Liu Bolin à Shanghai – Du caméléon au pirate !

Célèbre pour savoir se fondre dans le paysage, Liu Bolin expose à Shanghai ses récents travaux. Présentée jusqu’au 27 juin à la Magda Danysz Gallery, l’exposition Loin des Yeux réunit des captures d’écran de sites Internet qui témoignent d’un bien singulier piratage : l’artiste est venu remplacer l’illustration principale de chaque page d’accueil par une de ses créations ! Exposées, elles aussi.

Paradoxalement, la carrière internationale de Liu Bolin prend sa source dans la destruction de son atelier pékinois. Exproprié en 2006 d’un quartier d’artistes rasé par le gouvernement, l’artiste se met en scène devant les ruines de son atelier. Sculpteur de formation, Liu Bolin se tourne très vite vers une pratique alliant performance et photographie. Il décrit ainsi la croissance et l’évolution rapide qui transforme la société de son pays, émergeant lentement de la douloureuse révolution culturelle. Pour sa première série, China Report 2007, l’artiste sélectionne des photographies issues de journaux officiels témoignant de la construction de nouvelles infrastructures, de catastrophes écologiques ou de l’instabilité sociale que traverse le pays. Sans y inscrire sa propre interprétation, il utilise ces clichés officiels pour contredire la couverture minimale faite de ces sujets par les médias gouvernementaux. La série Hiding in the City (Se cacher dans la ville), dans laquelle l’artiste se fond dans le décor, lui apporte notoriété et reconnaissance. Dés lors reconnu comme une figure de l’art contestataire chinois, Liu Bolin s’affiche aux cimaises de Venise, Paris ou New York. Sa démarche atypique lui vaut alors le surnom de « l’homme invisible ».

Marqué par la virtualisation intense que provoque la numérisation grandissante des objets et des services, l’artiste interroge, à travers Loin des Yeux, le renversement éthique et les nouvelles valeurs morales qui en découlent. Cette nouvelle série – exposée actuellement à la Magda Danysz Gallery, à Shanghai – met en scène des sites Internet institutionnels auxquels Liu Bolin incorpore l’une ou l’autre de ses créations. Piratées à l’aide d’une équipe de hackers, les pages d’accueil sont capturées, agrandies et installées sur les murs de l’espace d’exposition. Il ne s’agit plus seulement de découvrir où il se cache, mais d’observer l’endroit que son personnage éclaire à l’aide d’une ampoule ! Histoire de mettre en lumière une problématique ou une autre. L’artiste considère ce travail comme un tournant dans son œuvre : « Avec cette nouvelle étape, je ne suis plus “l’homme invisible”, je me sens plus comme un lanceur d’alerte de l’art essayant de sensibiliser les gens au pouvoir des images », explique Liu Bolin sur le site de la Magda Danysz Gallery. Après plusieurs difficultés liées aux contraintes techniques imposées par cette pratique risquée, il a réussi à pirater notamment le site de l’Assemblée Nationale française, celui de la Mairie de XIIIe arrondissement parisien, ainsi que le site du Ministère algérien de la Santé ! Un musée suisse et une usine désaffectée en Allemagne font aussi partie de ses heureuses « victimes ».

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