Capitale régionale de la culture 2013 – Les escales de Dunkerque

Dimitri Vazemsky, photo Rémi Vimont

Un container rose est son totem, qui vient rappeler sa qualité de port industriel et symboliser les échanges maritimes. Après Valenciennes en 2007, et Béthune en 2011, Dunkerque s’érige cette année en Capitale régionale de la culture, initiative imaginée par la région Nord-Pas de Calais dans la continuité du succès de Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Lancée début avril, au lendemain de la clôture du traditionnel carnaval, la programmation s’articule autour de 5 000 artistes et de 600 rendez-vous répartis au fil de trois saisons. En voici un modeste avant-goût.

Letter Camp

Constitués de lettres en bois rouge ou en glace, des mots et fragments de phrases apparaissent ici et là le long du littoral. Letter Camp est un projet d’écriture sur paysage conduit par Dimitri Vazemski et le collectif chilien Escalofrio. Offertes au public tels des rébus poétiques et énigmatiques, ces installations éphémères sont à envisager selon un rapport entre écriture et contexte, entre le sens de ce qui est écrit et le milieu qui accueille l’œuvre. Des interventions sont programmées ponctuellement en divers endroits de l’agglomération dunkerquoise et au-delà – jusqu’en Belgique –, d’autres auront lieu de manière spontanée, précisent les artistes, qui annoncent le déploiement d’une phrase de 400 m de long, sur une plage, au mois de septembre prochain.

Jusqu’au 28 décembre.

Print Shock

Invité du musée du Dessin et de l’Estampe de Gravelines, Barthélémy Toguo y présente de façon inédite sa série de tampons géants – initiée en 2000 –, gravés de messages livrant son appréhension du monde. L’artiste camerounais part d’un questionnement autour de la signification des cachets de douane se multipliant à une vitesse déroutante sur son passeport, pour s’interroger plus largement sur les notions de frontière, d’exil et sur l’état des relations entre les peuples. S’appuyant sur le modèle de l’estampe, caractéristique de l’institution qui l’accueille, il appose sur ses tampons une encre lithographique noire particulièrement grasse, donnant un écho singulier aux mots et expressions qu’il a minutieusement choisis. Une rencontre avec Barthélémy Toguo est programmée ce samedi 18 mai à 20 h 30, dans le cadre de la Nuit des musées.

Du 18 mai au 29 septembre.

Barthélémy Toguo
Série de bustes de bois gravés, Barthélémy Toguo

Poétique d’objets

Détournement, destruction, métamorphose… Cent ans après le premier «  ready-made  » de Marcel Duchamp, quelles relations les artistes entretiennent-ils avec les objets du quotidien ? Comment ces dernières ont-elles évolué depuis 1913 ? Que disent ces œuvres de notre rapport au monde ? Voici quelques-unes des questions abordées par Poétique d’objets. Explorant, à travers un étonnant voyage dans l’histoire de l’art du XXe siècle, la manière dont les artistes se sont saisis des objets manufacturés et ont transformé profondément la nature même de l’œuvre, cette exposition fait également la part belle à la création contemporaine. Parmi ses représentants, citons le duo Art Orienté Objet, Tony Cragg, François Schmitt, Sarah Sze ou encore Hervé Télémaque.

Jusqu’au 15 septembre au Laac, à Dunkerque.

Art Orienté Objet
La machine à méditer sur le sort@des oiseaux migrateurs@ou Le baiser de l’ange, Art Orienté Objet, 2008

Chœur de lumière

Créé dans la continuité de la commande publique faite à Anthony Caro et qui a vu installer, en 2008, Chœur de lumière – œuvre composée d’un ensemble de 15 sculptures – dans l’église gothique Saint Jean-Baptiste de Bourbourg, près de Dunkerque, le Centre d’interprétation d’art et de culture (Ciac) a ouvert ses portes début mai. Aménagé par l’architecte Hubert Wacheux et la scénographe Cécile Degos dans l’ancienne Halle aux poissons, ce nouvel espace de 600 m2 accueille une exposition permanente dédiée au parcours et au travail du sculpteur britannique. Par ailleurs, le Ciac entend proposer, tout au long de l’année, une programmation culturelle variée, comprenant notamment des expositions temporaires, des conférences, des résidences d’artistes et des ateliers de pratiques artistiques.

Anthony Caro, courtesy Ville de Bourbourg
Chœur de lumière, installation, Anthony Caro, 2008
Le futur commence ici

Le 14 septembre prochain, le Frac Nord-Pas de Calais investira son nouveau siège, installé à Dunkerque au côté du dernier vestige des Chantiers Navals de France, fermés en 1967. Conçu par les architectes Lacaton & Vassal comme une « maison ouverte », le bâtiment – structure jumelle aux parois translucides de l’historique Atelier de préfabrication n°2 (AP2), restauré pour sa part de façon minimale – déploiera ses espaces d’exposition sur six niveaux. La manifestation inaugurale, Le Futur commence ici, a été élaborée autour de la définition de la mission première d’un Frac  : constituer, et montrer, une collection d’art contemporain. La collection du Frac Nord-Pas de Calais compte quelque 1 500 œuvres.

