Ricardo Càstro à Rio de Janeiro – Interdit de ne pas toucher !

Ricardo Càstro

Ricardo Càstro, artiste brésilien né en 1972 à São Paulo et fondateur du mouvement Abravana, est l’un des trois récipiendaires(1) du prix FOCO Bradesco ArtRio 2014, destiné à mettre en lumière la scène artistique émergente du Brésil et remis cette semaine dans le cadre de la quatrième édition de la foire internationale ArtRio. Celle-ci accueille, jusqu’à dimanche sur les quais de la Ville merveilleuse, une centaine de galeries pour moitié brésiliennes, ce qui en fait une vitrine idéale de la création contemporaine du Brésil. Les artistes retenus pour le prix FOCO ont été sélectionnés par un jury composé de Bernardo Mosqueira – fondateur et directeur du projet né en 2013 – et des représentants des institutions participantes  : Maria Montero (conservatrice et directrice du lieu d’art Espaço Phosphorus, à São Paulo), Consuelo Bassanesi et Miguel Sayad (co-directeurs du centre d’art Largo das Artes, à Rio de Janeiro) et Fabiana de Moraes (conservatrice et directrice du Sens’artLab, à Paris). Les lauréats seront invités pour un temps de résidence suivi d’une exposition dans un des lieux cités. Pour l’heure, leurs travaux respectifs sont exposés à ArtRio. Ricardo Càstro présente à cette occasion une nouvelle sculpture modulable et interactive.

Intitulée Please Touch, en référence à l’interdiction inscrite dans la plupart des lieux d’expositions, musées, centres d’art et galeries du monde entier, la sculpture/installation imaginée par Ricardo Càstro semble être le fruit d’une nouvelle approche ou recherche en termes de combinaisons formelles et chromatiques, mais également de matériaux eux-mêmes, ceux-ci ayant fait l’objet d’une quête ardemment menée au cours de l’année qui vient de s’écouler. Des minéraux et des pierres précieuses ont été combinés à de la poussière d’étoile – des paillettes – et aux céramiques créées par l’artiste, ainsi qu’à des formes géométriques en MDF(2) peint. Si ces éléments étaient déjà présents dans l’œuvre de l’artiste, notamment dans la série TOTEM AMO (2008), les céramiques ne sont quant à elles apparues que très récemment  ; il s’agit de fragments vernissés qui s’élancent à la manière de flammes, traduisant les mouvements de l’air, voire de la terre, fixés par cette technique avant même l’avènement de la forme. L’ensemble est destiné à être manipulé par le public, transformé dans une appréhension participative, position systématiquement défendue par l’artiste et qui renouvelle, par la singularité de son vocabulaire et de son style, l’apport fondamental de l’artiste brésilienne Lygia Clark (disparue en 1988) dans ce domaine.(1) Ricardo Càstro, Anna Costa e Silva et Renato Hofer.

(2) MDF signifie Medium Density Fibreboard  ; il s’agit de panneaux de fibres de bois «  de densité moyenne  ».

Ricardo Càstro
Please Touch, Ricardo Càstro, 2014
L’installation se déploie ici sur une table, espace ouvert invitant à se rassembler dans le cadre d’une action commune  ; y sont disséminés des formes géométrique, des «  îlots  » ou associations de minéraux et de miroirs qui diffusent leurs couleurs et leurs reflets, permettant au regard de s’immerger dans un espace autre parfaitement concret. Le premier à avoir ainsi joué avec des jeux de reflets et des extensions spatiales à l’infini fût l’architecte autrichien Adolf Loos, au début du XXe siècle. Un tel emploi permet de concrétiser une perception spatiale autrefois dévolue aux seuls poètes et artistes et offre de faire l’expérience physique d’une œuvre, en élargissant le champ de perception que l’on en a. L’œuvre joue de tous les contrastes, sur les couleurs, les lignes, les textures ou les matériaux, qu’ils soient durs, tendres, colorés ou pas, lisses, mats ou brillants.

Le positionnement de formes ou de pierres, d’objets en des endroits précis et suivant un ordre qui semble marqué par l’intervention humaine délivre une dimension sacrée, comme un marquage, une signalisation appuyée par un ensemble de signes élémentaires. Les traces du passé sont des traces de sacré, car elles sont des manifestations du vivant. Ricardo Càstro part aussi de ce principe – il considère l’énergie délivrée dans le cadre d’une action collective comme source principale de création, qui recèle le pouvoir de la transformation positive – pour inviter les visiteurs à participer à une œuvre qui réduit encore davantage la frontière entre peinture, sculpture, installation et performance. On imagine que l’artiste, qui réalise ses premiers pas avec certaines techniques et matériaux, proposera prochainement des installations plus importantes en céramique  ; qui poseront toutefois la question d’une manipulation collective, à moins que dans l’esprit de Transformer – performance dans le cadre de laquelle le public est invité à projeter des fioles de couleur sur un panneau monumental de bois –, l’éclat ne puisse livrer à sa manière toute la beauté de la charge transmise par le mouvement. Qui a déclaré qu’un artiste n’était pas celui qui trouve, mais celui qui cherche  ? La table Please touch est aussi une œuvre de transition qui annonce et révèle de nouveaux horizons.

Ricardo Càstro
Please Touch (détail), Ricardo Càstro, 2014

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