Christophe Miralles – Entre le vide et la grâce

Apparition et disparition, drôles de présences… Les toiles de Christophe Miralles sont hantées par des silhouettes qui affleurent à la surface de la conscience. Traversées par le souffle mystique du vivant, elles se laissent deviner en leurs corps opaques et visages effacés. Ces âmes qu’éclaire une lumière venue d’en haut, nous laissent entrevoir enfin le mystère de l’incarnation. L’artiste s’est lui aussi trouvé confronté à la magie de ces apparitions. «  Les années et les toiles passant, j’ai vu des silhouettes qui montaient de la toile. Puis les visages sont venus vers moi. Ma route s’est dessinée ainsi.  » Ces figures aux traits marqués par la souffrance, la solitude, ne nous renvoient pas à la finitude de l’être humain, tout au contraire. «  On classe volontiers ma peinture dans l’expressionnisme contemporain mais ce n’est pas si simple. Je ne suis pas dans l’insoutenable, le terrible de l’existence… Ces silhouettes sur mes toiles, ce sont des naissances, vaporeuses et charnelles, et non le symbole des altérations du temps…  »

Le dessin comme rempart

Au commencement est le dessin. Enfant, Christophe Miralles s’y adonne, frénétiquement. «  C’était une évidence, ça débordait. Le dessin a été  présent très tôt. J’étais un élève moyen, valorisé grâce à mes «  œuvres  » accrochées aux murs de la classe  ! C’était un rempart, la possibilité de me retrouver dans un monde à part. J’aimais l’isolement que ça créait et je l’aime toujours.  » Dès la troisième, l’artiste tente d’intégrer les Beaux-Arts. On lui répond qu’il n’est pas assez mature. Et pour ses parents, quand se présente le choix décisif de son orientation, il est hors de question qu’il s’engage vers le monde bohème et précaire des rapins. Qu’à cela ne tienne  : il débute un parcours de graphiste ayant à cœur de gagner sa vie sans pour autant cesser de peindre. Quelques agences de communication plus tard, Christophe Miralles entame une carrière d’illustrateur de livres de jeunesse. Après une dizaine de parutions, il décide, un beau matin, de regarder la vérité en face  ; le prétexte de l’alimentaire ne tient plus  ; la vie d’illustrateur est aussi difficile que celle de peintre  ! L’artiste décide de se donner deux ans, pour voir. Il a 25 ans.

La peinture, univers total

Un homme va d’abord prendre soin de sa carrière débutante  : il s’appelle Jacki Maréchal et gère la galerie Ex-libris, à Oyonnax, dans le Jura. «  Il m’a beaucoup enseigné sur la relation avec le public, avec les autres artistes, le rapport à l’argent aussi… Le métier, je l’ai appris à l’ancienne  !  » Le métier… Un terme qui revient souvent dans la bouche de cet artiste qui croit à la lumière, la couleur, l’espace et la composition. «  C’est quand même le B.A.-BA  ! Mon travail n’est pas dans une réponse actuelle. J’ai tendance à m’intéresser un peu trop aux peintres du passé et j’ai envie que la peinture continue d’être un métier, c’est ringard  !  » Bref aparté le temps d’un regard désabusé sur la peinture d’aujourd’hui. «  Je pense qu’on n’assiste pas à un retour à la peinture mais à un retour à l’image. Une image qui semble sophistiquée mais qui n’est qu’un assemblage de concepts  : un peu de sexe, de religion, de guerre et d’enfance… Il me semble que la peinture doit être un univers très personnel. L’artiste doit créer sa propre facture, sa propre ambiance, ses propres couleurs, en un mot un univers total. Une réponse par la dextérité, la prouesse n’est pas très intéressante…  »

Christophe Miralles
dans son atelier., christophe1.jpg

Christophe Miralles,
le Miroir se fige sous la cloison., le_miroir_se_fige_sous_la_cloison_120f.jpg

Le travail comme profession de foi

Le pendant du métier, c’est le travail, encore et toujours, l’élaboration dans le secret de l’atelier, à marche forcée parfois. Pour sa peinture qui l’enchante et le désespère, Christophe Miralles oscille sans cesse entre états de grâce et désappointement. «  Quand j’ai entendu Serge Labégorre qualifier le métier de peintre de métier de martyr, j’ai trouvé que c’était un peu raide  ! Mais tellement vrai… Plus on avance, plus c’est difficile. La remise en question est permanente, dans une succession de moments d’euphories et de descentes. Quand je crois que je sais faire, que je sais tirer les bonnes ficelles, je me retrouve complètement dans le vide. Je suis démuni, dépossédé mais j’avance, je n’ai pas le choix.  » A travailler sans relâche, l’artiste ouvre une voie. «  A force de peindre, la main oublie le corps. La peinture se fait plus spontanée. Les cassures mettent du temps à arriver. Mais malgré soi l’évolution arrive. La peinture est une spirale qui t’emporte.  »

Nouvel atelier, nouveau départ

Voici le lieu où dans le silence, la peinture s’élabore. Entrer dans un atelier, théâtre d’une intimité indicible, est toujours émouvant. Pourtant, entre Christophe Miralles et cet atelier, les «  épousailles  » sont récentes. L’artiste a quitté Annecy pour la Bourgogne il y a moins de deux ans. A sa grande surprise, l’emménagement s’est fait dans la douleur. Privé de sa lumière, de ses repères habituels, le peintre a eu des difficultés à s’inviter dans cette nouvelle matrice. L’idée de tout arrêter l’a même effleuré.

Mais cette longue remise en question a pourtant été l’occasion d’une renaissance. Comme si la descente aux enfers avait permis à l’artiste de se libérer de certaines entraves. «  Ma peinture était très frontale. Aujourd’hui, la facture s’est un peu allégée. Le rapport au corps aussi a changé  ; il se fait plus aérien, plus vaporeux. Les toiles sont moins figées, le propos est plus narratif. Dans le même temps, je reviens à mes premières amours, des zones purement abstraites viennent au jour. Des ouvertures et des ciels arrivent. Il y a des entrées d’espace. Il n’y a rien de révolutionnaire dans ce changement. Mais je sens qu’aujourd’hui j’ai besoin de m’ouvrir à plus de liberté. Je suis sûr de ma route à nouveau.  »

Dans son atelier, Christophe Miralles travaille et travaille encore. Il élabore sa propre technique, utilise toujours plus de transparence pour donner de la profondeur. «  Je n’invente rien mais je pense cependant que j’ai une facture qui n’est pas celle de tout le monde. Je crois que ma force c’est d’être de plus en plus à part.  » A l’affût du miracle, le peintre attend ce moment de grâce où la toile va commencer à respirer. Il attend surtout que la toile lui fasse un cadeau. Il fait son métier de peintre, absolument.

Christophe Miralles,
J’entends le battement des siècles., Jentends_le_battement_des_siecles_100f.jpg

GALERIE

Contact
Crédits photos