Synchronicity à Paris – L’Afrique en pleine éclosion visuelle

N?Krumah Lawson Daku

Dans le cadre de Photoquai, troisième Biennale des images du monde, et en collaboration avec le collectif On the roof*, la galerie Baudoin Lebon a choisi de mettre en avant douze artistes originaires d’Afrique, ou faisant partie de la diaspora, très peu connus pour la plupart. Leurs œuvres, réunies dans l’exposition Synchronicity, documentent sur ce continent en pleine mutation en même temps qu’elles témoignent de l’incroyable créativité de ses photographes et vidéastes.

L’économie parle de pays émergents. On pourrait faire de même en photographie tant les nations dites du Sud s’ouvrent de plus en plus, et de mieux en mieux, à l’image. Dorénavant, il nous est donné de voir l’Afrique, comme l’Asie, à travers des regards qui sont nés, ont grandi et vécu sur ces terres. Synchronicity, exposition présentée jusqu’au 19 novembre à la galerie Baudoin Lebon dans le cadre de Photoquai, reflète ce dynamisme. Les douze artistes invités nous font découvrir une autre Afrique que celle proposée par les photoreporters ou la photographie exotique. Entre réalité et fiction, les clichés sont surtout les témoins d’une étonnante créativité.

Ainsi, Malala Andrialavidrazana, récompensée en 2004 par le prix de la Fondation HSBC pour sa série sur des sépultures réalisée à travers différents continents, nous montre l’intimité d’une vie malgache. Les poses sont simples, à l’instar des intérieurs sombres photographiés par l’artiste. Ici, traînent une crème éclaircissante, quelques bouteilles de vernis bon marché. Là, un couple fume, le regard dans le vide. Une sorte de lassitude ressort de ces clichés. De même que dans la série de portraits d’Ankintola Hanif, Black Hiroshima et Blue and Grey, qui nous donnent à voir les regards à la fois fiers et désespérés d’Afro-Américains parfois marginaux dans le New Jersey d’aujourd’hui.

Témoin d’une Afrique contemporaine, Synchronicity revient également sur les traces du passé. Ainsi, dans la vidéo To africanize is to civilize de la Britannique d’origine kenyane Grace Ndiritu, une jeune Africaine boit une tasse de thé, le petit doigt levé. D’abord on sourit, puis on remarque que du thé s’échappe de sa bouche. Surgit alors un sentiment de violence, un rappel du colonialisme britannique, des règles imposées. Juste à côté, comme pour lui offrir un pendant plus heureux, se tiennent les personnages souriants, en couleur et en noir et blanc, du Ghanéen James Barnor. Figure historique de la photographie, il présente ici ses portraits de femmes, photographiées au Ghana dans la période post-indépendance et dans le «  black London  » des années 1960, emplis d’une joie de vivre, voire d’une sensualité, qui nous plonge dans la modernité et la créativité africaines.

Continent en pleine mutation, l’Afrique bouge et Synchronicity nous la montre à la fois belle et abîmée, parfois loufoque et le regard tourné vers l’avenir. Ainsi en est-il de ce magnifique cliché de N’Kruma Lawson Daku, qui évoque, à travers sa série Krafwerk made in Cotonou, son retour dans la ville béninoise et ses racines togolaises. Des hommes et des femmes vus de dos, de loin, regardent en direction de la mer, ils semblent au bout du monde, en attente d’on ne sait quoi, face à un horizon parfait. De quoi émouvoir et sortir de la galerie impressionné par la richesse de cette photographie africaine. Dommage que l’absence de légendes, notamment sur la topographie, laisse poindre un sentiment de frustration.

* Le collectif On the roof se définit comme «  un collectif international de commissaires d’expositions et de critiques d’art attachés au dialogue, à la diversité, au débat d’idées et à l’innovation dans le monde des arts visuels contemporains  ».

Akintola Hanif
Antwan, série Black Hiroshima, Akintola Hanif, 2009

GALERIE

Contact
Crédits photos