Paris et le 8e art – La photo dans tous ses formats

Meeri Koutaniemi

Photographie plasticienne, documentaire, de mode ou encore photoreportage, Paris nous donne à découvrir les multiples facettes de cet art bouleversé et démultiplié par l’avènement du numérique, les évolutions technologiques du traitement de l’image et de sa diffusion. Largement utilisé par l’ensemble des artistes contemporains, le medium photographique a, depuis nombre d’années maintenant, acquis ses lettres de noblesse. Novembre est désormais « son » mois.

Pour satisfaire à l’engouement toujours plus important du public pour la photographie, Paris lui consacre désormais tous ses mois de novembre. Dans la capitale, les festivités sont emmenées par la 18e édition de la biennale Le Mois de la photo, orchestrée par la Mep, la Maison européenne de la photographie. De multiples institutions publiques et privées, ainsi qu’un grand nombre de lieux d’art, présentent plus de 100 expositions disséminées dans la ville. Toutes s’inspirent des trois thématiques suivantes : « La photographie méditerranéenne », « Anonymes et amateurs célèbres » et « Au cœur de l’intime ». A ce foisonnement d’images, s’ajoute le festival Off qui fête ses 20 ans cette année. Le caractère alternatif de cette manifestation, largement dominée par la jeune photographie, est à apprécier dans des galeries, des ateliers ou des espaces de création étonnants. Plusieurs parcours sont proposés sur le site du festival. Novembre est également le mois de Paris Photo, qui s’installera au Grand Palais, du 13 au 16 novembre. La foire internationale accueillera quelque 169 galeries et éditeurs, qui alimenteront conversations, expositions et dédicaces. Parmi les événements satellites, citons fotofever, lovée au Carrousel du Louvre, et Photo-Off, à la Bellevilloise dans l’Est parisien. La première joue la diversité et l’audace pour nous faire découvrir les pointures de demain et la seconde met au cœur de sa programmation la photographie de témoignage ; des images du réel livrées par une nouvelle génération de photographes. Dans la multitude des événements proposés, ArtsHebdo|Médias vous propose une sélection à ne pas manquer.

Arno Rafael Minkkinen courtesy Galerie Camera obscura
Maroon Bells Sunrise, Arno Rafael Minkkinen, 2012@Galerie Camera obscura

Présenté par l’ambassade du Danemark, l’Institut finlandais, l’ambassade d’Islande, celle de Norvège et l’Institut suédois, Automne Nordique réunit une dizaine d’expositions en différents lieux exclusivement consacrées à ces artistes venus du froid. La diversité des thématiques et approches artistiques qui sont présentées nous montre le dynamisme et l’originalité de cette scène. En témoignent les autoportraits d’Arno Rafael Minkkinen à la galerie Camera Obscura (XIVe arrondissement), pour lesquels l’artiste s’incarne en un esprit des eaux et des forêts, son apparition dans le paysage à la fois discrète et spectaculaire célèbrant une réconciliation du corps et de la nature. A la galerie Maria Lund (IIIe arrondissement), le danois Peter Neuchs capture des instants de communion intime où le matériel prend une dimension spirituelle. Un nageur dans la nuit ou un couloir vide soulèvent la question de notre réalité, de notre existence en tant que matière. La photographe finlandaise, Meeri Koutaniemi, à seulement 25 ans, s’affirme quant à elle comme une figure incontournable du photojournalisme. La série Inner Sight, présentée à l’Institut finlandais (Ve arrondissement), est née d’une rencontre avec Aster, une jeune orpheline aveugle dont elle a croisé la route lors d’un séjour en Ethiopie.

Peter Neuchs courtesy galerie Maria Lund
Corridor 1, Peter Neuchs, 2001@Galerie Maria Lund

L’exposition Horizons à la Fondation Calouste Gulbenkian (VIIe arrondissement) présente les travaux de douze jeunes photographes européens ayant travaillé sur le thème du «  nouveau social », résultat de la fragmentation des espaces et discours publics et de l’augmentation de nouveaux types de tensions sociales. Il en ressort un paysage de la réalité dans plusieurs pays européens : jeunes à la recherche d’emploi, sans-abris, manifestants. Ici, le spectateur est convié à imaginer son avenir au cœur des nouvelles sociétés.

Kiril Golovchenko
Oddballs, Kiril Golovchenko, Fondation Calouste@Gulbenkian

A l’Ecole normale supérieure, les Objets sous contrainte de Jean-Robert Dantou figurent des représentations de la folie. Des images réalisées avec l’idée de sortir du spectaculaire, de contourner le stigmate pour faire apparaître, à travers ces objets, des personnes décrites comme schizophrènes, bipolaires, souffrant de troubles obsessionnels ou encore de syndromes dépressifs. Un travail sensible, issu d’une collaboration avec une équipe de recherche en sciences sociales dirigée par Florence Weber.

Lieu> Ecole normale supérieure, 45, rue d’Ulm, 75005 Paris.

Less is more, à la galerie Vieille du Temple (IVe arrondissement), nous convie à un dialogue entre deux photographes hongrois que plus de 60 ans d’âge séparent. Illés Sarkantyu propose avec sa propre sensibilité artistique une relecture du travail de son aîné Lucien Hervé (1910-2007). La mise en regard de leurs œuvres respectives dévoile tout à la fois une grande sensibilité et une réelle complicité.

