Eric Angenot – Modernist Survivors attack

A quelques encablures de la statue d’Henri IV, à Paris, dans la petite rue Guénégaud bondée de galeries, s’est posé, à n’en pas douter, un ovni qui, profitant de la nuit, a déposé dans la vitrine de Twenty-One des œuvres étranges au parfum underground intergalactique ! Une proposition signée Eric Angenot.

E. Angenot courtesy galerie Twenty-One
Spectre 02, Eric Angenot.

Derrière la vitrine, chacune des œuvres balance dans le vide ses formes noires, ses pinces grises, ses sangles et autres fils. Sans complexe, toutes tournent le dos à la rue et invitent par là même à entrer pour les voir de face. « Parasitant la transparence des baies vitrées, ces sculptures à ventouse, aux formes organiques – « machiniques » –, se manifestent par une présence troublante dans notre champ de vision périphérique, et jouent comme un filtre subjectif sur la perception du monde extérieur. Dans cette série, j’évoque des angoisses fondamentales, des sentiments enfouis qui n’apparaissent que de temps à autre à la surface de la conscience. Il s’agit de produire une rencontre entre les matériaux synthétiques, emblématiques du matérialisme contemporain, et des formes plus primitives. Je puise mon inspiration dans les micro-organismes (acariens, phytoplanctons, etc.) mais aussi dans les entrelacs de végétation pourrissante des forêts du Nord qui prennent des allures menaçantes à la nuit tombante et réveillent des peurs ancestrales », explique Eric Angenot.

X 11, Eric Angenot.
X 11, Eric Angenot.

L’artiste belge, installé à Paris, fait chaque semaine le trajet pour enseigner aux Beaux-Arts de Bruxelles. Son discours est précis et sa réflexion existentielle. « Nous évoluons dans une zone de turbulences qui nous oblige constamment à muter pour survivre. Mon travail est une manière métaphorique et poétique d’aborder ces mutations. J’utilise tout ce qui m’entoure comme un répertoire de formes et de signes, je recycle les langages picturaux et les codes esthétiques. Je me réfère autant à l’histoire de la peinture et de la sculpture, qu’aux cultures urbaines, à la biologie ou aux sciences humaines. Mes pièces recomposent ainsi une réalité ambiguë et complexe à partir d’éléments antagonistes. Je les place dans l’espace comme des cellules de résistance et de questionnement », précise-t-il. Sur une petite étagère sont posées des croix aux bouts arrondis. Réalisées en MDF (Medium Dendity Fiberboard : panneau dérivé du bois) peint, elles attendent la suite. Certaines portent des prénoms. Si ces derniers évoquent des artistes de la Modernité, ce n’est ni un hasard ni un hommage, mais la reconnaissance d’une filiation. Eric Angenot aime s’inscrire dans une continuité tout en développant un univers qui respecte et défend sa culture contemporaine, techno, rock, imprégnée de comics. Ses « œuvres objets » ont un côté décoratif si appuyé qu’il ne peut avoir échappé à l’artiste et, de toute évidence, c’est bien ce qu’il souhaite. « J’ai trouvé intéressant de produire des formes, qui citent le design en refusant la fonctionnalité », explique-t-il lors d’un entretien accordé à Cécilia Bezzan et d’ajouter : « Les pièces ne sont pas narratives mais leur potentialité à produire de la fiction m’intéresse. Placées dans un environnement quotidien, elles se situent difficilement : De quoi s’agit-il ? D’où viennent-elles ? A quoi servent-elles ? Les réponses sont nombreuses et diffuses. Il s’instaure un doute, qui opère un glissement entre la réalité et un monde fantasmatique. » Les Modernist Survivors d’Eric Angenot sont des mutants qui se jouent et jouent de notre temps. Ils sont exposés pour la première fois à Paris. Le futur est-il déjà présent ?

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