Masahisa Fukase – « Jamais plus »

Aux cimaises de Paris Photo 2008, le public français découvrait Masahisa Fukase à qui le Carrousel du Louvre rendait hommage, ainsi qu’à une trentaine de grands maîtres de la photographie japonaise. Aujourd’hui c’est la galerie anversoise Fifty One Fine Art Photography qui présente la première exposition en solo du photographe qui, à 76 ans, – après une chute dans un escalier – survit maintenu dans le coma depuis presque vingt ans. Tentative de suicide ou accident ? Nulle certitude. En revanche, on sait qu’en 1976 Masahisa Fukase, en pleine dépression nerveuse après la séparation d’avec sa femme, sa muse et modèle, était devenu obsédé par les corbeaux ; l’ariste les a traqués pendant dix ans, de Tokyo à Hokkaido, au cours de voyages vécus comme de véritables pèlerinages quasi rituels. En noir et blanc, il a photographié ces oiseaux de fatalité, serrés comme un vol de bombardiers ou massés sur des arbres squelettiques aux feuillages décharnés, formes inquiétantes, en alerte permanente, sur fond de ciel noir, apocalyptique, guettant leur proie à contre-jour, telle l’ombre d’un Alfred Hitchcock faussement débonnaire. Obscurs miroirs de son agonie intérieure, les charognards aux becs effilés comme des lames lui transperçaient le cœur à chaque cliché, à chaque souvenir, plongeant leurs poignards dans la plaie de ses amours défuntes. L’automne, l’hiver, la nuit, la neige… autant d’écrins à leur sinistre présence, la part indivise de l’émotion, du déchirement obsessionnel que l’artiste épancha dans ces vues expressionnistes. Très éloignées de ses images précédentes, cette série au titre troublant, The Solitude of Ravens, paraît vouloir nous rappeler Nevermore, l’inquiétant poème où Edgar Allan Poe montre l’homme solitaire, terrassé, vaincu par le destin, qui entend ce prophète de malheur, un corbeau, lui murmurer : « Jamais plus. »
Masahisa Fukase, courtesy of Fifty One Fine Art Photography
Kanazawa, série Solitude of Raven, Masahisa Fukase, 1978

GALERIE

Contact
Crédits photos