Jean-Robert Dantou, ENS - CNSA, Agence VU
Fourchette tordue, Objets sous contrainte, Jean-Robert Dantou, 2014

A partir du 20 novembre, la photographie mobile dont l’outil est le smartphone s’expose à la galerie Mobile Camera Club, située dans le IXe arrondissement. Renouvelant la scène contemporaine, ce courant artistique encore expérimental ne pouvait être mieux représenté que par le collectif Tiny Collective, créé en 2012. Réunissant 12 photographes originaires des quatre coins du monde, toujours à l’affût, ils ont en commun cet incroyable instinct pour saisir l’instant décisif qui raconte une histoire en une image.

Lucien Hervé, Illés Sarkantyu
De gauche à droite :@Lucky (Dior) 1948, Jaune, Trois femmes d’Audincourt, Lucien Hervé & Illés Sarkantyu, 2014@Galerie Vieille du Temple

L’Amérique vue par deux photographes, l’Américain Mike Brodie à la galerie Les filles du Calvaire et le Français Ronan Guillou à la NextLevel galerie – les deux galeries sont installées dans le IIIe arrondissement. Le premier arpente l’Amérique via les chemins de fer pour dessiner ce territoire sous la forme d’un road movie. Des images brutes, parfois choquantes, qui tout au long d’une errance donnent à voir des regards amis ou inconnus, la violence de la subculture américaine, mais aussi la folie sauvage et la liberté sans frontière qui caractérisent les vagabonds du rail. Ronan Guillou, lui aussi, privilégie dans ses récits photographiques le hasard, la rencontre et le désir d’expérience. Il a fait des Etats-Unis son principal sujet. Les images qu’il présente ici sont celles d’une ville rebaptisée « Truth or conséquences » à la suite d’un concours radiophonique lancé en 1950 ; saisi par la force métaphorique de l’expression, le photographe nous livre une vision à la fois sensorielle et intimiste des lieux.

Diana Lopez courtesy Mobile Camera Club
New York, Diana Lopez,@Tiny Collective, Mobile Camera Club
Mike Brodie courtesy galerie Les filles du Calvaire
A Period of Juvenile Prosperity #5257, Mike Brodie, 2006-2009@Galerie les filles du Calvaire

La street photography – La photographie de rue est un concept inventé par Henri Cartier-Bresson (1908-2004) – connaît depuis quelques années un nouvel essor. Dans le cadre de Street Parade, temps de rencontre et d’échanges autour du genre, Le collectif Burn My Eye, né en 2011, présente les travaux des 14 photographes qui le constituent ; des images prises sur le vif, que l’on définit aujourd’hui sous l’appellation «  Photographie candide ». A découvrir tous les jours de 14 h à 19 h, à partir du 15 novembre à l’espace La Base-Studio Cuicui, situé au rez-de-chaussée d’un immeuble industriel des années 1920 dans le quartier Oberkampf. Lieu> 14, rue Crespin-du-Gast, 75011 Paris.

Simon Kosoff
Street Parade, Simon Kosoff, 2014

Puisant dans les images de ses propres souvenirs, José Ferrer se reconstruit une mémoire. Le photographe espagnol met en images, à la façon d’un puzzle, des photographies du passé et du présent, des lieux, des visages ou encore des objets. De ces rencontres inopinées naissent des paysages colorés et saisissants de poésie. A voir jusqu’au 23 novembre à la galerie Tokonoma, dans le IVe arrondissement.

José Ferrer courtesy galerie Tokonoma
Fragments aquatiques, José Ferrer, Galerie Tokonoma

C’est dans l’un des lieux très prisés du design situé dans dans le XVIIe arrondissement, la galerie Ymer&Malta, que Julien Drach présente, à partir du 15 novembre, une quinzaine d’images de sa série Néoréalisme de Naples à Mogador, «  Des instants immobiles dans un monde qui s’enfuit », comme l’artiste se plaît à les définir.

Julien Drach courtesy galerie Ymer&Malta
Néoréalisme de Naples @à Mogador, Julien Drach, Galerie Ymer&Malta

Yves Marchand & Romain Meffre présentent dans leur travail une vision commune, systématisant l’utilisation d’un seul appareil photographique à deux. Déjà remarqués pour leur séries The Ruins of Detroit, Theaters et Gunkanima, ils présentent à la Polka galerie, jusqu’au 17 janvier dans le IIIe arrondissement, leur nouvelle série intitulée Industry. Cette dernière ne déroge pas à la règle et à leur passion commune pour les ruines contemporaines et les édifices remarquables, dont l’architecture incarne la psychologie d’une époque. Des images apocalyptiques et précieuses, empreintes de nostalgie, qui soulignent les failles de notre système moderne.

Yves Marchand & Romain Meffre, courtesy Polka galerie
Generator room, Port Richmond Power Station, Philadelphia, Yves Marchand &@Romain Meffre, 2007@Polka Galerie

La galerie Maubert, elle aussi sise dans le IIIe arrondissement, présente pour sa part les travaux de l’Iranien Payram. Dans une quête sans fin visant à apprivoiser la lumière, l’artiste développe un travail photographique autour de la fragilité de sa condition d’exilé. Ses images témoignent d’expériences quasi-mystiques, qu’il réalise dans son studio, comme celles d’une femme qui reçoit des stigmates lumineux au creux de sa main ou d’une autre protégeant de ses bras un éblouissant cercle de lumière… Des visions à la fois tendres et puissantes, qui n’ont pas fini d’occuper l’esprit du visiteur, déjà reparti vers de nouvelles sollicitations et autres découvertes !

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