Carlos Kusnir – La fragilité d’un château de cartes

Très en vogue ces dernières années, Carlos Kusnir, qui avait notamment conceptualisé en 2007 une série de papiers peints retouchés en variables sinusoïdales posés sur les murs de la galerie Chez Valentin à Paris avec en fond sonore les variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, expose jusqu’au 18 octobre une collection impressionnante de peintures. Né en 1947 à Buenos Aires, cet artiste inclassable et prolifique vit et travaille à Marseille depuis une dizaine d’années. A Sérignan, l’exposition qui lui est consacrée ressemble à une première rétrospective de son œuvre profuse et éclectique. Des tableaux anciens cohabitent avec des installations inédites. Le surdimensionnement des œuvres oblige le visiteur à s’impliquer, à entretenir un véritable rapport charnel avec elles. Kusnir invite à franchir le décor, à faire le tour des supports constitués de matériaux pauvres ou tombant en désuétude. Refus du cadre qui enferme, sa peinture s’expose, revendique sa liberté et affiche, avec une certaine causticité, la vanité de toute chose. Au-delà de l’œuvre, c’est la fragilité de l’homme, de l’artiste qui est visible à travers ces contreplaqués encastrés, ces chutes de bois ou ces objets déglingués en précaire équilibre, tel un château de cartes. Pour Kusnir, la structure n’a rien de conventionnel. Dans cet univers si singulier, tout est bon à prendre, surtout les éléments du quotidien, des objets banals (comme des papiers peints) qui captent l’attention des passants par leurs formes si particulières, syncrétisme d’abstraction, de réalisme et de trompe-l’œil. Toute son œuvre alterne entre maladresse maîtrisée et virtuosité technique. A de grandes toiles répondent de petites, comme jetées sur le sol, celles que Kusnir appelle « les coulisses ». Un jeu d’échelles est mis en place, et là encore le corps des visiteurs, confronté à des déplacements incessants au fil d’un parcours anarchique, est mis à l’épreuve.

Carlos Kusnir
Vue d’exposition, Carlos Kusnir

Un ouvrage sur l’artiste vient de paraître aux Éditions Analogues, en coédition avec le musée de Sérignan.

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