NoArt à Miami – Machines à rêves

Fasciné par l’univers industriel, ce pro de la récup sculpte et construit ses œuvres à coups de robinetterie, tuyauterie et manomètres, invitant le public à plonger dans un monde de ferraille où humour et provocation s’en donnent à cœur joie. NoArt expose actuellement pour la première fois à Miami, où il présente notamment ses premières pièces de design lumineuses, de la série Vortex, basées sur la technologie LED et équipées de l’étonnant principe de puits de lumière sans fond. Un travail mis en résonnance par la Waltman Ortega Fine Art gallery avec les toiles du Britannique Jonathan Huxley, qui a fait de la lumière l’un de ses outils essentiels. A cette occasion, ArtsHebdo|Médias met en ligne le portrait de NoArt écrit pour Cimaise (283).

Dans une petite rue tranquille d’Alfortville, en banlieue parisienne, se niche le repaire d’Arnaud Lucet. Il y a installé sa famille et son atelier qu’il partage avec quelques comparses, parmi lesquels un ébéniste et menuisier, un couple de peintres, un musicien, ou encore un jeune romancier. Car NoArt – c’est la signature en forme de boutade qu’il s’est inventée – n’est pas un solitaire, il adore le contact, que ce soit avec ses pairs ou le public, et c’est ainsi qu’il avance depuis dix ans. Sculpteur, designer, plasticien… cet artiste aux multiples casquettes, qui a oublié de se prendre sérieux, ne manque pas une occasion de transmettre humour et fantaisie à travers ses œuvres.

Graphiste de formation, Arnaud Lucet s’épanouit d’abord une dizaine d’années dans une agence de communication de renom où il exerce son talent sur des pochettes de disque et des affiches de cinéma. D’autres idées lui trottant dans la tête, il réalise, en 1994, ses premiers assemblages, mais, « peut-être par timidité », n’ose pas encore se lancer. A cette époque, NoArt est déjà un grand fan de l’art de rue et en particulier du travail de Jérôme Mesnager, dont le bonhomme blanc a donné et redonné vie à des murs du monde entier. Alors un jour, en 1996, poussé par sa femme, Nathalie, il se décide enfin à aller à la rencontre de l’homme qu’il admire tant pour lui montrer son travail. C’est le début de quatre années d’une collaboration intense, parsemées de plusieurs expositions. « Un tournant » pour NoArt.

A travers ses sculptures, il reconstitue les décors de tôles, boulons et tuyauteries qui l’ont subjugué au fil d’innombrables visites de sous-sols, caves et métro parisiens. A la source de son inspiration, une fascination pour le monde industriel. De ses vacances passées à la ferme, il se souvient des imposantes machines agricoles et de la multitude d’objets rouillés disséminées un peu partout. Plus tard, NoArt déambule dans le métro, captivé par les tubulures, vannes et autres câbles, des choses « insignifiantes mais si belles ! », lâche-t-il. Un de ses amis d’enfance, spécialiste en climatisation industrielle, l’emmène en virée dans les sous-sols de Paris, parmi lesquels celui de la Tour Montparnasse : « Ça m’a beaucoup marqué : on se retrouvait tous les deux, la nuit, dans un dédale de machineries, avec des robinets tous les trois mètres dans un sous-sol de 2 000 m2. C’était fou ! »

NoArt
Axiale, techniques mixtes, NoArt
Photo Thierry Chantegrey
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Pour parvenir à ses fins, NoArt devient un pro de la récup. Il part régulièrement faire le tour des ferrailleurs en province. Ses pièces de prédilection sont le robinet en laiton, le volant de vanne et le manomètre. Le plaisir de ce Pygmalion du robinet, leur redonner vie en les assemblant jusqu’à ce que jaillisse une sculpture saisie en mouvement.

« Grâce à Jérôme et à son bonhomme blanc, la vie s’est installée dans mes œuvres, confie-t-il. J’ai tout de suite compris qu’il fallait que je garde ça. » Il entre alors logiquement dans l’art dit participatif où le public, invité à toucher, appuie sur les boutons, fait tourner les vannes et robinets, s’en donne à coeur joie. L’artiste aussi. Le mouvement, la lumière, le son, autant d’éléments au coeur de ses créations grâce à la complicité de Jean-Christophe Guillou, génie de la mécanique et de l’électronique qui anime les idées folles de son ami.

A deux, ils inventent le concept du variobinet : petit robinet présent sur tous les luminaires de NoArt et qui gère l’intensité de la lumière. « La lampe, c’est comme une petite sculpture sur pied, explique-t-il. Tu ajoutes une ampoule, ça éclaire, donc c’est utile. » Le côté pragmatique, NoArt le développe aussi grâce au design en se lançant dans la conception et la fabrication de meubles plus fous les uns que les autres. « Faire de la déco chez les gens, c’est comme une exposition permanente, j’adore ça ! », s’exclame-t-il.

S’il lui manque quelque chose, c’est le temps. « J’ai tellement d’idées que je souhaite réaliser », murmure-t-il, songeur. Parmi elles, l’envie, récurrente, de mettre son travail au service de causes essentielles, comme celle de l’eau, « bien précieux qu’on gaspille tous ». Il a ainsi imaginé une bouteille d’eau du robinet millésimée telle un vin (Eau du robinet), dont une série – en aluminium – a été réalisée en 2007 en 100 exemplaires avec l’aide du Centre d’art La Lune en Parachute d’Epinal. Depuis quelques années, il nourrit aussi pour ambition de créer un coffret en édition limitée contenant par exemple l’une de ces bouteilles, l’un de ses fameux robinets transformés en portemanteau (Patere Noster), ou encore un dessous de bouteille en bronze (Bonne bouche) à l’image des plaques de gaz, le tout accompagné d’un livret qui rappellerait à chacun les bons gestes à faire au quotidien. Dans l’idéal, NoArt aimerait monter ce projet en collaboration (encore une !) avec une association qui partagerait ses préoccupations. Avis aux amateurs.

NoArt
Usine à Gaz, NoArt

Engagement associatif

Avec sa femme Nathalie Lucet – qui en est la présidente –, l’artiste Speedy Graphito et le marchand d’art Henri Thuaud, NoArt a monté en 2005 une association à but non lucratif visant à promouvoir l’art urbain et l’ensemble de la culture underground. Art dans la ville a notamment organisé les expositions Section urbaine (avril 2005) et Aux arts citoyens (avril 2006) qui se sont tenues à l’Espace des Blancs-Manteaux, dans le 4e arrondissement de Paris, lieu avec lequel l’association continue de collaborer régulièrement.

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