Charles Sandison à Beauvais – L’espace des mots

Le Mudo – Musée de l’Oise a rouvert ses portes en janvier dernier après deux années consacrées à la rénovation totale de l’ancienne résidence des évêques de Beauvais. Pour marquer cet événement d’une pierre blanche, Charles Sandison – né en Ecosse en 1969, l’artiste vit et travaille à Tampere en Finlande – a été invité à porter un regard inédit sur le lieu, ses collections et son histoire. Il a ainsi créé spécialement pour l’espace sous charpente du palais Renaissance Axis Mundi, une «  voûte  » numérique sans cesse en mouvement, un «  axe du monde  » unissant le passé et le présent, le ciel et la terre.

Bienvenue au cœur de la matrice géante où naissent les mots. Axis Mundi, l’œuvre de Charles Sandison, invite à une promenade extravagante. Dans l’immense espace d’exposition où nul obstacle ne se dresse, seuls les signes accompagnent le flâneur. Après avoir rampé sur le sol, les lettres partent à l’assaut des poutres. Les mots défilent, se regroupent, forment des gerbes, dégoulinent en une pluie ruisselante ou entreprennent de gravir la charpente en une troublante procession. Une expérience très physique et paradoxale attend le spectateur. Lequel aura tour à tour le sentiment d’observer une fourmilière, de regarder des cellules au microscope, d’être au cœur du vivant. Il éprouvera aussi, probablement, la sensation inouïe d’être convié à vivre une chaleureuse expérience, créée par le cerveau froid d’un ordinateur.

Charles Sandison écrit et peint avec de la lumière. Ses œuvres numériques reposent sur des algorithmes, des programmes informatiques complexes qui génèrent et gèrent de manière aléatoire les projections de signes ou de lettres. L’artiste a déjà investi des lieux prestigieux comme le Grand Palais ou le musée d’Orsay, à Paris. Sous le toit du Mudo, est mis à sa disposition un plateau de 500 m² d’une hauteur maximale de 14 mètres. Il imagine alors d’investir totalement ce site muséal immense et singulier. Comme toujours, Charles Sandison inscrit son œuvre dans l’espace mais aussi dans l’histoire du lieu. Pour constituer sa sélection du «  matériel lexical  », il a puisé dans des écrits spécifiques sur le palais, la ville de Beauvais et sa région. Le plasticien a utilisé notamment la Description du département de l’Oise en deux volumes du préfet Jacques Cambry et les Fortunes et adversitez de Jehan Régnier, poète du XVe siècle qui rédigea ces vers lors de son emprisonnement dans une des tours du palais épiscopal. Cependant, sortis de leur contexte, les mots servent aussi le dessein poétique de l’œuvre. Isolés, ils évoquent plus qu’ils ne s’imposent par le sens et laissent l’imagination travailler.

«  Je veux que le spectateur vive une expérience très physique, explique Charles Sandison, que ça le prenne aux tripes d’abord. Et qu’ensuite, lentement l’idée remonte le long de sa colonne vertébrale jusqu’à l’intérieur de sa tête. Je souhaite qu’il devienne un petit peu prisonnier du grenier.  » Objectif pleinement atteint avec cette installation si captivante qu’on finirait presque par croire, à force de voir les lettres saturer l’espace, être soi-même devenu un mot…

Ange Leccia, courtesy Mudo - Musée de l’Oise / ADAGP
Collection de rêves (capture d’écran), Ange Leccia

Ange Leccia, un autre regard

Pionnier de l’art vidéo, Ange Leccia est un habitué du Mudo. En 2013, il y avait proposé, lors d’une exposition, un dialogue entre certaines pièces majeures du musée et ses propres travaux. Aujourd’hui, l’artiste a retrouvé les collections du Musée de l’Oise pour concevoir une vidéo explorant les possibilités de la lumière et du mouvement. Une œuvre d’une grande sensibilité picturale à appréhender dès le hall d’accueil du palais, comme une invitation à la découverte.

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