les auteurs des clichés figurent notamment Abbas, Steve McCurry, Raymond Depardon, Martin Parr, Patrick Zachmann, Marc Riboud ou encore Susan Meiselas. Le fruit de la vente – le portfolio est estimé entre 100 000 et 200 000 euros – sera reversé à la toute nouvelle Fondation Magnum, destinée à préserver « les archives des photographes qui en auront doté la fondation à leur disparition », à protéger leur copyright, à promouvoir leurs œuvres « à travers des livres et des expositions » ainsi qu’à « mettre ce patrimoine à disposition des historiens et des chercheurs ».

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