Photo Régis Baudy
Le futur Frac Nord-Pas de Calais, 2013

L’art à l’épreuve du monde

Fruit de la rencontre entre deux collections installées à Dunkerque – celles du Frac Nord-Pas de Calais et du Laac – avec des œuvres majeures de la collection François Pinault, L’art à l’épreuve du monde est une exposition s’articulant autour de la thématique de l’engagement des artistes, dont le commissariat a été confié à l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon. Un véritable dialogue entre les âges – initié par la mise en résonnance d’œuvres anciennes et récentes – a été imaginé afin de témoigner de la constance du regard militant des artistes sur la vie, les espoirs et les combats de leurs contemporains, et de leur statut d’acteurs de l’histoire du monde.

Du 6 juillet au 6 octobre à Dépoland, à Dunkerque.

Courtesy Fondation François Pinault
All, neuf sculptures de marbre, Maurizio Cattelan, 2008

Migrations

Evoluant dans des paysages quasi irréels, les yeux fixés sur un horizon insaisissable, les personnages de Laura Henno semblent captivés, irrésistiblement attirés par ce qui se joue au-delà des limites du cadrage. Par un savant recours à la mise en scène, l’artiste lilloise explore les territoires au regard des flux migratoires qui les traversent. Un travail entamé lors d’une résidence à La Réunion, en 2011, poursuivi dans sa région, et plus particulièrement à Calais, avec la complicité de jeunes migrants – souvent cachés dans les dunes en attente d’un avenir meilleur – rencontrés au fil de ses pérégrinations exploratoires. Des images fascinantes qui, au-delà de leur esthétique, questionnent les thèmes de l’identité, de l’autre, de la frontière. L’exposition Migrations se déroule en deux temps  : au musée des Beaux-Arts de Dunkerque et au Château Coquelle, à Rosendaël.

Du 4 octobre au 28 décembre.

Laura Henno, courtesy galerie Filles du Calvaire et musée des Beaux-Arts de Dunkerque
Sans titre, série Calais, Laura Henno, 2012

Cap’tain Nico Wonderland

Illustrateur, graphiste, concepteur visuel et graveur, Cap’tain Nico investit tout autant les mondes de l’affiche, de l’édition et de la pub, que ceux de la peinture, de la BD et du décor monumental. Cap’tain Nico Wonderland est une rétrospective de ses travaux, regroupant dessins originaux et créations visuelles à l’aide d’outils numériques, depuis 1986 jusqu’à aujourd’hui. Elle offre un véritable périple aux multiples escales techniques et stylistiques, porté par une palette graphique vive et dynamique.

Du 22 juin au 7 septembre à la mairie de quartier de Dunkerque-Rosendael.

Cap'tain Nico
Wonderland, Cap’tain Nico
Sur les traces d’Ulysse

En marge des festivités de Dunkerque, Capitale régionale de la culture, ne manquez pas de découvrir Autre pareil, une exposition proposée jusqu’au 13 juillet par le musée des Beaux-Arts, imaginée, conçue et réalisée par Philippe Richard. Invité à venir nouer dialogue avec les collections pour le moins éclectiques de l’institution – des objets d’histoire naturelle et ethnographiques côtoient ici des documents d’archives sur l’histoire de la ville et des œuvres d’art –, l’artiste a construit son intervention comme une forme de«  rencontre  ». «  J’aimais bien également l’idée de se perdre parmi les pièces des collections. C’est comme ça qu’est née l’envie d’évoquer Ulysse et son Odyssée », explique-t-il. Le parcours se déroule dans neuf salles, évoquant tour à tour le voyage, le rapport à l’autre, la découverte, l’errance, l’affrontement, l’envoûtement, les faux-semblants ou encore, bien sûr, le retour. Dans chaque espace, des œuvres du musée sont mises en résonnance avec celles de Philippe Richard ou d’artistes sollicités pour l’occasion. Parmi eux, Gérard Duchêne, Bertrand Gadenne, Michel Gouéry, Frédérique Lucien et Etienne Pressager. Ensemble, ils nous invitent à déambuler, à dériver doucement au gré de correspondances multiples, de lectures possibles infinies. Oublier ce que l’on sait, poser inlassablement un regard neuf sur les choses qui nous entourent, telles sont les conditions de cette traversée singulière auxquelles le visiteur se plie bien volontiers.

Jusqu’au 13 juillet au musée des Beaux-Arts, à Dunkerque.

GALERIE

Contact
Crédits photos