Jean-Alain Corre à Paris – Matelas en vitrine !

Initiée en 2003 à Bordeaux, la galerie Cortex Athletico s’est installée à Paris dix ans plus tard, rue du Grenier Saint-Lazare, tout d’abord, avant d’emménager il y a peu rue des Arquebusiers, toujours dans le IIIe arrondissement. L’exposition inaugurale de ce nouvel espace de 150 m2 offre d’appréhender les récents travaux de Jean-Alain Corre. Une découverte singulière et surprenante proposée jusqu’au 17 octobre.

«  Le titre de l’exposition  ? Au début, je voulais l’appeler Home Zone Zombie… Puis j’ai essayé de le dire en mangeant un yaourt.  » Avec cette réplique quelque peu provocatrice, Jean-Alain Corre donne le ton d’une bien curieuse manifestation intitulée Oozzz… da zzzz… Hom i n g. Né en 1981 à Landivisiau, en Bretagne, il est le plus jeune artiste représenté par la galerie Cortex Athletico – avec le Péruvien Sergio Verastegui, né la même année –  ; il signe ici sa première exposition personnelle à Paris. Un choix formulé «  en réponse à la crise de la créativité en France  », explique Thomas Bernard, directeur de l’établissement. Les pièces présentées s’inscrivent dans la lignée d’une série relatant les productions de «  Johnny  », moteur conceptuel de Jean-Alain Corre. Dans un décor épuré, quatre matelas sont accrochés aux murs  ; un cinquième est disposé sur le bord de la fenêtre. Certains sont partiellement couverts d’une couette, tous sont entourés de câbles électriques les reliant aux murs. Un procédé de collage «  instinctif  » déjà employé par l’artiste, qui affectionne de travailler à partir de matériaux trouvés et hétérogènes. Divers motifs sont peints à même ces étranges couchettes, tels une publicité pour une paire d’écouteurs ou encore la reproduction des différents signes et inscriptions visibles sur les tickets de métro parisien. Egalement accroché au mur, un bras de céramique semble tendre l’un de ces titres de transport. Une invitation à pénétrer dans l’exposition  ? «  Non, une invitation à entrer dans le métro  », rétorque l’artiste. Récurrent pour chacune des cinq œuvres, Métro bondage est un titre pour le moins évocateur  : le terme emprunté à l’anglais désigne communément une pratique sadomasochiste mais aussi, dans sa traduction vers le français, l’esclavage et la servitude. Si l’association du métro et du matelas pourrait évoquer la misère urbaine contemporaine, aucune revendication politique ou sociale n’est cependant clairement délivrée. Au visiteur d’établir ses propres rapprochements et connexions, car Jean-Alain Corre considère pour sa part son travail comme un système actif, sans forcément chercher à créer du sens. Les fruits de sa démarche se veulent le reflet de son imaginaire, à l’image des multiples câbles, symboles des liens entre des idées les plus diverses. Particulièrement attaché à la singularité de sa production, l’artiste déploie un univers impersonnel  : en plus du recours à des objets ordinaires, il a notamment choisi le nom de Johnny parce qu’il est très répandu. Si le style insolite, voire austère, des œuvres de Jean-Alain Corre ne vous a pas laissé perplexe, vous serez ravis d’apprendre qu’il sera pendant huit mois en résidence au Palais de Tokyo à partir de novembre.

Jean-Alain Corre, photo Rebecca Fanuele courtesy galerie Thomas Bernard-Cortex Athletico
Métro bondage, matelas, acrylique, couette, acier, câbles électriques, Jean-Alain Corre, 2015

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