Reza – Médecin des corps et peintre de l’âme

Reza

Au terme d’une carrière de chirurgien puis d’anesthésiste, Robert Jadat, Reza de son nom d’artiste, guérisseur des corps privé de son opium comme il se plaît à le dire, s’engage corps et âme, et même avec une fougue qui n’est pas celle d’un simple néophyte, en peinture. Un art qui le captive depuis des années comme collectionneur et dont il va expérimenter, à partir de 1996, toutes les techniques et tous les médiums, cherchant à percer aussi bien les secrets des maîtres anciens que ceux des matériaux d’aujourd’hui. Né à Téhéran en 1929, élève brillant, il obtient une bourse pour parachever ses études à la faculté de médecine de Montpellier. Diplôme en poche il séjourne une courte période aux Etats-Unis, en Afrique du Nord et retourne dans son pays natal pour finalement venir s’installer près de Paris, à la Celle-Saint-Cloud où se trouve son atelier. Sa peinture, à l’image de son histoire personnelle, se nourrit des amitiés nées tout au long de sa carrière avec ses patients ou ses amis mais aussi de sa culture persane. Une série de toiles illustrant la danse sacrée des derviches tourneurs témoigne d’une recherche à la fois poétique et spirituelle. Pratiquée par les adeptes du soufisme dans les cultures perse et turque, notamment, au son de la flûte et des tambours, cette danse extatique régie par un rituel codifié, où le corps et l’esprit communient dans un même élan vise à l’éveil ; elle symbolise à la fois le don et la prière, le dépassement et l’élévation de l’âme vers le divin : dans un tournoiement de robes blanches les danseurs tournent sur eux-mêmes en dessinant un cercle – symbole de la rotation des planètes – une main vers le ciel, l’autre tendue vers la Terre. Mais des sujets mois apaisants s’immiscent au cœur de son travail : l’une de ses toiles évoque la catastrophe de Tchernobyl, d’autres rendent hommage aux rescapés du tremblement de terre qui détruisit, en 2003, la ville de Bam, une des merveilles de l’Iran préislamique. À partir de cette tragédie, l’artiste décide de ne plus jamais peindre une maison avec des lignes horizontales et verticales comme il est d’usage. Les villages ou les villes qu’il nous montre offrent désormais une vision chaotique ; les éléments architecturaux défient les lois de l’équilibre ; seules les couleurs chatoyantes évoquent l’espoir d’une résurrection. Travaillant avec des pastels à l’huile et de l’acrylique qu’il applique indifféremment avec les doigts, des pinceaux, des couteaux ou par superposition de lavis, l’artiste joue des transparences en explorant une large gamme chromatique. L’œuvre se dévoile petit à petit, couche après couche ; de la composition émane une harmonie proche de celle que l’on pourrait imaginer d’un univers céleste. Une série de toiles composées de noir et de blanc suggère des souvenirs plus lointains où le mystérieux participe à la dimension onirique de l’œuvre. Jusqu’au 14 janvier, la galerie Art France à Nice lui consacre une exposition personnelle ou ne manque plus que la flûte et les tambours pour accompagner ses derviches tourneurs.

Reza
Les tours, (92 x 73 cm), Reza

GALERIE

Contact
Crédits photos