Ptolemy Erlington à Glastonbury – Totalement déjanté

Ptolemy Erlington adore les objets déglingués : caddie repêchés dans des cours d’eau, jantes ramassées au bord des routes… pour lui tout ce qui a été créé ne peut que se transformer. Fruit d’un projet mené en partenariat avec le groupe Ecover – fabricant de produits ménagers censés préserver l’environnement –, Bee (Abeille), est la dernière création de l’artiste. Composée essentiellement de matériaux recyclés – acier, plastiques lavés par l’océan, de vieux charriots et bicyclettes ainsi que des bonbonnes d’eau –, la scultpure doit être dévoilée le 26 juin prochain lors du prestigieux festival britannique de musique et d’arts du spectacle de Glastonbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre. A cette occasion, nous mettons en ligne le portrait de Ptolemy Erlington écrit pour Cimaise (286). 

«  J’aime Le Caravage et Grünewald mais aussi Giacometti et Gaudi. Pour être sincère, ma connaissance de l’art contemporain est assez limitée, mais cela m’amuse beaucoup d’initier des discussions sur la valeur de l’art d’aujourd’hui ! » Cela n’a rien d’étonnant : ce sculpteur anglais crée avec des rebuts pour prouver que « la valeur d’une chose ne dépend pas de son apparence ». Ptolemy Elrington a commencé avec les jantes. « J’en ai ramassé pendant longtemps sans idée précise en tête. D’une manière générale, je pressens le côté esthétique des détritus avant de savoir exactement ce que je vais en faire. » Puis vient le temps des Caddie, à la demande d’une compagnie des eaux… Apparemment, ces derniers font partie des objets les plus souvent repêchés au fond des rivières anglaises. Usés, abîmés, jetés ou rejetés, grâce à lui ils ont droit à une nouvelle vie. « Voici un hippocampe, fait de débris trouvés sur la plage, et là une reine, fabriquée avec d’anciens ustensiles de cuisine. »

Si l’itinéraire de Ptolemy Erlington est atypique, sa vocation artistique n’en fut pas moins précoce. « Enfant, j’étais doué pour le dessin et j’aimais ça. Après mes études secondaires, j’ai décidé de m’inscrire aux Beaux-Arts, car tout le reste me semblait trop conformiste. » Tout en passant ses diplômes, il s’investit dans un groupe d’artistes qui intervient sur des constructions industrielles. « Après, j’ai un peu dérivé… »

Tantôt mécanicien pour motos, couvreur, chauffeur et même trapéziste, Ptolemy emprunte de nombreux chemins de traverse. « Le trapèze, ça n’a pas duré très longtemps. Car pour faire carrière, il faut chaque jour repousser un peu plus son seuil acceptable de douleur ! » De tous ces chemins, un seul le mena à Brighton. Pour une majorité d’Anglais, les jetées de cette ville prodiguent autant de tendres souvenirs qu’une madeleine en a éveillés chez Proust. Pour Ptolemy Elrington, cette station balnéaire mythique, où les artistes exposent plus volontiers dans les pubs que dans les galeries, est le symbole même de la liberté. Il y est installé depuis quinze ans. « L’ambiance ici est détendue et la créativité encouragée. » Même celle qui consiste à faire du recyclage par la sculpture. « Je veux qu’en premier, les gens regardent la création, puis découvrent le matériau et, enfin, comprennent le message. Il est très simple, mais me semble essentiel : à notre époque, il ne faut pas jeter les objets avant d’être certain qu’ils ne pourront plus servir. »

Ptolemy Erlington, photo Eva Garay
Ptolemy Erlington dans son atelier

GALERIE

Contact
Crédits photos