Yona Friedman – Utopies réalistes

Yona Friedman, photo Olivier Dancy

« Etre créateur en architecture, c’est regarder au-delà. La faiblesse serait de considérer que c’est un domaine qui se suffit à lui-même. » Cet énoncé constitue l’un des principes fondateurs suivis par Yona Friedman au fil de son existence et de sa quête esthétique, intimement liée à d’immuables préoccupations d’ordre social et écologique. A 86 ans, cet artiste, architecte et penseur profondément humaniste, vient investir le lieu de recherche, de production artistique et d’exposition qu’est devenue la synagogue de Delme, en Moselle, et y présenter deux œuvres créées in situ, deux « structures irrégulières (…) conçues pour être réalisables à l’aide de matériaux simples, par n’importe qui (…). Ces structures sont toujours improvisées, car elles ne peuvent être dessinées ou planifiées ; il est seulement possible d’expliquer leur mode de réalisation. » L’une d’elles vient envelopper tel un ruban de tulle métallique les murs, fenêtres et colonnes de l’ancien édifice religieux. La seconde s’approprie l’intérieur de la bâtisse, déroulant son fil en de complexes arabesques et souples circonvolutions pour tracer un mystérieux et poétique ballet aérien. Toutes deux illustrent avec force et justesse l’idée défendue par l’artiste selon laquelle improvisation et irrégularité sont des éléments essentiels et inhérents au processus de création.

Développée depuis plus de trente ans, sa philosophie architecturale reste d’une étonnante actualité en cette période d’éveil, tardif, des consciences collectives à l’égard de l’inexorable accroissement de la population mondiale et de l’inéluctable appauvrissement des ressources naturelles. Inventeur de la ville spatiale perchée au sommet d’un système de pylônes et constituée d’éléments d’habitation démontables, déplaçables et transformables à volonté par l’habitant, Yona Friedman place l’homme, en tant qu’usager, et son comportement au cœur de ses réflexions, qui se matérialisent sous forme de croquis, bandes dessinées ou maquettes. La précision et la technicité intrinsèques au plan, outil trop figé à son goût, sont délibérément négligées au profit du dialogue et de l’échange, rappelant les procédés ayant eu cours dans l’Antiquité et jusqu’au Moyen Age, qui rassemblaient « des constructeurs, des savoirs techniques et la participation d’artistes ». D’aucuns, parmi les plus jeunes de ses contemporains, le qualifient aujourd’hui encore d’utopiste, lui s’estime simplement à l’écoute des réalités de son temps et, de ce fait, parfaitement «  réaliste ».

Yona Friedman, photo Olivier Dancy
La création, Yona Friedman, 2009

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