Stefan Hoenerloh – La ville dont le peintre était la lumière

Stefan Hoenerloh, courtesy galerie Jean-Luc & Takado Richard

Quel géomancien nous dira l’antique malédiction qui pèse sur cette ville fantomatique, cette aura de fin du monde  ? Une odeur de cendre et de soufre semble flotter autour de ces immeubles désaffectés, oubliés des hommes. Quel souffle apocalyptique a balayé la vie pour ne laisser que ces carcasses vides aux sombres façades staliniennes, néofascistes ou Renaissance  ? On est pris de vertige devant ce qui, à première vue, paraît être des photographies. Elles vous happent, vous aimantent irrésistiblement. Tout y est, jusqu’au plus infime détail  : la décrépitude qui suinte des pierres, les fenêtres murées pour déjouer les squats et les lambeaux évanescents d’affiches délavées. Nous sommes bien devant des toiles où la minutie du détail est à proprement parler époustouflante, mais une peinture que hante la lumière. «  Je peins des concepts, la lumière, le fait culturel, la civilisation, le temps, l’histoire, celle du XXe siècle et celle du XXIe. Je pose les questions existentielles à notre temps sans les illustrer littéralement. Il en résulte que je n’ai pas le besoin de collectionner des objets ou images autour de moi car on ne collectionne pas des concepts  » confie l’artiste. Ces œuvres constituent sa collection particulière. Peu sont à vendre. Et certaines, il les garde s’il découvre en elles ce «  quelque chose  » qui va l’aider à en peindre de nouvelles. Elles demeurent «  sacrées  », elles sont la quintessence des peintures vendues, celles qu’il souhaite destiner aux musées.

Stefan Hoenerloh, courtesy galerie Jean-Luc & Takado Richard
Via Metauro / Vicolo del Cedro, huile sur toile (133 x 180 cm), Stefan Hoenerloh, 1991

A la fois crépusculaire et lumineuse, chaque toile semble trouver son «  orient  » par une singulière élévation vers une clarté qui transfigure l’œuvre. Au jeu subtil des taches claires et noires qui fascinent Stefan Hoenerloh, la couleur crée les clairs-obscurs. Mystère de la représentation, d’une réalité feinte ou qui se dérobe à un premier regard, l’artiste revendique de n’être pas un peintre de la réalité. Et de préciser  : «  Le problème de la représentation est de trouver d’autres fonctions picturales pour capturer le réel. L’idée est que l’image peinte renferme en elle-même un contenu multidimensionnel de notre rapport au sujet, avec une dimension métaphorique, rhétorique, polysémique, fictionnelle, poétique… Si des spectateurs se remémorent des souvenirs personnels d’événements majeurs de l’histoire contemporaine qu’ils ont vécue en regardant mes peintures, sans qu’aucun texte didactique ne leur vienne en aide et sans tomber dans l’emphase et la monumentalité, c’est que j’ai su perpétuer la vitalité de l’image peinte.  »

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