Monnaie de Paris – Pas de répit pour l’expo !

Une exposition accessible uniquement sur Internet, il fallait oser ! A l’occasion d’Art et Argent, liaisons dangereuses, la Monnaie de Paris, actuellement en travaux, a opté pour un format numérique afin de maintenir le contact avec son public en attendant la réouverture des salles. Des vidéos, des débats et même un jeu accompagnent cette exposition virtuelle que l’internaute peut visiter 24 h sur 24, jusqu’au 31 décembre.

Bien loin du « white cube » souvent aussi accueillant qu’un bloc opératoire, la Monnaie de Paris a choisi de recevoir ses visiteurs sur un site internet développé spécialement pour l’exposition Art et Argent, liaisons dangereuses qui se tiendra jusqu’au 31 décembre.

L’idée s’est imposée à Christophe Beaux, le p-dg de l’institution, alors que le lieu restera fermé au public jusqu’en 2013 en raison d’un chantier de transformation. « Depuis 2008, nous avons proposé des temps forts, comme les expositions David LaChapelle ou Willy Ronis. Nous avons aussi participé à des événements fédérateurs comme Photoquai, le Mois de la Photo, le Parcours des mondes, etc… Nous ne voulions pas interrompre brutalement cette trajectoire et continuer à proposer une offre attractive : pendant les travaux, la culture continue ! », explique-t-il.

Mais l’intermède Web n’est pas un pis-aller. Quand d’autres se seraient contentés de dupliquer une exposition « classique » sur le Net en mode diaporama, la Monnaie de Paris, elle, joue pleinement la carte du multimédia en exploitant ses richesses. Des info-bulles apparaissent au survol des œuvres, ainsi qu’un plan de l’exposition si l’on désire visualiser son parcours. A côté d’une image de l’œuvre de Ben Money is Money, on peut cliquer sur une photo de Serge Gainsbourg et revoir les célèbres images du chanteur-compositeur brûlant un billet de 500 francs sur le plateau d’une émission de télévision. Les internautes peuvent aussi voter en faveur de leur œuvre favorite ou concourir pour lui donner un titre, avant de choisir parmi ceux qu’ils préfèrent. Pour bâtir cette exposition virtuelle, la Monnaie de Paris s’est appuyée sur son expérience des réseaux sociaux.

« Notre page Facebook créée en 2010 est devenue l’une des pages parmi celles des sites culturels comptant le plus grand nombre de fans (ndlr : 29 000 fans à fin septembre) après le Louvre, le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo  », affirme fièrement Christophe Beaux.

Aujourd’hui, l’institution est très à l’aise avec le numérique et prévoit que ce type d’exposition totalement virtuelle se poursuive pendant toute l’année 2012.

Les premiers visiteurs semblent apprécier. « Il est encore tôt pour évaluer le projet, mais les retours sont très positifs. La fréquentation a été forte les premiers jours, puis soutenue pendant les congés d’été, alors même que la “salle des Marchés” et celle “de conférences” n’étaient pas encore mises en ligne », précisait Christophe Beaux en septembre.

Et, par ailleurs, n’est-ce plus facile à mettre en place ? Pas de transport d’œuvres, ni d’assurance ou de préparation de salle… Une série d’économies en somme. « Globalement, malgré le développement technique à faire, il est vrai que le projet fut moins coûteux, mais pas moins long à organiser, souligne-t-il avant d’ajouter que, comme pour une exposition physique, les cartels n’ont trouvé leur place que très peu de temps avant l’inauguration !  »

La Monnaie de Paris, photo A. Robin
Christophe Beaux, p-dg de la Monnaie de Paris

Sept salles virtuelles à explorer

«  Que dit l’art sur l’argent ?  » est la question à laquelle Sébastien Gokalp, commissaire d’Art et Argent, liaisons dangereuses, a décidé de répondre. «  Sujet de préoccupation majeur de notre époque, l’économique est à l’art d’aujourd’hui ce que le nu ou le paysage étaient à l’époque classique ou impressionniste : un thème séminal source de fascination, de défiance ou d’ironie, qui génère des œuvres souvent critiques, provocantes ou séduisantes  », explique-t-il. L’exposition, participative et ludique, propose aux internautes une quarantaine d’œuvres (photograhies, peintures, sculptures, vidéos) réparties dans cinq salles. La première, «  Fascinations  », porte son nom à dessein. On y découvre des pièces de Ben, Tracey Emin ou encore Gary Hill, preuves de la capacité hypnotique de l’argent. Dans l’espace «  Je vends, j’achète  », Barbara Kruger, Claude Closky ou Matthieu Laurette infiltrent les logiques marchandes pour mieux en dénoncer les mécanismes. «  Flux  » accueille Peter Saul, Fabiano Gonper et Suzanne Lafont, entre autres, pour une réflexion sur la circulation de l’argent, les échanges voire les relations qu’il génère. La pièce intitulée «  L’art corrompt l’argent  » invite le visiteur à s’interroger sur la valeur iconique du billet de banque ou de la pièce de monnaie. A signaler Algorithm, installation signée Allora et Calzadilla exposée actuellement à Venise dans le cadre de la Biennale. Avec «  Modèles capitalistes  » et des œuvres signées Jean-Michel Alberola, Andrei Molodkin ou Hakima el Djoudi, Sébastien Gokalp initie une discussion sur le système capitaliste et ses piliers  : la monnaie, la bourse, l’Etat, le pétrole… Dans la salle des Marchés, l’internaute se pose des questions relatives à la vente de l’art et à sa valeur marchande. En salle de conférences, il retrouve un intervenant (différent chaque mois  : critique, galeriste, sociologue, conservateur…) qui partage sa perception des «  liaisons dangereuses  » évoquées dans le titre de l’exposition. Tout un programme  !

La Monnaie de Paris
Vue d’exposition

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